Le rouleur au long cours

Définitivement classé dans la catégorie des machines de rêve, le Madone est depuis peu disponible en version à freinage à disques. S’il a récemment évolué en reprenant la technologie IsoSpeed de son frère Domane, il reste néanmoins une pure machine de compétition, conçu dans un seul but : rouler le plus vite possible. Mais dorénavant chez Trek, on peut rouler vite et longtemps, car le nouveau Madone Disc s’annonce bien comme le vélo aérodynamique le plus confortable du marché.

Le Madone, un succès qui dure  

Lancé dans les années 2000, le Madone s’est distingué à l’époque sous les coups de pédales de Lance Armstrong. Il doit son nom à la montagne niçoise éponyme où l’Américain allait s’entraîner. Il y enchaînait les montées pour se tester, si bien que la marque de Waterloo avait souhaité rendre hommage à ce col devenu mythique. On ne refait pas l’histoire…Autrefois pure machine dédiée à la montagne, il est devenu depuis sa version 10 un vélo purement aérodynamique, laissant à son frère Emonda les joies de la grimpette.

Intégration maximale

Comme tout bon vélo aéro actuel, le gain se fait sur deux points. La forme des tubes et l’intégration de la câblerie et de tous les éléments tels que le freinage ou le serrage de selle, la direction, etc. C’est sur ce point que le Madone a toujours été à la pointe.

On se souvient de son lancement dans sa version originale à freinage patins, de ses freins aux étriers Bontrager totalement intégrés. Si la performance peut aujourd’hui sembler banale, il faut la saluer car à l’époque, Trek était seul à proposer une intégration si poussée.

Regardant le Madone à freinage disques, on ne peut que constater que Trek a merveilleusement intégré le disque à son cadre aérodynamique. Les étriers prennent place sur la fourche et la base arrière sans se montrer disgracieux. En clair, le vélo conserve son allure de guerrier tout en restant élégant.

L’IsoSpeed en point d’orgue

L’arrivée de l’IsoSpeed se fait de manière totalement transparente sur la ligne générale du cadre. Tout juste peut-on remarquer le dessous du tube supérieur blanc, le marquage « IsoSpeed » sur le tube de selle et un élastomère entre celui-ci et le tube supérieur. C’est à l’intérieur que ça se passe.

Le tube de selle est flottant et directement intégré dans le système Iso Speed. C’est lui qui autorise la déformation et la filtration des chocs. Sur le Madone on peut régler la dureté du système via une vis sur le dessous du tube supérieur et une vis sur l’arrière du tube de selle afin d’adapter l’amortissement à la route empruntée et au poids du cycliste. Dans la réalité, une fois le bon réglage trouvé, on oubliera le système qui s’occupe de tout le reste.

Une finition sur-mesure

Depuis 2001 (déjà !), Trek propose la personnalisation entière de ses vélos sous la forme du « Project One ». Notre vélo est sous la livrée Trek-Segafredo de l’équipe du même nom, mais sachez que vous pouvez choisir de personnaliser votre Trek quasiment à l’infini. Sans tomber dans l’artisanat, la peinture est de très belle facture et vous aurez l’assurance d’avoir une machine unique.

Côté géométrie, Trek a développé avec ses coureurs pros la « H 1,5 ». Pas trop exclusive (fini le temps où le cintre était positionné sur la roue avant, elle permettra à quasiment tous les cyclosportifs d’utiliser le Madone SLR, on ne va pas s’en plaindre. Sur le Madone SL (carbone OCLV 500 et pas de potence intégrée) la géométrie est la H2, avec des douilles de direction plus hautes.

Équipé comme les pros

Notre vélo d’essai est aux couleurs de l’équipe Trek-Segafredo disponible sous la forme « Project One ». Il en reprend aussi l’équipement avec un groupe Shimano Dura-Ace Di2 et des roues Bontrager Aeolus 6 à haut profil.

Le groupe Dura-Ace Di2 dans sa version à freinage disques est le seul groupe du marché à proposer quasiment la même ergonomie de leviers entre sa version à freinage sur jante et sa version à freinage disques, alors que tous les concurrents ont dû agrandir leurs leviers. Un must dont le fonctionnement est éprouvé et qui a toute la ferveur des coureurs professionnels. Tout le reste des équipements est siglé Bontrager, la marque de composant de Trek. Le poste de pilotage entièrement en carbone et réglable est magnifique. Il s’intègre à la ligne du vélo et permet un réglage très fin de l’inclinaison du cintre.

La selle est le modèle phare de la marque : la Montrose Pro. Une selle qui surfe sur la nouvelle vague des selles courtes, mais sans aller vers des extrêmes. On termine le tour des équipements par l’exceptionnel train roulant qui équipe le Madone SLR 9 Disc. Le couple roues Bontrager Aeolus 6 et pneumatiques R320 est détonnant. Des pneumatiques qui rappellent les boyaux d’antan, au flanc crème et à la bande de roulement entièrement lisse. On juge de leur souplesse à la main, elle est de haut niveau.

Les roues Aeolus de 60 mm de hauteur disposent d’un système de roue libre arrière de type DT-Swiss et sont compatibles Tubeless. La finition est magnifique, bien à la hauteur de celle du cadre. Des roues de 1 575 grammes dont on attend un haut degré de performance.

Sur la route

Avec l’arrivée du freinage à disques, le Madone ne change pas fondamentalement. On retrouve exactement les mêmes sensations qu’avec la version classique, sauf qu’ici ça freine très fort, instantanément.

Se pose tout de suite la question du confort. Sur les premiers mètres ça ne change pas franchement par rapport au Madone sans système IsoSpeed. Et au fond tant mieux, car j’avais quelques craintes de sentir un flottement en pleine accélération, comme avec un Domane.
Ici rien, j’ai indéniablement toujours affaire à une machine de compétition, le poste de pilotage réglable est toujours bien conçu, tout tombe parfaitement sous la main. Il est bien loin le temps où les combos cintre-potence intégrés offraient une ergonomie douteuse !

Quelques mots sur l’assise, la selle Bontrager Montrose me convient parfaitement. La forme de la surface de contact me fait un peu penser à une Specialized Power en encore mieux. Une vraie surprise. Évidemment sur terrain plat, le Madone est à la hauteur. Je dirais même plus, il vole. Il incite à en remettre, à accélérer encore. Rouler à moins de 30 km/h est possible, mais il se révèle autours de 38-40 km/h. Comme s’il s’allégeait instantanément. À ce moment-là je pourrais le qualifier de pur vélo de rouleur tant il se montre à l’aise sur ce terrain. Et aussi surprenant, je ne ressens pas une rigidité extrême. On pourrait penser le contraire au vu des tubes importants, mais il n’en est rien.

C’est justement avec une rigidité parfaitement maitrisée que le Madone parvient à contenter un gabarit léger comme le mien. Et c’est aussi grâce à cette rigidité maitrisée que le Madone s’autorise à grimper correctement, même avec des roues à haut profil. Dans de longs cols, il ne pourra évidemment rivaliser avec l’Emonda, mais à allure rapide le Madone s’en sort très bien, même dans les forts pourcentages. Et surtout sa rigidité qui n’est jamais castratrice me surprend pour une machine à la ligne si sportive.

En descente le couple cadre/roues est d’une stabilité étonnante. Je veux dire qu’en cas de vent latéral, je ne suis pas emporté comme d’ordinaire avec des jantes à haut profil. De plus, lorsqu’on regarde l’épaisseur des tubes du Madone, on pourrait imaginer qu’il agit comme une voile en cas de vent latéral. Entre le travail en soufflerie et les tubes de forme Kammtail, le résultat est très convaincant. Le freinage est impérial, tout comme le grip des pneus Bontrager qui m’ont vraiment emballé. On pourrait presque qualifier le Madone de machine joueuse tant il se place là où on le souhaite.

Aéro, performance et confort, pas incompatibles !

Et Trek le démontre avec le Madone. Pure machine de compétition dédiée à la vitesse (il n’est pas le seul sur le marché), il sait se montrer conciliant comme aucune autre machine du segment. Mieux encore, il fait carrément de l’ombre au Domane côté confort et contentera les coursiers intelligents qui ne pensent pas qu’un bon vélo de course doit seulement être une lame. Non, un bon vélo de course doit aussi préserver son cycliste pour l’emmener le plus loin possible. C’est ce que fait ce Trek, avec beaucoup de brio.

Sur le circuit d’essai Top Vélo

Le printemps s’annonçant, après l’hiver, la forme commence à pointer le bout de son nez. L’occasion de tirer un maximum parti de toutes les qualités de ce Trek Madone SLR 9 Disc !

Un peu de vent aujourd’hui pour mon circuit d’essai, mais les températures très clémentes devraient me permettre de réaliser un bon temps. Sur la première portion plane où l’asphalte est un billard, les pneumatiques Bontrager me procurent des sensations dignes de boyaux. Souplesse, faible résistance au roulement et confort de haut niveau. Couplés aux roues Aeolus à haut profil, l’efficacité est ici maximale.

Quoi de plus normal pour une machine aérodynamique… C’est en virant à droite juste avant la première montée que je ressens toute l’évolution de ce nouveau Madone. La route est vraiment défoncée et le système IsoSpeed rentre en action. Très perceptible, je suis comme déconnecté de la route. Au contraire du pneu arrière qui ne saute pas et transmet toute ma puissance malgré les bosses de la chaussée. Bluffant. Même en relance, cela se ressent.

La côte commence et je suis sur le grand plateau. Les jambes brulent mais ça passe. Les roues sont très rigides et en danseuse je peux balancer le vélo tout en profitant au maximum de son rendement. Ça envoie !

Quelques secondes de répit au sommet avant de réattaquer pour la seconde partie.
Je repasse sur le petit plateau et décide de tourner vite les jambes. Le Madone s’en accommode et je ne me retrouve pas planté. Je ressens par contre la masse du vélo, légèrement supérieure à celle des machines d’ordinaire dédiées à cet exercice.

Grosse relance arrivé en haut, sur la bascule. Après avoir fait appel au grand plateau, j’appuie de toutes mes forces sur les pédales en mode « contre-la-montre » jusqu’à la descente. J’arrive à pleine vitesse dans le virage à l’aveugle, sur la gauche. À cet endroit, les freins à disques révèlent tout leur potentiel en autorisant un freinage très puissant et contrôlable. Je passe bien plus vite qu’avec un vélo au freinage à patins.

Dernière montée, sur le grand plateau. L’impression de facilité dégagée par le Madone m’impressionne. Surtout lorsque je suis en danseuse. À haute vitesse dans la dernière descente, la stabilité du vélo est sans faille, je passe à bloc sans freiner et cela par léger vent de côté. Chapeau !

 

Cadre Trek Madone carbone OCLV 700 – Groupe Shimano Dura-Ace Di2 Disc – Roues Bontrager Aeolus 6 Disc – Pneus Bontrager R4 320 – Cintre Bontrager carbone – Potence Bontrager carbone – Tige de selle et selle Trek et Bontrager Montrose – Poids : 7,6 kg – Tarif : 11 499 euros

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