Granfondo Verona Alé la Merckx

Granfondo Verona Alé la Merckx

C’est dans une ambiance de fête et sous une chaleur de début d’été qu’a eu lieu le 09 juin dernier à Vérone, la cyclosportive Alé la Merckx, support des premiers championnats européens de granfondo. Top vélo y était et vous raconte cette aventure !

2800 gladiateurs à la conquête des titres européens sur les routes du Veneto !

Le retrait du dossard est toujours un moment particulier pour le coureur, mais sur la Alé Merckx, cela avait des allures de fêtes de fin d’année pour les participants. Premier cadeau, le cadre de vue, quoi de plus beau que de récupérer son «pacco gara» à 100 mètres des arènes de Vérone ! Cela change des zones commerciales… Deuxième cadeau le pack course lui-même avec notamment un maillot de la prestigieuse firme Alé, principal partenaire de la course, basé tout comme la marque Cipollini ou DMT (chaussures) a seulement 30 km au sud de Vérone. Une innovation : derrière le dossard il faut inscrire quelques renseignements comme son nom, l’hôtel où l’on réside, son groupe sanguin ou les éventuelles allergies. Une bonne idée en cas d’urgence.

Le cannibale Eddy Merckx, parrain de l’épreuve est absent cette année, retenu par des soucis de santé et ses futures obligations pour le départ imminent du prochain Tour de France depuis sa ville, Bruxelles. Le lendemain rassemblement des coureurs pour un départ groupé des deux parcours à 8h. Deux possibilités de circuit, le Mediofondo de 82km et 1450m de dénivelé positif ou le Granfondo de 130km et 2600m de dénivelé positif. Quitte à faire le déplacement nous choisissons de découvrir un maximum la région avec le grand parcours.

En première ligne c’est Mario Cipollini, qui donnera le départ sous un rythme effroyable, parcourant les quinze premiers kilomètres à 45 km/h de moyenne ! Mais en bon sprinteur et avec désormais une musculature digne d’un bodybuilder, il se garera au pied de la première difficulté. Et c’est à ce moment que la passion prend le dessus sur la compétition, car même les plus compétitifs sont prêts à perdre quelques secondes pour faire un selfie avec le recordman des victoires d’étape au Giro (42 !). Pietro Caucchioli ancien grimpeur et coureur local lui servira de compagnon de route. Tandis que Paolo Salvodelli endosse le rôle de speaker sur le parcours. Coté parcours les difficultés vont s’enchainer ! Sous une chaleur moite et un temps lourd les premières rampes sur les coteaux du Valpolicella (vin réputé du Veneto) vont scinder ce peloton en plusieurs gruppetto et la célèbre expression des pelotons italiens « occhio » traduisible par « attention, ouvre l’œil », pour signaler un danger ou laisser passer un coureur qui remonte dans le peloton, va se faire de moins en moins entendre, tant la pente fait exploser la course. Justement c’est ici même que Vincenzo Pisani (ASD Team Euronics) et Davide Busuito (Team De Rosa Santini) vont partir pour une échappée de 110km reléguant à l’arrivée le troisième à plus de 7 minutes !

La plus grande difficulté sur ce parcours est la répartition du dénivelé (2500m) étendue sur 65km. Pour les non grimpeurs calvaire en vue ! Car après l’antipasti de 6km à 5% de moyenne, arrive le premier plat, un col de 18km à 4.2% de pente moyenne. Mais comme très souvent en Italie, la pente est irrégulière et il vaut mieux être muni sur son vélo de deux éléments essentiels : une bonne cassette avec des pignons de secours car la pente peut atteindre 13-15% pendant un petit moment, et une bonne paire de patins de frein (ou des disques) car les descentes sont également sinueuses et rapides ! La route serpente entre les vignes et les cerisiers pour conduire les coureurs à près de 1000m d’altitude vers Sant’Anna d’Alfaedo. Tout au long du circuit, il y aura de nombreux postes de dépannage et de ravitaillement. Par souci d’écologie, les organisateurs ont interdit les ravitaillements à la volée et chacun des participants doit s’arrêter et remplir son propre bidon, scène cocasse et authentique de précipitation qui vient faire surgir de nos mémoires, les images des coureurs d’antan qui prenaient d’assaut les bars !

Ecologie toujours, la firme Alé a fait tester en avant-première aux journalistes la tenue Green Road construite avec 90% de matériaux recyclés. Légère et respirable au maximum, vivement sa sortie en 2020 ! Après 60km la bifurcation entre les deux parcours s’effectue et le mediofondo en a fini avec la montagne, tandis que pour les autres le plat de résistance se profile ! Ah le Passo del Pidocchio, quelle difficulté ! Terrain de jeu du grimpeur Davide Formolo, ce col n’en fini jamais ! 21km à 5.5% de pente moyenne, il a dupé tous les concurrents, même les plus attentifs à la carte fournie par les organisateurs. En effet après 12km de montée tous les participants ont cru avoir droit (ou rêver ?) a une descente ! Eh bien non après un replat et une légère inclinaison négative de la pente, changement de route pour un chemin plus étroit sur la droite et 9km de montée ! Mais le col est tout simplement éblouissant de beauté avec au loin les sommets des Dolomites enneigées et de chaque côté de la route en guise de barrière naturelle des vaches ! Celles-ci seront presque au milieu de la route lors de la descente ! Quel dépaysement a seulement 50km de la ville de Vérone, que de se retrouver à 1568m d’altitude dans le parc naturel della Lessinia… Mais pas le temps à la flânerie, il faut rester dans les roues car il vaut mieux effectuer la descente et le plat (50km) avec vent de face, en compagnie d’un groupe plutôt qu’en solitaire.

Nous effectuons à nouveau la descente du premier col pour retomber sur la bifurcation des deux parcours, et cette fois le vélo prend tout seul la direction de l’arrivée, hors de question de faire à nouveau la boucle ! les jambes sont déjà bien lourdes… À l’entrée de Vérone plusieurs motos attendent chaque groupe conséquent pour ouvrir la route qui a été balisée et signalée (1000 flèches !) de façon irréprochable tout le long du parcours. Dans un pays qui a perdu récemment plusieurs champions sur la route comme Michele Scarponi ou Nicky Hayden, le pilote de Moto GP, la sécurité est la priorité. Les carabiniers sont postés en soutient des bénévoles pour, à la fois sécuriser le parcours mais surtout calmer et faire régner l’ordre chez les automobilistes énervés qui patientent. Ultime difficulté, les Torricelle, lieu de bataille une semaine auparavant de la dernière étape du Giro d’Italia. De quoi se prendre à rêver d’être un « vrai » coureur. Coté victoire sur le Mediofondo, c’est Davide Spiazzi (ASD Total Speed) qui l’emporte en 2h13 et Deborah Rosa (Team De Rosa Santini) en 2h29 chez les féminines. Sur le Granfondo, chez les féminines, la victoire revient à Chiara Ciuffini (Team Isolmant Specialized) en 4h04 et chez les hommes à Vincenzo Pisani (ASD Team Euronics) en 3h37. Il faut rallier à nouveau la ligne de départ, 5km plus bas, ce qui permettra de visiter d’autres lieux de Vérone. Ensuite avant de faire la queue pour la riso-party et son copieux repas (la plaine du po est fameuse pour ses cultures de riz) nous avons succombé à la tentation d’un Spritz devant les arènes ! Instant magique récompensant plus de 4h15 d’effort.

Avec 2800 participants (500 de plus que l’an passé) et 20 nationalités représentées, La GF Alé La Merckx a pris une autre dimension pour cette 13eme édition, la plaçant dans le top 5 des cyclos italiennes. Vérone est bien connue pour être la ville des amoureux et de Roméo et Juliette, mais pour les passionnés de la bicyclette, et des Granfondo, elle devient la ville d’Alé et Cipollini !