Les cent ans du Campionissimo

Les cent ans du Campionissimo

Le 15 septembre 1919 naissait Angelo Fausto Coppi, le mythique Campionissimo. Celui qui fit passer le cyclisme de la préhistoire du sport à la modernité. Celui que Jacques Goddet et Pierre Chany considéraient comme le plus grand champion de tous les temps. Devant Jacques Anquetil et Eddy Merckx.
Athlète incomparable, dominateur sur route comme sur piste, grimpeur hallucinant et rouleur d’exception, Fausto Coppi offrit au public durant une décennie des échappées invraisemblables qu’il concluait invariablement par la victoire absolue avec des avances dépassant souvent le quart d’heure. Ses adversaires se nommaient entre autres Gino Bartali, Fiorenzo Magni, Louison Bobet, Rik Van Steenbergen, Hugo Koblet, Antonio Bevilacqua, Ferdi Kubler ou Gerrit Schulte.
Mort tragiquement à 40 ans, celui que l’on connaissait sous le titre nobiliaire de Campionissimo, est devenu un mythe absolu. Toute l’Italie a célèbré son centenaire ce 15 septembre 2019. Nous y étions !

« Un uomo solo al commando ! » Un homme seul en tête. Il porte le maillot bleu ciel de la Bianchi. C’est Fausto Coppi ! Le Campionissimo a fait une fois encore le vide…
C’est ainsi que durant des années les journalistes radio feront partager leur émotion à leurs auditeurs enthousiastes. Incommensurable champion, athlète inégalable et inégalé, Fausto Coppi offrait au public des années 40 et 50 le spectacle fou d’un coureur cycliste survolant littéralement les débats. Chaque course sur route ou sur piste étant pour lui l’occasion de réaliser un exploit de légende.
Vainqueur de son premier Giro et de son premier titre national à 20 ans, il étendit son règne absolu jusqu’à l’orée des années soixante. Quittant notre monde tragiquement, victime d’une attaque de malaria contractée lors d’un criterium africain qu’il disputait avec ses amis Raphaël Geminiani et Jacques Anquetil. C’était le 2 janvier 1960. Celui qui avait repris à son compte le surnom de Campionissimo, inventé pour son compatriote Costante Girardengo, laissait la planète vélo sous le choc. Lui l’inventeur du cyclisme moderne, avec des innovations majeures dans le domaine de la diététique, de l’entrainement et du matériel. Lui qui ne négligeait pas de partager son savoir avec son ami Louison Bobet qui vint plusieurs fois séjourner Villa Coppi à Novi Ligure.

Né à Castellania, petit village pauvre du Piémont des collines, apprenti charcutier à 13 ans, champion à 20 ans, mythe à 40 ans, Fausto Coppi est devenu l’icône du sport italien qui lui rend hommage en cette année du centenaire de sa naissance.
Une série de manifestations est ainsi organisée entre Novi Ligure, la mélancolique cité où il résidait, et son village natal de Castellania, rebaptisé depuis peu Castellania Coppi. Expositions, colloques, retrouvailles de coureurs, discours, publications et même une cyclo historique en forme d’épopée biblique, la Caserta-Castellania, qui vient rappeler le souvenir du périple accompli par Coppi retour de son camp de prisonniers en Afrique. Il débarqua alors à Naples sans une lire et sans vélo, rencontra le patron des Cicli Nulli qui l’équipa et s’en retourna solitaire dans le Piémont où sa famille découvri avec effroi un homme amaigri de 20 kilos et un athlète aux confins du désespoir.
Mais Coppi c’est Coppi, comme le disait son mentor Biagio Cavana aux dirigeants de Bianchi. Un an plus tard il s’imposait de manière grandiose dans le premier Milan San Remo d’après-guerre. Avec …17 minutes d’avance sur son second. La saga venait de reprendre son cours. Interrompue de 1942 à 1946, sa carrière devenait roman d’aventure et drame lyrique à la fois. Alternant exploits mémorables et accidents terrifiants. Gloire et tragédie.
Mais pour avoir une idée de la stature de Fausto Coppi dans les années 50 du siècle dernier, il faut se souvenir qu’à l’époque le cyclisme était le sport roi. Loin, très loin devant le football.

Et pour comprendre la supériorité de l’athlète il faut se référer à une comparaison automobile. Michael Schumacher possède certes 7 titres de Champion du Monde. Et donc le plus beau palmarès de la F1. Mais les spécialistes savent que les deux plus grands pilotes étaient Jim Clark et Ayrton Senna. Le palmarès ne dit pas tout. En F1 comme en cyclisme où Eddy Merckx présente plus de 500 victoires face aux 150 de Coppi. Mais Coppi c’est Coppi. Champion du Monde sur route et sur piste. Meilleur grimpeur et meilleur rouleur d’une époque richissime en champions de classe. Novateur et romantique il était et demeure à jamais l’extra-terrestre du sport cycliste. Auteur d’une myriade d’exploits qui feront dire à Jacques Goddet et à Pierre Chany que le grand Fausto était au-dessus de tout et de tous. Le plus grand. Celui qui le premier réalisa le mythique doublé Giro d’Italia – Tour de France. Celui qui durant une période de dix ans ne fut jamais rejoint une fois échappé. Au point de faire dire à Gino Bartali, son meilleur ennemi, devenu son ami, « Pour battre Coppi échappé il faudrait une moto ! »
Ce 15 septembre 2019 Fausto Coppi aurait eu cent ans. Plus qu’un anniversaire, une célébration universelle avec pour épicentre les vieilles cités piémontaises de Novi Ligure et Castellania Coppi. Aux côtés de ses enfants, Marino et Faustino, je me sens étrangement ému. Non seulement par le souvenir de leur Campionissimo de père, mais par l’affirmation d’un personnage ayant hanté mon enfance à l’instar du Colonel Lawrence. Le temps n’a pas de prise sur les héros. La métaphore de Castellania redonne aujourd’hui vie au rêve d’un cyclisme redevenu héroïque.

UN 15 SEPTEMBRE D’ÉMOTION À CASTELLANIA-COPPI

Récemment rebaptisé Castellania Coppi en hommage à son illustrissime champion, le petit village piémontais de Castellania était littéralement pris d’assaut par les tifosi ce 15 septembre 2019, journée du centenaire de la naissance du Campionissimo. Expositions, discours, présentations, visite de la Casa Coppi, arrivée de la mélancolique et glorieuse cyclo hommage Caserta-Castellania, les milliers de personnes présentes en cette journée historique sentaient bien que l’événement était en train de bouleverser leur vie de passionnés de cyclisme.
Mais en vérité la journée de célébration nationale avait débuté plus bas et plus tôt, très précisément dans le grand hall de l’outlet géant de Serravalle, à quelques centaines de mètres de la mythique Villa Coppi. Marina et Faustino Coppi, réunis dans le culte de leur père, accueillaient les personnalités et le public pour l’inauguration d’une exposition retraçant les très riches heures de la carrière du plus grand champion cycliste de tous les temps.
Que ce temple de la consommation, qui enregistre chaque année plus de six millions de visiteurs, soit autant que le Colisée à Rome, décide de rendre hommage à Coppi, voilà un événement dans l’événement. C’est Renato di Rocco, le Président de la Fédération italienne, qui soulignait l’importance symbolique de cette exposition. Et donc la juste dimension du champion dans l’histoire du pays.

Édito Septembre 2019

Édito Septembre 2019

Le cyclisme comme un art de vivre et de rêver

Je l’écris sans trembler. Top Vélo, désormais web magazine, est engagé dans une quête permanente de qualité, de performance et d’absolu. Une volonté manifeste qui se traduit au quotidien par une manière différente d’aborder le cyclisme. A contre-courant sans doute, en contradiction évidemment, avec le convenu et le soumis.
En recherche de la photo qui symbolise cette volonté rédactionnelle rebelle, je songe naturellement aux champions universels dont la renommée ou la légende donneront sens à cette décision d’offrir à nos lecteurs autre chose qu’un sempiternel rabâchage convenu autour de nouveautés marketing aussitôt débattues-oubliées.

J’avais sous les yeux plusieurs propositions spectaculaires, avec pour protagonistes Jacques Anquetil, Louison Bobet, Bernard Hinault, Eddy Merckx, Felice Gimondi ou Fausto Coppi. Images en noir en blanc souvent, en couleurs quelquefois. Contours flous et visages hiératiques de héros poétiques dans l’esprit christique d’un colonel Lawrence ou d’un commandant Massoud. Instantanés surannés venant révéler, au-delà de l’événement du jour, la toute puissance émotionnelle d’un sport devenu fait culturel et social. Au point de donner prétexte littéraire à quelques-uns des plus grands noms de l’écriture et du journalisme. Accompagnant l’actualité historique, puisque l’on célèbre cette année le centenaire de sa naissance, mon choix s’est porté sur une image du Campionissimo Fausto Coppi. Non seulement le plus grand de tous les grands, y compris Merckx, mais surtout le plus iconique. Le plus moderne. Le plus métaphysique. Le plus ultime. Le seul capable à 20 ans de remporter le Giro et le titre de Champion d’Italie de poursuite. Le seul, retour de guerre, à être certain de s’échapper régulièrement en créant des différences hallucinantes avec ses suivants. Le meilleur grimpeur et le meilleur rouleur et le meilleur poursuiteur de son époque. De quoi faire apparaître encore plus pathétiques certains pseudos champions d’aujourd’hui qui avouent sans honte ne pas pouvoir envisager une attaque avant le dernier kilomètre du dernier col.
Je songe alors à mes amis créateurs Hans Hartung et Lucien Clergue. L’un peintre, l’autre photographe. Tous deux me disaient créer pour eux et pour d’autres eux-mêmes. C’est ce désir, cette vérité qui m’anime désormais. Vérité que je partage avec l’équipe Top Vélo.
Sur cette image, vision lancinante d’un athlète surréel s’attachant à dépasser sa propre gloire par le geste, Fausto arbore le célèbre maillot « bianco-celeste » de la Bianchi. Il porte le casque de cuir à boudins sur lequel il a fixé ses lunettes d’aviateur. Son corps est maculé de poussière et de boue accumulées au fil des kilomètres. Comme toujours il est seul en tête, « uomo solo al comando ». Son regard se porte sur le lointain. Indifférent à la foule qui exulte sur son passage. Lui ne songe qu’à l’arrivée qu’il franchira avec plusieurs minutes d’avance. Inventant son propre espace-temps en marge des basses combinaisons et des intrigues. Transformant son vélo, œuvre d’art mise au point avec son mécano-artiste Pinella De Grandi, en machine infernale. Frein avant à droite, dérailleur Campagnolo Gran Sport et leviers au guidon. L’alternative ? Quelle alternative ? Il n’y a qu’à rêver puis à rouler, rouler, rouler. Sans jamais prêter attention aux tergiversations et aux atermoiements. Nous laissons ça aux autres… De notre côté nous allons une fois encore tenter l’échappée. Avec comme compagnons de route ces héros que sont les coureurs et les constructeurs. De Coppi à Bianchi, de Merckx à Colnago ou De Rosa, il n’y a qu’un pas. Franchissons-le ensembles. Avec à l’esprit cette sentence de Malaparte :
« La preuve que Dieu existe c’est Coppi ».
La révolution FSA

La révolution FSA

Alors que les VAE représentent désormais près de 40% du total des ventes de vélos chez les vélocistes, alors que les constructeurs se voient proposer plusieurs moteurs plus ou moins performants, fiables et légers, voici que le géant italo-taiwanais FSA propose non seulement un moteur mais un système d’intégration totale. La performance en plus. Révolution ?

Assistance électrique et intégration

Nous sommes début juillet à Cambiago, dans la proche banlieue milanaise. Claudio Marra, le très prolixe patron de FSA nous reçoit impromptu pour un café ristretto. La visite n’était pas prévue en fait. Mais nous étions à Cambiago pour un rendez-vous avec l’ami Ernesto Colnago. L’idée de passer sans consacrer un moment à FSA semblait absurde. Alors nous avons sonné. En amis. Et Claudio, par chance toujours disponible pour les amis, nous a reçu Joël et moi. Pour le sacro-saint café pris sans cérémonie dans le show-room maison. Mais aussi pour une surprise énorme. Rien moins que la possibilité de tester en avant-première absolue la dernière création FSA. Un moteur pour vélos à assistance électrique. La réponse de FSA aux propositions de Bosch, Yamaha, Shimano, Polini, Brose ou Fazua.

Initiée par le célèbre Stefano Varjas, inventeur du micromoteur E. Powers et du mystérieux vélo furtif, la vague VAE submerge littéralement le marché. Imposant aux constructeurs de réagir, le plus souvent dans l’urgence, sous peine de laisser passer l’opportunité de relancer les ventes tout en atteignant une nouvelle clientèle jusqu’alors insaisissable. Dans ce contexte chaque marque importante, mais pas seulement, s’est lancé dans la bataille. Chacune avec ses arguments techniques, marketing ou culturels. Chacune aussi avec ses choix côté motorisation. Avec le meilleur, par exemple chez Pinarello ou Bianchi, ou le pire, par exemple triste chez Matra.

Dans les faits, il y a deux écoles pour les VAE. Celle qui propose une adaptation sur des vélos déjà existants et celle qui tente de produire une machine réellement nouvelle. Deux écoles et deux types de moteurs. Ceux installés autour de l’axe du pédalier et ceux implantés dans le moyeu de la roue arrière. Deux écoles donc et deux types de motorisation avec des puissances allant de 240 à …800 watts. Ce qui concrètement ne veut pas dire grand-chose puisque d’une part la législation actuelle limite la vitesse des VAE non immatriculé à 25 km/h et d’autre part l’important c’est d’avantager le couple que la puissance brute. Sans parler évidemment du poids global de l’engin. Il y a bien évidemment la possibilité (parfaitement illégale) de débrider les moteurs pour leur permettre de donner tout leur potentiel, c’est à dire d’atteindre allégrement les 50n voire les 60 km/h. Mais tout cela n’est rien puisque deux contraintes ne sont toujours prises en compte sérieusement par les producteurs de moteurs. Le poids et l’intégration. Chez FSA on a attendu, on a analysé, on a cogité puis on s’est lancé dans la conception non pas d’un simple moteur, aussi performant soit-il, mais d’un véritable système d’assistance électrique intégrable au vélo dès sa conception. Pour peu que les constructeurs de VAE décident de jouer sérieux.

En collaboration étroite avec Wilier et Bianchi, les deux marques qui ont dès le départ de projet accepté d’imaginer de nouveaux vélos capables d’accepter l’intégration totale, les ingénieurs de FSA ont ainsi conçu et testé longuement leur proposition. Quelque chose comme une révolution, se réjouit Claudio Marra qui me propose immédiatement de prendre le guidon de l’un des deux prototypes. Vu la taille du cadre, ce sera le Wilier.
Davide Riva, l’ingénieur en charge des derniers tests est tout sourire au moment de me confier son bébé. Pas la moindre trace d’inquiétude. Juste un petit avertissement car l’essai n’étant pas prévu je n’ai pas emporté de tenue ni de casque. Je vais faire ça à l’ancienne. Casquette à l’envers et envie d’en découdre avec ce vélo qui me semble bien trop léger pour être honnête.
« Nous sommes largement en dessous des 12 kilos », m’explique Davide Riva. « En fait notre ensemble moteur, interface, batterie et accessoires ne dépasse pas les 4 kilos. Donc sur un vélo tel que ton Wilier, nous sommes plutôt aux environs de 11 kilos. Et il est naturellement possible de descendre largement en dessous en fonction du groupe et des roues que le client va choisir pour équiper sa machine. Mais au-delà du poids tu vas te rendre compte de l’efficacité redoutable du e-système FSA. Vas-y, je t’attends au bureau pour recueillir tes impressions. »

Je salue Davide et je m’élance. Avec un petit braquet au départ. Puis presque immédiatement avec un braquet plus conséquent. Le Wilier avance presque surnaturellement et me permet de cadencer comme sur un vélo normal. L’assistance est là, évidente comme sur quais tous les VAE d’aujourd’hui. Mais j’ai le sentiment d’être aussi aux commandes d’un vélo de course normal, tant tout est naturel. Sans violence inutile. Dans la fluidité du pédalage et de l’assistance. J’ai opté pour le premier niveau de puissance, ce fameux Eco-green qui ne doit délivrer qu’une petite partie des 250 watts du moteur. Tout est déjà facile, très facile. Au loin un groupe de cyclistes. J’accélère pour voir si je peux les rejoindre avant la bosse. Un trou de 200 mètres à combler. Je garde ma cadence, je commence à bien transpirer avec une température extérieure à plus de 35°. Je passe au second niveau d’assistance en appuyant simplement sur le bouton implanté sur le tube supérieur du cadre. Je recolle au groupe juste avant la bosse. Facile évidemment. Mais surtout révélateur de la fluidité extrême du système FSA. Pas de brutalité. Pas de on off comme trop souvent. Mais une impression d’accompagnement dans l’effort très naturelle. Comme si le supplément de puissance venait du seul cycliste et que le moteur, implanté dans le moyeu arrière, ne se faisait pas plus sentir qu’n vent favorable arrière. Chez Top Vélo nous avons roulé sur quasiment toute la production mondiale du VAE haut de gamme. Et cette prise en main me donne l’impression, qu’il faudra évidemment confirmer par un essai longue durée, d’une facilité inédite. Retour chez FSA où Davide m’attend. Cette fois c’est moi qui souris. Largement. Je partage mes impressions avec l’étonnement lié à cette prise en main d’une quarantaine de minutes. En quelques mots. Facilité quasi instinctive de prise en main. J’ai l’impression de retrouver la même facilité que lorsque j’ai pris en main mon tout premier iPhone il y a une dizaine d’années. Logique du fonctionnement. Pédalage naturel.
Le bras de fer Varjas-UCI

Le bras de fer Varjas-UCI

Pourquoi les révolutionnaires vélos E. Powers du célèbre sorcier hongrois semblent déranger le microcosme fédéral…

On ne verra pas les ultra-performants VTT E. Powers, fruit du travail de recherche de Stefano Varjas, au départ des inédits mondiaux de VTT électrique cette année au Canada. En effet les mirifiques machines de guerre hongroises viennent d’être retoquées par le responsable technique de l’UCI, l’ex-coureur français Jean-Christophe Péraud.
Colère en Hongrie, terre natale du team E. Powers Factory et incompréhension de l’ingénieur sorcier Stefano Varjas, le maitre absolu de l’assistance électrique adaptée aux vélos. Pour ce dernier, sur de son fait et encore auréolé de l’écrasante victoire de ses vélos E. Powers dans le premier E. Giro, il ne s’agit rien de moins que d’un ostracisme anti-hongrois doublé d’une manœuvre déloyale visant à protéger les intérêts des multinationales du cycle.
« Nous sommes parfaitement en règle, nous a-t-il expliqué la voix brisée par l’émotion, Péraud se trompe ou alors il agit sur ordre. Ce qui serait encore plus grave. Je préfère ne rien dire sur Péraud lui-même, mais chacun sait la suspicion qui a entouré sa miraculeuse seconde place dans le Tour. Mais je m’insurge sur des mesures scandaleuses qui mettent en péril notre entreprise hongroise et fière de l’être. Le monde du vélo n’appartient pas seulement aux multinationales hypocrites qui se contentent d’apposer des autocollants sur des vélos conçus et fabriqués en Chine. Nos vélos, les VTT comme les vélos de route, sont 100% conçus et fabriqués en Hongrie et en Italie. Nous n’avons rien à cacher. Ce n’est pas par hasard que nous gagnons sur tous les terrains. Nos vélos sont les plus légers et les plus performants. C’est tout ! »
Pour Varjas, rendu célèbre par les révélations liées à son mystérieux vélo furtif ayant hanté les pelotons professionnels il y a une dizaine d’années, l’affaire ne s’arrêtera pas là. Un grand cabinet d’avocats italiens, spécialisés dans le cyclisme, va sans doute porter l’affaire devant les tribunaux. Sans parler des effets collatéraux qui pourraient bien toucher Péraud lui-même.
Concrètement, très concrètement même, Stefano Varjas explique qu’en fait les seuls vélos réellement conformes sont les siens. Et il entend le prouev er par cette argumentation très plausible.
« Nos micromoteurs E. Powers ne développent que 240 watts et nos vélos sont bloqués à 25 km/h. Par contre tous les autres, même s’ils sont bloqués à 25 km/h peuvent développer 500 à 700 watts. Ce ne sont plus des vélos mais des motos. Tout le monde le sait. D’ailleurs on ne peut débrider un E. Powers. Mais quasi tous les vélos VAE actuels sont débridables et débridés pour le client final. Qui est hors la loi ? Je le demande à Péraud qui certes était bien au fait de l’assistance électrique si on en croit les voix qui courent dans le peloton depuis des années. »

VTT électrique E.Powers

Fiche technique

Cadre : Carbone haut module made in Italy
Roues : Carbone Fulcrum
Micromoteur : E. Powers made in Hongrie
Puissance : Puissance 240 watts

Vitesse limitée à 25 km/h pour les mondiaux
Certificat EN 15194
Moteur programmé pour s’éteindre automatiquement en dessous de 40 tours minute.
Poids : 12,5 kilos

La mystérieuse saga fi’zi:k

La mystérieuse saga fi’zi:k

Le Tour de France 2019 a vu monter sur le podium final trois coureurs utilisant les selles fi’zi:k. Une performance absolument inédite pour un manufacturier. D’autant que le trio utilisait deux marques de cycles différentes. Pinarello pour Egan Bernal et Geraint Thomas, Bianchi pour Steven Kruijswijk. A ce « total podium » du général, il faut rajouter la victoire au classement par équipe du team Movistar emmené par Alejandro Valverde et Nairo Quintana. Des performances ahurissantes encore complétées par la victoire sur le Giro de Richard Carapaz.
Qu’il s’agisse des selles avec ses modèles phares Antares et Arione, ou des chaussures avec le modèle Infinito, fi’zi:k a imposé sa vision des choses du cyclisme. Une alliance entre apologie du biodesign, hi-tech, performance et style. Un fait culturel autant qu’industriel et marketing.
Mais en fait que cache l’étrange sigle fi’zi:k ? Reportage en Vénétie…

au delà des conventions et de la forme, des objets de désir

Flash-back. Souvenez-vous. Le fameux « Killer », alias Danilo Di Luca, dominait le peloton avec son Bianchi FG Lite alu blanc monté en Campagnolo Record. Ce vélo, désormais mythique et introuvable en version originale 100% alu Deda, était doté d’une selle révolutionnaire au nom improbable : la fi’zi:k Arione. Élégante comme une épée de Damas, longue comme un jour sans pain, elle démodait immédiatement tout ce qui existait alors. C’était il y a une éternité…En 2005. La révolution fi’zi:k déferlait sur la planète cycliste.
Nous avons naturellement voulu en savoir plus. Car outre les selles, de plus en plus belles et techniques, sont venus les cintres, les potences et même les chaussures. A chaque fois un incroyable succès commercial et une gifle technologique à la concurrence. Avec une signature ésotérique qui reprend les codes esthétiques chers à Le Corbusier ou Eileen Gray.
Mais en fait, que cache l’étrange sigle fi’zi:k ? Rien d’autre que la volonté du groupe Selle Royal, leader mondial dans la fabrication de selles de vélo, d’accéder au sommet esthétique et technologique avec une marque dédiée.

Au détour d’une route de Vénétie, un trait de béton et de verre illumine un parc ombragé. Nous sommes chez fi’zi:k, mais aussi chez Pedaled et Brooks, les autres marques de la famiglia. Émanation du groupe mondial Selle Royal, fi’zi:k n’est pas qu’un sigle ésotérique jeté à la face du marché. Plutôt un nouveau manifeste esthétique et technologique élaboré pour un autre type de cyclistes. Ceux qui ne conçoivent pas la pratique de leur sport dans la banalité des formes et des concepts. La selle, réinventée par des ingénieurs artistes, est devenue alors objet de singularité, de confort et de performance. Elle se veut surlignage de la machine. Pas accessoire.
Le lieu tient autant du musée d’art contemporain que du campus californien. Difficile à aborder sans laisser au vestiaire les conventions et les à priori. Car ici la différence n’est pas une formule marketing, plutôt une réalité existentielle.
L’accueil d’abord, qui me fait songer immanquablement aux préceptes du designer finlandais Alvar Aalto. Avec une architecture à la fois chaleureuse et mystérieuse. Comme tout ce qui entoure le mythe fi’zi:k. Avec une fonctionnalité romantique et rigoureuse qui ramène le sport à son juste rang de discipline artistique. Avec une humanité trop souvent laissée de côté désormais. Avec une volonté intellectuelle évidente de partage. Et surtout la mise en avant de la transcription phonétique du terme physique désignant la forme du corps humain. Un concept digne de Leonard de Vinci et de son célèbre homme de Vitruve qui avait l’ambition de montrer à travers la science et l’art toute la perfection du corps humain.
Erica Randi, allure sportive et tout sourire, nous attend à l’accueil. Un vaste hall en forme de galerie d’art. Une parfaite introduction graphique à l’univers fi’zi:k. Une démonstration de minimalisme esthétique appliqué à l’industrie. Ou plutôt une vision industrielle en forme de manifeste esthétique.

Responsable des relations avec les teams et en charge du sponsoring, Erica est ravie de pouvoir parler italien. Pour une fois…
« En général nos visiteurs réclament de l’anglais. Naturel évidemment aujourd’hui. Mais c’est plus facile d’expliquer une philosophie italienne en italien. Question de subtilité de la langue. Subtilité qui se retrouve esthétiquement et technologiquement dans tous les produits fi’zi:k. C’est un peu comme traduire Dante. Ou mieux encore Leonardo, Giotto ou De Chirico. Sans vouloir le moins du monde exagérer, fi’zi:k relève en effet autant de la création artistique que du produit industriel. Depuis 1996 la société Selle Royal, l’un des leaders mondiaux du secteur, a voulu se doter d’une marque différente destinées aux cyclistes connaisseurs. Ceux qui ne considèrent pas seulement leur vélo comme un simple outil de pratique sportive mais aussi comme un objet d’art et de désir. Nos selles et nos composants viennent ainsi sublimer ces objets d’art que sont les vélos de course et de sport. »
Erica sourit encore. Comme pour s’excuser de son enthousiasme. Elle nous présente Carlo Ferrero, le directeur du marketing. Allure sportive, il pratique lui aussi le cyclisme quotidiennement, il offre au visiteur une poignée de main franche et un regard amical.
« Bienvenue chez fi’zi:k dottore Lombardo. Nous recevons assez peu ici. Car nos explications sont évidemment intégrées à nos produits. Chaque selle ou chaque composant signé fi’zi:k est une apologie de notre pensée et de notre savoir-faire. Mais nous sommes heureux de vous accueillir. Et de partager non seulement notre vision mais aussi la réalité de notre travail que nous situons entre artisanat d’art et industrie Hi-Tech. Ici nous sommes tous et toutes tournés vers le futur. Mais un futur cultivé qui s’enracine dans une tradition esthétique et industrielle. Vous allez voir que fi’zi:k n’est pas qu’un rêve d’ingénieur et surtout pas un produit hors sol. Encore une fois bienvenue. Et belle découverte de fi’zi:k avec Erica. Promis, on ne vous cachera rien. Vous pourrez tout voir. Tout demander. Mais pas tout montrer à vos lecteurs. Car certains prototypes sont encore en phase d’évaluation. Et quelques process sont des secrets industriels maison. »

Erica pousse une porte et c’est tout l’univers fi’zi:k qui s’offre à nous. Les lumières, particulièrement élaborées, transforment et organisent les espaces. Ici le long couloir d’accès aux différents lieux de pensée et de travail. Comme une introduction, un prélude esthétique à ce qui va suivre. Les bureaux, aménagés comme des lieux de création intellectuelle et artistique, les espaces de vie, avec réfectoire-cuisine pittoresque et salle de réunion et de spectacle toute de noir revêtue, les corridors version retrofuturiste de la galerie d’art, les ateliers enfin. Immenses et graphiques. Vision post-moderne de l’industrie italienne revenue des diktats impérieux du capitalisme obsolète.
Les installations techniques, les outils de manufacture, les postes de travail, sont autant de points de rencontre entre l’industrie la plus aboutie, la plus robotisée et l’artisanat traditionnel. Certains postes de fabrication, organisée par secteurs, regroupent ainsi deux ou trois techniciens au savoir-faire manuel irremplaçable. Les selles, dont la coque de polymère ou de carbone a préalablement été injectée ou pressée dans un sublime carrousel arachnéen, sont montée à la main par deux personnes agissant de concert dans un incroyable ballet d’artisans pour positionner infailliblement le revêtement de Lorica ou de cuir.

Nous avançons entre deux mondes, deux univers, deux visions, deux concepts qui se conjuguent à l’imaginaire pour donner vie à des selles ou des composants qui viendront littéralement sublimer esthétiquement nos machines et assurer confort et performance. Ici l’on comprend que la beauté n’est pas indissociable de la performance. Comme autrefois le groupe de design Memphis du grand Ettore Sottsass, l’univers fi’zi:k est une explosion d’idées, de couleurs, de formes novatrices et surtout d’imaginaire. Ainsi ses nouveaux chapitres rajoutés au livre d’art maison. Brooks, réinventé à même la mémoire british, et Pedaled, inventé comme l’introduction du cyclisme dans la vie quotidienne du citoyen acteur.
Au détour d’une litanie de couloirs en clair-obscur, rencontre avec les hipsters vénitiens ou milanais en charge du design de l’univers Pedaled. Souriant et songeurs, facétieux aussi du bon tour joué à ces anglais qui ont cru devoir-pouvoir s’emparer des éléments de mémoire du cyclisme historique. C’est à dire italien, belge ou français.
« Le cyclisme n’est pas un sport comme les autres. Il symbolise pour nous cette aspiration au phénomène de société du sport ultime destiné à changer le monde et les objets qui vont avec. Nos créations sont les accessoires non accessoires qui accompagnent idéalement le changement d’attitude et de style. Le cycliste d’aujourd’hui a une aspiration pop à la liberté esthétique. Nous lui offrons les outils de cette liberté. »