Si le disque arrive en fanfare dans les rayons des vélocistes, il se fait toujours timide dans le monde des vélos de grande classe en acier ou titane. C’était avant que les français de Victoire travaillent sur le projet d’une machine de course équipée de ce type de freinage. Et si de visu ça semble réussi, nous allons voir sur la route ce qu’il en est.

Qui a dit que classicisme et disque étaient incompatibles ?

Un vélo de développement…

Top Vélo était présent il y a un an lors du lancement des groupes disques de Campagnolo aux Canaries, mais ce Victoire est la première machine que nous recevons dans nos locaux à en être équipé. De mon côté, j’avais pu prendre en main ce groupe lors de son lancement à la presse puis lors de l’essai du Ridley Fenix SLX dans les Vosges.

Ce montage Campagnolo H11 est aussi le tout premier pour la marque française Victoire qui nous a annoncé vouloir multiplier ce type de montage à l’avenir, et qui a fabriqué ce vélo test spécialement pour Top Vélo.

Il intègre certaines spécifités techniques, tels les axes traversants Mavic Speed Releaseet les pattes MILC qui devraient (si tout se passe bien) être intégrés à la production dans le futur. Ces blocages d’un nouveau type nécessitent une forme différente des pattes utilisées d’ordinaire. En effet, la patte côté opposé au pédalier ressemble à celle utilisée sur un vélo classique. C’est ce qui permet d’enlever la roue plus rapidement selon Mavic. Ingénieux.

Victoire nous gratifie de l’acier le plus haut de gamme sur le marché, le Reynolds 953. Comparable au Columbus XCR, il s’agit d’acier inoxydable.

Ça ne rouille pas et c’est plus rigide. Mais pas plus léger. À ce propos, acier et poids plume ne sont pas incompatibles, mais soyez conscient qu’il y aura une perte de rigidité si vous cherchez à trop alléger votre cadre. Aujourd’hui le poids d’un cadre acier performant se situe aux environs des 1 500 grammes, ce qui laisse ouverte la possibilité d’un vélo sous les 7 kg.

Du Reynolds 953 et un boîtier de pédalier de type PF 30, comme sur le précédent vélo Victoire pour Rapha qui m’avait enchanté. Du très gros diamètre donc, qui apportera une rigidité et une rigueur de comportement même si Victoire tend à abandonner ce standard de boîtier de pédalier au profit du très récent T47.

Notez que sur notre vélo a disques, Victoire a monté un tube de selle rond de 28,6 mm de diamètre en place du tube utilisé d’habitude de 31,7 mm côté pédalier et 28,6 mm en haut. À la clé un net gain de poids, mais espérons qu’il ne s’accompagnera pas d’une perte de rigidité.

C’est aussi cela créer des cadres acier. Essayer encore et encore, développer et construire des prototypes pour tester des nouveautés.

Autre essai technique, le serrage de la tige de selle dans les haubans, inauguré l’année dernière sur le vélo présenté au Concours de Machines. Très esthétique, cette solution implique une parfaite maîtrise de la soudure à cet endroit. Et il faut le dire, le résultat est sublime.

 

Premier du type

C’est une première ! Bien que présenté il y a un an maintenant, on voit encore peu de vélos équipés Campagnolo à disques.

Si la première monte est dévolue à Shimano et Sram, le marché du montage à la carte et de la seconde monte devrait être favorable à la marque de Vicenza.

Sur ses groupes à disques haut de gammes simplement baptisés H11, seuls les dérailleurs sont repris des groupes classiques. Des Chorus pour notre vélo. Tout le reste, pédalier, freins, disques et leviers est commun. Le pédalier bénéficie d’une géométrie spécifiquement adaptée à l’entraxe arrière de 142 mm qui déporte le dérailleur arrière.

Les composants choisis par Victoire sont des Deda, en gamme Superleggera. Vous remarquerez la potence peinte aux couleurs du cadre. Elle fait son effet !

Le train roulant reste chez Campagnolo avec les roues lauréates du Top Vélo Wheel 2018, les Bora One 35 Disc à boyaux. Des roues très légères et très rigides, qui n’ont rien à envier à leurs sœurs dédiées au freinage sur jante. Elles magnifient le comportement de n’importe quelle machine. Nous les avons équipées de boyaux Continental Competition Pro LTD en 25 mm.

 

On ne louera jamais assez les qualités de l’acier

Quels que soit la marque ou le modèle essayés, j’ai toujours été bluffé par le confort, la facilité de prise en main et la sécurité des vélos en acier. Le matériau filtre les vibrations en provenance de la chaussée aussi bien qu’un titane tout en offrant un rendement bien supérieur. Le carbone ? À la traîne pour le confort !

La prise en main d’un vélo équipé de freins à disques diffère toujours de celle d’un vélo équipé de freins classiques. Par la puissance du freinage à basse vitesse mais aussi et surtout par l’ergonomie des leviers, différente. Il faut le dire, à ce jour seul Shimano est arrivé à totalement intégrer le maître-cylindre et à proposer la même forme de levier quel que soit le type de freinage, sur l’Ultegra et le Dura-Ace Di2. Car sur les groupes mécaniques, les poignées sont toujours légèrement plus larges, plus hautes et plus longues.

Campagnolo s’en sort bien, leurs leviers conservent la même longueur et la même largeur. Seule la hauteur est supérieure de quelques millimètres, ce qui ne modifie pas la position. On peut même les attraper plus facilement en posant les mains sur le dessus.

Côté élégance, on reste dans la finesse, ça passe bien. Bref, pas de quoi regretter les leviers classiques !

Habitué à rouler sur des vélos à moins de 7 kilos, je ne sens pas le poids supplémentaire du Victoire. Non, il se fait complètement oublier. Pour les besoins d’une séance photo, mes premiers coups de pédales avec la machine ont lieu en côte et je dois tout de suite m’employer pour faire plaisir à Joël, notre photographe.

La réactivité globale m’impressionne. Le cadre et les roues travaillent merveilleusement bien et de concert. La rigidité n’est pas mise en défaut et malgré le goudron granuleux, je ne sens pratiquement pas de vibrations dans les mains ou l’assise. L’association de l’acier et des boyaux n’a probablement aucun autre équivalant en termes de confort. Qu’on se le dise.

À basse vitesse, l’inertie du cadre se fait légèrement ressentir mais je ne me sens pas pénalisé et surtout pas planté. Et au moindre coup de pédale, je reprends facilement de la vitesse. Côté accélération ou attaque, c’est un régal. À ce niveau, la qualité du train roulant est primordiale. J’ai par la suite essayé ce vélo avec des roues Zonda en aluminium et le résultat n’était pas le même. Vraiment, je le répète, les roues sont primordiales sur un vélo acier. Plus que n’importe quel autre composant et plus que sur un cadre carbone qui pardonnera plus facilement.

La tenue de route en descente est du même niveau, impossible à prendre en défaut. Le filtrage du vélo permet de se jouer des aspérités du terrain, la géométrie permet de se placer au millimètre tandis que le freinage est impérial.

 

Avec raison et passion  

Chez Top Vélo, nous sommes des convaincus de l’acier. Non pas par nostalgie, ni même par notre passion du vélo.

Nous sommes convaincus par les qualités réelles qu’offre ce matériau remis au goût du jour par les fabricants de tubes que sont Reynolds, Columbus ou Tange et par des cadreurs talentueux.

Ce Victoire Véloce en inox combine le confort des vélos d’endurance à l’efficacité des modèles de course. Il se permet même de surclasser à ce niveau la plupart de ces machines qui sont faites de compromis.

Pour finir par le rendement (avec les roues qui vont bien), il n’a absolument rien à envier aux vélos en carbone actuels. Si vous enchaînez les kilomètres, vous avez de grandes chances de rentrer plus frais avec ce vélo. Et les amateurs de compétition n’auront vraiment pas à se plaindre de son comportement, tant il sait tout faire.

En selle, on oublie son poids et on ne prend que du plaisir.

Son tarif ? Il le vaut cent fois, n’oubliez pas qu’il est fabriqué en France.

Incritiquable. Remarquable.

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