Au soleil du Ventoux

Au soleil du Ventoux

Un Col, un Vin, un Resto…

Au soleil du Ventoux

Le mois dernier, à l’occasion du Giro, nous rendions hommage au grand champion Fausto Coppi et son Italie natale. C’est aujourd’hui à travers le grand rendez-vous du tour de France et d’une personne en particulier qu’il va falloir se tourner. Ce monsieur aura marqué, par sa clairvoyance, la grande boucle avec son compère Bernard Thévenet. Un très grand professionnel, soucieux du meilleur, un perfectionniste de talent. J’ai cité Patrick Chêne, ancien directeur des sports à France Télévision.

Par Gérard Mézadourian – Photos Joël Lombard

Une reconversion fulgurante.

Plusieurs grands passionnés ont une carrière professionnelle bien remplie. Souvent, celle-ci ne s’arrête pas forcément là où ils l’avaient prévue… Certains entendent un message… Une sorte d’appel qui va les guider vers d’autres horizons, avec cette certitude très convaincante qu’ils pourront encore avoir des choses à dire dans bien d’autres domaines. Sa voix légèrement rocailleuse résonne encore dans ma tête, les après-midi de juillet ce n’était pas piscine, mais tour de France. Pendant quelques années où ce tandem de rêve sévissait sur le petit écran, j’ai pu apprécier étapes après étapes, la justesse des commentaires et toute la perspicacité que dégageaient ces deux hommes. Mais après tant de temps passé auprès des fans, l’usure commence à se faire sentir et l’on aspire à autre chose. Pour Patrick, ce sera la viticulture.

Après avoir trainé des pieds pour quitter les studios… Patrick pense s’installer dans le bordelais. Puis, une brève visite au pied du mont Ventoux finit par bousculer tous ses projets. Il tombe sous le charme de cette magnifique région, conscient que ce terroir renferme des trésors. Il prétend qu’ici, il va pouvoir s’exprimer à sa guise, tout en trouvant la paix qu’il recherche. Les sols du Ventoux vont lui pardonner cette impertinence. Tout sera bio, calculé, pesé, assemblé avec amour, au rythme des saisons. Ici, chez Laurence et Patrick on ne bluffe pas ! C’est de l’authentique ! Une théorie de la simplicité. Cette théorie, d’après les travaux de Nick Chater et d’autres, fait l’hypothèse que les situations intéressantes sont celles qui apparaissent de manière inattendue comme les plus simples aux yeux de l’observateur que je suis. Au domaine Dambrun, c’est comme ça que l’on voit les choses et c’est parfait. C’est vrai aussi, que la famille Chêne n’est pas venue les mains vides… mais quand les moyens investis, deviennent de vrais outils, il y a fort à parier que ce regard sur l’avenir revendique un sérieux inattaquable. Patrick est fier de nous faire découvrir son domaine très récemment installé, tout a été construit au milieu des vignes, cave, lieu de dégustation etc… le cadre est absolument magnifique. Après quelques problèmes de santé, c’est un homme rayonnant qui s’impatiente à l’idée de nous faire déguster ses dernières productions.

Du rêve à la réalité.

« Pour atteindre la vérité, il faut une fois dans la vie se défaire de toutes les opinions qu’on a reçues, et reconstruire de nouveau tout le système de ses connaissances. »
Je trouve que cette citation de notre cher Descartes va à ravir à cet homme simple et ambitieux qu’est Patrick. A la découverte de ses vins, je (nous) sommes subjugués par l’extrême délicatesse qui se dégage de ces flacons magiques. Que ce soit le Rosé, le Blanc, ou le Rouge, les trois couleurs font preuve d’un équilibre étourdissant. Longtemps j’ai imaginé, à tort, que l’on ne trouverait jamais de vrais grand crus au pied du géant de Provence, mais plus je m’y promène et plus les choses se précisent. A la mise en bouche, le palais révèle instantanément le souvenir de quelques grands vins rarissimes que j’ai pu déguster dans ma vie. Je ne suis plus trop jeune mais suffisamment expérimenté pour me rendre compte que je vais pouvoir continuer à boire des vins somptueux sans attendre des décennies pour les apprécier. Le rouge cuvée 2015 est mûr à souhait. Il développe ses arômes avec une linéarité magistrale sur tout le spectre, du début à la fin, avec des tannins biens fondus, un miracle de générosité. Pour le 2016, un nectar qui n’a que trois ans, on est dans un autre monde, une cuvée d’extraterrestre. Si ces derniers débarquent un jour, ils sauront apprécier le savoir-faire de nous autres terriens. Bref, vous m’avez compris, on touche au sublime. Le plus curieux, c’est que Patrick, même avec une voix aussi attachante, ne m’aura nullement impressionné par la personnalité publique qu’il a été et qu’il est toujours. C’est son incroyable reconversion qui étonne… En tous cas, il faut une sacré dose de ténacité pour obtenir ce résultat. Comprenez que tout ce que je vous dis là sort du cœur, avec une franchise que je ne puis cacher. Je me suis senti par contre très petit devant cette volonté d’offrir le meilleur. Chapeau bas monsieur ! Après pas mal d’années passées dans le service public, j’ai eu le plaisir de vous rencontrer, ça me semblait suffisant. Mais cerise sur le gâteau, vous m’avez comblé de bonheur par votre enthousiasme et votre travail. Longue vie à votre projet.
Après ce bon moment, une autre rencontre toute aussi intéressante nous attend chez Thierry au carrefour de la route de St Pierre de Vassols.

L’Auberge Provençale ou l’Auberge de la bonne humeur ?

On pourrait aussi l’appeler « Carrefour des cyclistes… » Ça défile à tour de bras du matin au soir, surtout des groupes venus de différents pays : Pays Bas, Belgique, Canada, etc… Et puisqu’aujourd’hui nous sommes à la rencontre de phénomènes, nous faisons la connaissance de Betty Kals, la recordwoman qui détient un nombre incroyable de montées du Ventoux côté sud, 8 ascensions en 24 heures… Qui dit mieux ? Décidément, la vie nous apporte toujours son lot de surprise. On en reparle un peu plus tard. D’autant que cette wonderwoman sera notre guide durant la grimpée photo sous l’objectif de l’ami Joël.

Thierry est un homme chaleureux, un vrai, qui aime partager, rigoler et surtout qui aime les cyclistes. Ces derniers temps, sur les routes du Vaucluse et ailleurs, on constate une certaine animosité envers ces derniers. On pourra trouver toutes les excuses du monde à certains automobilistes qui s’impatientent derrière un groupe circulant à vélo, mais cette petite guéguerre est malsaine. Fut un temps, c’était les piétons qui étaient mis en cause… Ils ne laissaient pas la route libre aux ‘’Rois de la bagnole’’… Il a fallu quelques décennies pour comprendre qu’a un moment ou un autre on pouvait devenir piéton… On constate maintenant la même chose pour les vélos, il est dramatique de voir resurgir ce type de comportement inadmissible vis-à-vis de gens qui se déplacent écologiquement. Pour corser le tout, on a même vu des milliers de clous déposés sur les routes menant de Bédoin au Ventoux… . Ça fait vraiment mauvais genre pour la capitale côté sud qui est arrosée économiquement par les cyclos de tous bords. Je m’en remets à la conscience de chacun qui devra forcément évoluer afin de pouvoir renouer le dialogue. Thierry a compris cela depuis longtemps, lui qui exploite l’établissement créé par ses arrières grands parents et vraiment, qu’est-ce que ça fait du bien de rencontrer des gens pareils ! Il a hérité de l’Auberge Provençale, un établissement qui a été transmis de père en fils, respecte avec honneur le travail de ses aïeux et éclaire par son accueil, la tradition conservée du bon aubergiste. Située à un carrefour où toutes les routes mènent au Ventoux, cette magnifique bâtisse respire la Provence. Une vaste terrasse ombragée est à votre disposition. Une salle plus à l’intérieur pour les jours de pluie ou de canicule est également disponible. Les menus sont sans prétentions mais tout est très bon et fait-maison. Ici le cycliste est roi. Je vous conseille sans réserve, surtout après un gros effort, un arrêt avec vos amis. Thierry aura des tas d’histoires à vous raconter. De plus, il devrait proposer prochainement les vins du Domaine Dambrun. Pensez aussi à réserver… Et dire que vous venez de la part de Top Vélo. L’adresse : Café Restaurant Glacier L’Auberge Provençale Rte de St Pierre de Vassols 84410 Crillon le Brave www.auberge-de-crillon.fr 04 90 65 66 42.

La montée du Ventoux côté sud par Sault.

Pour vous retrouver vers 13 h, confortablement assis pour l’apéro à l’auberge Provençale, je vous conseille de vous rendre très tôt sur le parking de notre rédaction, à côté des écoles primaires de Mormoiron. Tout est indiqué et vous pourrez également venir nous dire bonjour et pourquoi pas partager un café. Une ligne est tracée pour le top départ juste devant nos bureaux. Je vous propose un très très beau parcours en rejoignant soit St Estève pour l’ascension classique, soit Sault pour une autre ascension vers le Ventoux. C’est celle que nous vous conseillons aujourd’hui. Avec notre amie Betty Kals comme guide.

Méthamis est un village surprenant, perché sur une colonne rocheuse, vous y arriverez en prenant la D942 en bas de Mormoiron puis la D14 sur votre droite, direction Saint-Estève. A Méthamis prendre sur Sault par la D5, c’est la route des cerisiers avec une magnifique vue du Ventoux sur votre gauche, j’adore cette montée par laquelle on peut rejoindre Murs, juste derrière le Col de la Ligne par la D15. Mais arrivé au terme d’une bonne grimpette de 14 km on laisse la D15 à droite pour descendre sur Monieux, toujours par la D5. Attention ! Paysages sublimes qui méritent un arrêt ! Point de vue spécialement aménagé à Saint-Hubert sur votre gauche en descendant. Plus loin, toujours à gauche, c’est la D96 pour rejoindre Monieux. Si vous souhaitez vous y arrêter, c’est au milieu de ce magnifique village que se trouve un des meilleurs Bar Restaurant du coin. Une terrasse ombragée sur laquelle on pourra vous servir à boire avec une vue imprenable sur la vallée de Sault. Ensuite on pique sur la D 942 à la sortie vers Sault. Dépassé le lieu-dit La Loge prenez une petite route sur votre gauche pour attaquer votre ascension par ce côté qui est le plus abordable des trois. Ce sont 21 kms d’une montée assez facile qui vous attendent par la D164 pour vous rendre jusqu’au Chalet Reynard.

Sur les traces du Campionissimo

Sur les traces du Campionissimo

Un col, un vin, un resto

Faustino Coppi, La grimpée vers Castellania, Le vin de Marina Coppi, L’Albergo Corona

SUR LES TRACES DU CAMPIONISSIMO

par Gérard mézadourian, photos Joel lombard

Oui à cette magie ! car lorsqu’elle est là, qu’elle s’installe délicieusement, il n’y a qu’à fermer les yeux et se laisser guider. Pour vous, j’ai remonté un pan d’histoire. Une histoire unique comme peuvent l’écrire des champions hors normes, ceux qui ont bâti des légendes et marqué leur époque à tout jamais. A commencer par l’inégalable et inoubliable Campionissimo.

Afin de découvrir tout ça, j’ai pris la direction de la mythique ville de Novi Ligure en Italie, celle-là même qui accueillera une étape du Giro 2019. Les organisateurs ayant tenu à écrire une nouvelle page d’histoire à l’occasion du centième anniversaire de la naissance de Fausto Coppi. Ce petit coin d’Italie est marqué comme nulle part ailleurs par le souvenir du Campionissimo, celui que l’on peut considérer aujourd’hui, comme l’un des plus grands champions que le cyclisme ait connu au siècle dernier. Ici, à Novi, un musée lui est entièrement consacré. « Le Campionissimo », c’est ainsi qu’on le surnommait. Chaque lieu, là où l’enfant du pays avait l’habitude de trainer ses guêtres, est empreint de photos célèbres, de dédicaces ou encore de la couleur de ses maillots.

Je devais donc, à son image, pour bien vous informer, reprendre les routes d’entrainement du célèbre coureur qui a tant passionné les foules. En réalité, Angelo Fausto Coppi est né à Castellania, une petite commune de la province d’Alexandrie située dans le Piémont, à environ 20 km de Novi Ligure. A 14 ans, commis charcutier dans une échoppe de la ville, il arpentait déjà inlassablement à vélo, matin et soir, la distance et le dénivelé conséquent séparant son travail et son bien aimé village de naissance. Pour accéder à Castellania, certaines portions de route atteignent plus de 15%, notamment au bas du village de Carezzano. Nul doute, c’est bien là que le champion s’est forgé un amour indélébile pour cet art que l’on nomme cyclisme. Il en sera par ailleurs le maître un peu plus tard, et ce pendant de nombreuses années.

J’ai pensé, pour cette fois ci, qu’il était plus adapté d’effectuer cette montée comme un moment historique, sur les traces de celui qui aimait tant cette région. Comme moi, vous prendrez le temps d’imaginer ce que représente ce lieu mythique. Une sorte de dégustation non pas à l’aveugle mais à ciel ouvert. Une fois votre itinéraire calculé et si vous êtes en ville, plusieurs options s’offriront à vous pour rejoindre la montée finale.

C’est le départ ! Patrick et Salvatore écoutent les dernières recommandations de Gérard… L’heure est au recueillement.

En ce qui me concerne, je n’ai pas eu de difficulté à trouver ma route… Faustino, le fils du champion, a été d’un précieux secours, je le connais déjà pour l’avoir rencontré plusieurs fois. La montée se passera sans problème. J’ai vraiment l’impression d’être dans un rêve… que peut-on espérer de mieux ?  Le fils qui me guide et qui m’annonce également que le vin de sa sœur nous attend au sommet… le vin de Marina Coppi !  Quel honneur ! Mais en même temps, la France a adoré le champion ! La famille me rendrait-elle la pareille ? Un peu d’humilité … je ne suis qu’un petit cycliste, mais tellement passionné.

Premières rampes. Déjà l’émotion a laissé place à l’adrénaline. Il faut dire que notre duo s’est élancé sur les traces de Fausto Coppi. 

La pente se fait plus rude. Il va falloir se dresser sur les pédales pour rejoindre l’ombre du Campionissimo.

Au sortir du bourg, passées les dernières maisons, la pente s’adoucit. La nature est belle, tout le Piémont s’offre à nos cyclistes.

La pente redevient sévère, entre vignobles et vergers.

Quelle chance de vivre des moments pareils ! Arrivé au sommet, le maire du village nous attend. Il nous annonce avec fierté que le conseil régional du Piémont vient d’approuver sa décision de rebaptiser le village Castellania-Coppi ! Inimaginable en France naturellement. Mais pas en Italie où le culte du champion est une seconde nature.
Nous passons pas mal de temps à la mairie, à discuter du projet fou d’accueillir le Tour en 2022 avec la voisine Novi Ligure pour célébrer le doublé Giro-Tour 1952 de Coppi. Puis visite de la maison de naissance du champion avec toujours Faustino comme guide. Cette maison de village est entièrement transformée en musée. On peut y voir le lit où est né Fausto, mais aussi capter des moments passés avec sa famille et ses amis. En fin d’après-midi, sous un coucher de soleil flamboyant, l’heure est au recueillement avec la visite du mausolée dédié à Fausto et à son frère Serse. Séquence émotion… Les deux frères, tous deux disparus tragiquement, cote à cote reposent dans le même monument ! Ce que je vis là est grandiose ! Un énorme frisson m’envahit ! Je rejoins l’histoire à la fois terrible et magnifique, avec le sentiment magique d’y participer, c’est tout simplement incroyable.
Parlant d’un Eddy Merckx au sommet de sa gloire, Jacques Goddet, légendaire directeur du journal l’Équipe, disait : « il y a pour moi quelqu’un qui est au-dessus de ce numéro un, c’est Fausto Coppi, parce qu’il s’est manifesté dans des conditions qui atteignaient le divin, le surhomme, par sa morphologie, par sa nature physique ». Vu ma sensibilité… je confirme.
Je me pose une question… De là-haut, mon père doit être fier de moi ? Lui qui était un très bon coureur, apprendre que son fils suive les routes de l’idole de son époque doit sans doute lui apporter beaucoup de bonheur. Ouf ! Ma gorge se serre et mes yeux rougissent, c’est énorme ! La passion permet ces instants de recueillement, je vous souhaite de vivre la même chose. Pour enfoncer le clou… Faustino me permettra même d’essayer le dernier vélo de son père, un Coppi utilisé peu avant sa disparition tragique en janvier 1960 à cause d’une malaria mal diagnostiquée, contractée en Haute Volta. Cette journée est très chargée en émotions, trop presque. Alors pour le vin, nous reviendrons demain.

Au pied de la rampe finale, une bâtisse ancienne propose une première image du Campionissimo. Nous sommes bien sur ses traces…

C’est fait ! Nous avons rejoint Fausto Coppi dans son mythique village de Castellania. L’effort a été rude mais réjouissant.

Dans le petit musée local, une image du Campionissimo accueille le visiteur.

Castellania Coppi, le village aux trésors cachés

Une fois n’est pas coutume, nous irons déguster les vins de Marina Coppi avant de rejoindre le Restaurant qui nous attend le soir. Faustino nous conduit chez sa sœur, une propriété viticole située aux confins du village, plus exactement sur le versant sud.

Les vignes Marina Coppi, en agriculture biologique, s’étendent sur les premiers contreforts sauvages du Piémont.

Francesco et son épouse accueillent Gérard Mézadourian accompagné de leur oncle, Faustino Coppi. Un Faustino qui prend très au sérieux son rôle de rédacteur en chef exceptionnel.

Francesco, le fils de Marina nous attend. C’est lui qui a repris avec bonheur, l’exploitation de sa mère. Après de longs séjours en France pour y étudier l’œnologie, il revient avec des idées nouvelles et propose de vinifier des vins de très haute qualité. Le rendement à l’hectare va être diminué fortement. Pour Francesco, il est dorénavant exclu, selon une expression vigneronne bien connue, de ‘’ faire pisser la vigne ‘’ et il a raison ! Il faudra égrapper pour augmenter la qualité. Le vin blanc issue de l’unique cépage Timorasso occupe 50% du domaine, le reste est réservé à l’élaboration de vins rouges, également de très haut niveau. Nous commencerons par les blancs.
D’abord, la cuvée « Fausto » puis « Grand Fosto » en référence à la prononciation à la française. Couleur tilleul, le Timorasso proposé par Francesco apparait fruité, floral et légèrement épicé. On peut y déceler le citron, l’abricot ou encore la pomme. Ajoutons une pincée de miel, un équilibre parfait et une fois de plus, la magie opère. Nous sommes enchantés et le meilleur reste à venir. Pour la cuvée Grand Fosto, ce sont des fruits murs qui sautent aux papilles, je, nous, sommes éblouis devant tant de réjouissances. Pour corser le tout, on ouvre une grande année… 2013 je crois et l’explosion continue. La volonté de bien faire dans cette famille est vraiment inscrite dans les gènes, je, nous, sommes admiratifs. Plus besoin de vous faire un dessin… nous sommes en présence d’un savoir-faire indiscutable, sans compter l’accueil magistral qui nous est réservé.
Les rouges sont issus du cépage Barbera, un des plus répandu en Italie et plus particulièrement dans la région du Piémont. Là aussi nous sommes emportés par un tourbillon de saveurs. Toutes les années encore disponibles sont d’une extrême régularité. Si comme nous, vous avez un jour la chance de découvrir tout ça, les mots ne suffiront pas pour raconter à vos amis ce que vous aurez vécu. Après tout, cette région n’est pas si éloignée que ça de la France et elle est si accueillante.

Francesco, fils de Marina Coppi et gestionnaire du vignoble familial, insiste sur la fidélité de son travail aux préceptes des anciens : Respect de la nature et refus des traitements chimiques.

Soumis à tous ces privilèges et une dernière visite guidée au milieu des vignes, j’ai du mal à réaliser ce que nous venons de dénicher… des trésors cachés au sommet d’une montagne ! Qui l’eut cru ?
Dans ce timing serré, il nous faut maintenant retrouver l’Albergo Corona. Autre haut lieu mythique où Fausto aimait venir se restaurer en famille.

Albergo Corona, l’auberge des champions et des reines.

 Comme un plaisir n’arrive jamais seul, c’est cette fois chez Gianluca Spinola que nous avons rendez-vous. Ce grand passionné (un de plus) va nous raconter son histoire, celle d’un homme fermement décidé à réaliser son rêve, celui de diriger un grand établissement à la notoriété bien assise.
La quarantaine bien sonnée, il a gravi petit à petit, les marches d’un long parcours qui vont l’amener à racheter et restaurer, à son état initial, cette magnifique auberge qu’est l’Albergo Corona. Pour en arriver là, Gianluca a dû travailler très dur. Torturé par le souci des petits détails, il a déjà œuvré avec bonheur sur l’alliance des mets et vins dans un village des alentours.

Récemment réinventé par Gianluca Spinola, le célèbre Alberto Corona redevient le lieu de séjour et de restauration le plus prisé de Novi Ligure. Comme il l’était déjà pour Fausto Coppi et les plus grands champions de son époque.

C’est autour de quelques idées atypiques qu’il a construit son succès. Après le rachat de l’auberge Corona il y a trois ans, les décors, les peintures, tout a été rendu à l’identique tel qu’avait pu le découvrir la Reine d’Italie en 1909. Ce sont les fréquentations de toutes ces personnes célèbres qui ont contribué à bâtir la solide réputation de ce lieu. Plus tard, ce sera le tour de grands champions comme Fausto Coppi ou encore Gino Bartali et bien d’autres.

Gérard Mézadourian et Salvatore Lombardo posent avec Andrea et Gianluca les artisans de la renaissance spectaculaire du Corona.

Le chef Andrea nous a concocté un menu spécial accompagné des vins de Marina.

Andrea est un chef attentionné, l’envie de bien faire devant les Français que nous sommes, lui tient à cœur… il est un peu inquiet. C’est la cuisine du pays qui sera à l’honneur, il en a été décidé ainsi. Vive le Piémont et la proche Ligurie !
Petite mise en bouche avec dégustation d’une huile d’olive versée au goute à goute dans un petit ramequin, toast et beurre du coin… le ton est donné, le savoir-faire Italien apparait au grand jour ! Quel goût !! Un vrai délice accompagné d’un petit potage maison. Pour le vin, c’est le Timorasso cuvée Fausto, tout simplement sublime.
L’entrée : il Vitello in Piemonte (le Veau du Piémont) façon samossa, présenté sous trois formes et garni d’une sorte de guacamole spécial Andrea… les extrêmes se rejoignent, le rustique dans son raffinement le plus pur, un fondant au goût très nourrissant. Pour le vin, un San Andrea cépage Barbera de Marina, un vin rouge délicat, l’accord est parfait.
Suivent les inévitables pâtes Italiennes faites à la main : Agnolotti del Plin, (petites ganses) accompagnées d’un jus de rôti (il Tocco) cuit en basse température. On finit le Barbera…

Le plat : Guancia Brasato al Gavi (joue de bœuf sauce au vin) arrosé d’un jus de noisettes et oignon rouge. Pour le vin, c’est : il Grop, toujours de Marina, un Barbera supérieur aux tanins impressionnants, que du bonheur !
Gianluca et Andrea ont réussi leur coup, rien à dire nous sommes comblés.
Le dessert maison, à base de glaces hallucinantes de saveurs, sera accompagné d’un petit verre de Barolo Chinato, un digestif amer de la vénérable maison Einaudi, fondée par la famille de l’ancien Président italien.
Une fois encore l’Italie magique nous a fait don de ses trésors, une caverne inépuisable ou l’on peut côtoyer à la fois, la trace des artistes de la Renaissance, les fortes traditions de ce pays enchanteur, toujours aussi présentes, et une adoration sans commune mesure pour ses champions. Nous vous recommandons cet endroit sans réserve si vous aimez le vélo et la folle histoire de toutes ces gloires du passé.
Pour réserver, il existe un site internet, tapez : Albergo Corona Novi Ligure et bon séjour sous le ciel d’Italie. Et surtout n’oubliez pas votre vélo pour vous offrir la fameuse grimpée vers Castellania.

Montée sud du Mont Ventoux par Mormoiron, Château Pesquié, Restaurant le Château de Mazan

Montée sud du Mont Ventoux par Mormoiron, Château Pesquié, Restaurant le Château de Mazan

La voie Royale…

J’ai résisté longtemps, mais je ne peux plus attendre… certains se diront « il va encore nous parler du Mont Ventoux.»
Oui, c’est vrai ! S’il existe une expérience à vivre, au moins une fois dans sa vie de cycliste, c’est bien celle de l’escalade du Géant de Provence. Pour vous, j’ai consacré un bon moment (et beaucoup d’énergie) pour refaire cette difficile ascension. Les montées chronométrées, c’est plus mon truc. Le temps ayant fait son œuvre, mon âge ne me permet plus ce genre de folie, sauf si un bon verre de Château Pesquié m’attend à l’arrivée… Plaisanterie mise à part, la grande nouveauté de cette ascension justement, c’est d’avoir ignoré volontairement le départ de Bédoin. Quelques habitants de cette bourgade, ayant manifesté à plusieurs reprises leurs mécontentements à l’égard des cyclistes, je me suis dit qu’il était temps de changer d’air. Rassurez-vous, il reste là-bas encore pas mal de gens bien, désireux de vous accueillir comme il se doit.

Perpétuer sans ignorer

L’accès au sommet du Mont Ventoux par la face sud ne date pas d’hier. Dans les années vingt, au siècle dernier, des courses de côtes avec les bolides de l’époque y étaient régulièrement organisées. Quelque cent ans plus tard, le profil particulier de cette montée est toujours fréquenté par les grands constructeurs automobiles afin d’y tester leurs nouveaux modèles, freins, embrayage, tout y passe. Dans le même temps, le cyclisme moderne a écrit les plus belles pages de son histoire. Des batailles et des drames incroyables, gravés à jamais, s’y sont également déroulés… Jusqu’au spectacle d’un Froome continuant à pied sans son vélo. Impossible d’oublier l’image d’un Tom Simpson vacillant, à bout de force, essayant de continuer jusqu’à y laisser sa vie ! Ou celle d’un Eddy Merck qu’on équipera d’un masque à oxygène, épuisé à l’arrivée après une étape de fou. On ne peut rester insensible devant toutes ces histoires presque plus invraisemblables les unes que les autres qui ont façonné ce lieu.

À ce sujet, il est important de respecter la forêt. Le plus grand civisme de votre part sera de mise. Quelques sportifs négligents, oublient trop souvent les règles élémentaires de propreté. Tout au long de la montée des récepteurs spécialement conçus pour recevoir vos déchets sans mettre pied à terre sont à votre disposition. Ces nouvelles installations, distantes d’une moyenne de 3kms chacune tout au long du parcours, ont coutées cher au département. Soyez en conscient.

Du changement en perspective

Avec l’équipe Top Vélo, nous avons décidé d’ouvrir une nouvelle voie de départ devant la rédaction. Mormoiron, ce charmant village situé plus au sud de Bédoin, à exactement sept kilomètres du départ habituel, possède une vision différente de celle de son voisin sur son avenir. Par le biais de son sympathique maire Régis Silvestre, un homme qui veille, et cela avec vigueur sur le destin de ses habitants, nous avons pu discuter d’une lueur d’espoir qui prendrait forme sur sa commune. En effet, des contacts auraient été pris sur un projet très avancé qui concerne l’installation d’un grand complexe sportif dédié entièrement au cyclisme. Afin de ne pas dégrader ce magnifique lieu, l’implantation serait souterraine ! Une aubaine pour les jeunes de la région aspirant à un emploi stable. Hôtellerie, restauration, commerces, sont au programme. Donc, pour nous, Top Vélo ne fait qu’anticiper l’avenir. De plus, pour l’avoir vécu, ce nouveau tracé est nettement plus propice et plus adapté à l’échauffement, surtout avant d’aborder la longue partie pentue que l’on peut découvrir à partir du virage de St Estève. À la sortie du village de Mormoiron, il faudra prendre la direction du nord, vers Bédoin. Le panneau indicateur se trouve dans un petit rond-point, sur la droite. La route alterne faux plats montants et descendants, rien d’inquiétant. Le très bon état du revêtement, jusque-là en pente douce, affiche un caractère bucolique pendant six bons kilomètres. On traverse des champs de vignes à perte de vue et notamment celles du Château Pesquié. Une perle de la région ayant appartenue, à une certaine époque, à des descendants d’Alphonse Daudet. Nous en reparlerons plus tard. Le Mont Chauvese dresse face à nous, comme pour nous inviter à une paire d’heure de souffrance. La décision d’ouvrir la voie de départ à partir de ce village extrêmement sympathique a très vite été accueillie avec bonheur. Bousculer les habitudes n’est pas facile et pourtant, cette idée a fait son chemin. Un paysage grandiose s’offre à nos yeux. Une prise de conscience soudaine, pose la question… Pourquoi ne pas y avoir pensé plus tôt ?

Ce n’était peut-être pas le bon moment, tout simplement. Il y a aussi que la sempiternelle ascension depuis Bédoin devenait trop lassante. Un nouveau bol d’air ne pourra faire que du bien. Nous vous tiendrons au courant sur l’inauguration de ce nouveau tracé. Pour l’ heure, nous l’avons expérimenté avec Yohan Bagot de Vital Concept et le Batman de Provence Patrick Denis, un stakhanoviste du Ventoux. Un nouveau segment Stava et Bike’N Connect a été établi avec un point zéro. Premier départ inaugural prévu en octobre avec plusieurs équipes professionnelles, filles et garçons. Que du bon à venir.

Une approche différente

Cette nouvelle idée de parcours change considérablement la donne. Le stress, toujours un peu présent avant d’aborder (trop rapidement) des pourcentages conséquents, est largement diminué. Cela, grâce à une vitesse d’approche beaucoup plus élevée. Les jambes vont tourner plus vite et permettre ainsi un meilleur afflux sanguin pour la suite. De nombreux cyclistes vont essayer d’établir leurs meilleurs temps, il va donc y avoir du grain à moudre ! Un renouveau pour tout le monde.

Le départ de Mormoiron est finalement idéal pour aborder la grande difficulté que représente la partie montante à partir de St Estève. Ce virage à 180° est annonciateur d’un grand combat, c’est en quelque sorte le gong de départ. Avant d’y accéder, il faudra prendre à droite dans le premier grand rond-point que l’on rencontre à environ six kilomètres de notre village départ, on évitera ainsi Bédoin. Pour retrouver la direction classique, on devra parcourir encore 2 kms, traverser la route menant à Flassan après avoir pris soin de s’arrêter au stop. Encore quelques mètres, un nouveau stop, à droite et là vous pourrez vous élancer sur 200 mètres et atteindre le Point Zéro Top Chrono à la sortie du premier virage à gauche ! C’est parti, ça commence à monter doucement mais surement…

À Ste Colombe les cloches sonnent…

C’est la tradition lors du passage des coureurs du tour de France. Pour nous, ce ne seront que quelques modestes regards de la part de clients attablés au bistrot du coin. La célébrité ça se mérite ! Passé le village, on entre dans le vif du sujet. Quelques petits pourcentages entre 7 et 9%. On va commencer à réduire doucement les braquets. Un petit replat au passage des Bruns ou l’on pourra encore espérer ne pas trop souffrir et hop c’est parti ! Neuf kilomètres à 10% de moyenne sans possibilité de récupération jusqu’au Chalet Reynard, notre prochaine étape. Cette longue partie qui serpente à travers la forêt, représente la difficulté majeure de l’ascension. L’été on y étouffe. Même l’ombre des grands arbres n’y fait rien. On est dans le très dur, point. Ce que l’on vit à cet endroit n’est pas racontable et si vous acceptez le défi, je vous laisse le soin d’en parler vous-même avec vos amis.

Un chalet salvateur

Après la dure traversée de la forêt, nous sommes maintenant en vue du Chalet à 1400 m d’altitude. Il ne reste que six kilomètres dont deux très difficiles avant l’arrivée au Col des Tempêtes, surtout si le mistral s’en mêle. Enfin, plus haut, la délivrance au sommet. Profitez donc de ce petit replat devant le Chalet pour vous rafraichir. Pierre de Champeville, créateur du lieu en 1927, était un visionnaire. Qu’il en soit remercié. Passé la ligne à 1909 m d’altitude, boissons fraiches friandises sont à votre disposition. Une photo et on repart dans la descente. Il n’est jamais bon de trainer au sommet, les températures peuvent être glaciales même en été. Pour descendre, je ne peux qu’une nouvelle fois vous recommander d’être très prudent avec un vélo en bon état. Gare à la chute, elle pourrait s’avérer fatale. Prenez soin de vous. De grands animaux traversent fréquemment la route. Au total, c’est vingt-sept kilomètres de montée depuis notre ligne départ Top Vélo qui auront été effectués, soit six kilomètres de plus que par Bédoin. Mais quel bonheur !

Direction la récompense

Après un brin de toilette, le restaurant le Château de Mazan situé en plein cœur du village du même nom, vous attend. Situé à quatre kilomètres de Mormoiron ce fameux restaurant-hôtel fait partie d’une des anciennes demeures du Marquis de Sade. Et c’est un représentant de la très prisée chaine des Hôtels de Charmesde notre cher pays. Quel accueil !
L’ancienne propriété de notre Marquis est à couper le souffle. Il devait avoir les moyens… Les jardins parsemés de pelouses et de buis laissent échapper cette odeur particulière que l’on rencontre si souvent autour des vielles pierres. Ici ! Et j’insiste lourdement, le cycliste est le bienvenu, vous pourrez vous y présenter de la part de Top Vélo. Un menu gastronomique pour une vingtaine d’euros ! que demande le peuple ! Parking intérieur, piscine et tout et tout. Mais qui va rivaliser avec ça ? Le personnel est d’une très grande attention, tous sont de grands professionnels. Félicitations à Fréderic, le maitre des lieux qui nous a fait partager ce moment de bonheur. Gaspacho, Samossa de poisson etc… tout est top ! Laissez-vous faire c’est exceptionnel.

La magie du terroir

Un repas à prix raisonnable permet, sans ivresse, d’investir dans des flacons hors normes… L’appellation Côtes du Ventoux, renommée AOC Ventoux en 2010 s’étend sur 6700 hectares au pied de notre célèbre montagne. Ici c’est la partie sud qui nous intéresse. Ce coin est béni des dieux. Les sols issus de sédiments tertiaires, de calcaire dur et autres alluvions sont très favorables à l’élaboration de vins de qualité. Ajoutez à ça un climat assez homogène tout au long de l’année et vous obtenez, grâce au travail méticuleux du maitre de chai, de véritables trésors. Nombreux domaines proposent leur savoir-faire pour notre plus grand plaisir, je pense au domaine de Fondrèche et bien d’autres. Tout est très bon. Mais parmi les bons, il y a toujours des très bons… Bref, il fallait faire un choix. Inutile d’aller très loin. Sur la commune de Mormoiron, se dresse avec élégance, le domaine de Château Pesquié. Les frères Alexandre et Frédéric Chaudière président à l’avenir de cette merveille locale. Issues de la troisième génération d’une famille vigneronne. On ne peut être qu’admiratif, une fois de plus, devant le résultat de leurs efforts depuis 2006, date à laquelle ils ont repris l’animation du vignoble. Leurs vins rouges sont assemblés principalement de cépages Grenache noir et Syrah. D’un violet profond, et d’une complexité aromatique sans égal, la cuvée Quintessence tient le haut pavé. C’est celle que nous avons choisi au restaurant du Château de Mazan. Ce vin est un miracle de la nature, un don du ciel, une explosion de saveurs à tous les étages ! Et encore, je pèse mes mots !

Nous avons ensuite été reçus par Frédéric pour déguster d’autres crus, tous excellents. Ceci n’a rien d’étonnant car ce domaine, jadis passé entre les mains de comtes et de marquis, est situé sur l’une des plus anciennes zone viticoles de la région.
Avec la bénédiction de la mairie de Mormoiron, et si le grand projet évoqué plus haut se réalise, apprêtez-vous à vivre de grands moments dans la région. Mais pour l’instant, rien n’empêche d’ores et déjà à ce que vous nous rendiez une petite visite, vous êtes les bienvenus. Parking assuré de 200 places à côté de la rédaction, et ligne de départ !