Ah le destin… 

Notre vélo vintage présenté ce mois-ci a une sacrée histoire. Délaissé, c’est chez Emmaüs que son propriétaire actuel l’a retrouvé, en piteux état. Après une restauration minutieuse, c’est en bête de concours qu’il est venu nous le présenter, pour notre plus grand bonheur.

Ce vélo est neuf ! Telle est notre réaction quand l’ami Jean-Pierre Jouve nous apporte cette merveille. Un de ses amis vient d’achever sa restauration. Ce vélo sauvé, miraculé, aurait terminé sa carrière au mieux comme moyen de locomotion chez de pauvres gens, au pire à la benne. Le voilà digne de figurer dans les plus beaux musées cyclistes.

Rutilant, étincelant, brillant, voilà bien une bicyclette qui à l’aube des années 70 devait faire la fierté de son propriétaire. Mais comme pour les grosses voitures, les vélos haut de gamme lorsqu’ils sont cédés en seconde ou troisième main tombent souvent entre les mains de propriétaires peu scrupuleux, peu reconnaissants et pas aptes à assumer l’entretien d’une machine haut de gamme. La décrépitude guette…

Son cadre en tube Columbus représentait ce qui se faisait de plus beau en Italie à cette époque où Coppi était mort depuis presque dix ans. Lui qui n’a jamais pu voir ces magnifiques machinesà son nom et fabriquées par l’artiste Fiorelli…

Tout Campa

Jusqu’à la sortie du Super Record en 1973, le Nuovo Record dévoilé en 1967 représentait ce qui se faisait de mieux chez Campagnolo. Il a d’ailleurs subsisté jusqu’en 1986 ! Notre vélo datant de la fin des années 60, c’est tout naturellement que ce groupe a retrouvé sa place dessus. Dans une version de 1975 qui présente quelques évolutions mineures par rapport à la première version de 1967. Sur le groupe Nuovo Record, l’utilisation de l’aluminium au lieu du bronze chromé utilisé sur les groupes antérieurs a permis un gain de poids assez important. Le Super Record, lui, verra l’arrivée du titane.

Tige de selle Campagnolo et selle Unicanitor Buffle. Une assise témoin d’une époque où une selle se rodait pour obtenir un confort acceptable. Une époque où une selle se conservait plusieurs années et passait de vélo en vélo.

Le train roulant est bien dans l’air des années 70 avec ses magnifiques moyeux Campagnolo Record à petite flasque. Des moyeux qui tournent encore comme au premier jour. Il faut préciser qu’ils tournent bien mieux que la plupart des roues actuelles, qui ne peuvent lutter avec leurs pauvres roulements à cartouches qui se dérèglent à chaque sortie. Ou comment la régression est arrivée…

Les jantes basses Nisi brillent. Leur faible profil, typique de cette époque, est compensé par le nombre important de rayons. La rigidité de ce type de roues est au final très bonne, tout comme leur fiabilité. Sans parler de la douceur de fonctionnement…

Le poste de pilotage est tout 3T. Cintre rond italien, une ergonomie aujourd’hui dépassée mais tant agréable à l’usage.

Une douceur oubliée…

Monter sur un tel vélo fait oublier toute notion de rendement moderne. Inertie omniprésente et relative absence de retour sur la rigidité de l’ensemble. Ça vit, ça bouge et ça roule. On se surprend à adopter une tout autre position. Mains sur l’arrondi du cintre, presque aux cocottes. On baisse les bras, la main droite descend une vitesse à la volée, le dérailleur Campagnolo réagit instantanément et on relance l’allure sans se redresser. Assis. Le confort de la selle est sans équivalant sur le marché actuel. Plus qu’un fauteuil, un canapé en cuir Connolly. Inutile de chercher à tourner les jambes, le vélo s’emmène avec du braquet. Chercher à avoir une grande cadence de pédalage aurait pour conséquence de déformer continuellement le cadre. Avec un rapport important et après avoir dépassé le stade où le vélo se déforme, il se cale et on est emmené une bonne fois pour toutes. Buste rabaissé, on peut même rouler très vite. Et surtout, une fois lancé, rien ne semble arrêter le vélo. La pente ? Grand braquet et ça passe, plus vite qu’on aurait pu l’imaginer. En descente, le freinage manque de puissance par rapport aux vélos actuels, surtout à cause des patins qui accusent bien leur âge. Le sentiment de sécurité est grand, un acier ça tient le pavé !

Un vélo qui efface les kilomètres dans une douceur inconnue, voilà le Coppi by Fiorelli. Délicieux instants…

Cadre : Fausto Coppi acier Columbus par Fiorelli Fourche : Coppi acier Columbus Groupe : Campagnolo Nuovo Record Moyeux : Campagnolo Record Jantes : Nisi Cintre : 3TTT Potence : 3TTT Tige de selle : Campagnolo Selle : Unicanitor Buffle Pneumatiques : Vittoria Pédales : Campagnolo Poids : 9 kg

Share This