Specialized Aethos S-Works

par | Mai 28, 2021 | Le Supertest

Images par Gian Battista Lombardo et Joel Lombard

Avec l’Aethos, Specialized cherche à revenir à la source du plaisir de rouler.
En effet, a-t-on besoin d’un vélo ultra-aérodynamique et ultra-rigide pour se faire plaisir ? Au contraire, le poids, la légèreté, la beauté, la facilité d’usage ne sont-ils pas les éléments qui donnent le plus de plaisir ?

À la source du bonheur

Alors que pour certains le bonheur à vélo vient de la route, pour d’autres il vient du vélo en lui-même. À moins qu’il ne s’agisse des deux. En effet, une belle route est souvent révélée par un beau vélo.
Loin de moi l’idée de vouloir mettre le vélo et tant qu’objet sur la première place du bonheur cycliste, on peut ne pas être attaché aux objets et aimer « son » vélo pour ce qu’il est et non pas pour ce qu’il fait, c’est-à-dire nous emmener d’un point à un autre.
Bref un vélo sert à pédaler, mais pas que !

Aparté, pour faire suite à mon entrée en matière…

Par son style et toutes les émotions qu’il dégage, l’Aethos me parle. Amateur de belles machines à deux ou quatre roues (je suis certain qu’il y en a parmi vous, lecteurs de cet article), je vais établir une comparaison avant même d’entrer dans les détails techniques. Le Specialized Aethos est au vélo moderne ce que la Lotus Elise ou l’Alpine A110 sont à l’automobile : essentiels !

Alors que ces dernières années tous les vélos ont pris de l’embonpoint tant au niveau des traits que du poids, Specialized revient à la source du plaisir. Oui !
Pédaler sans arrière-pensée. Sans trainer aucun fardeau. Légèreté et maniabilité sont source de plaisir.

Je parle là de pure sensation.

Car comme en automobile, à vélo, vitesse n’est pas forcément synonyme de plaisir. Du moins pour le commun des mortels que nous sommes.
En regardant l’Aethos je ne peux m’empêcher de songer à Colin Chapman…

Un vélo qui dénote au milieu de la production actuelle

Comment Specialized ose-t-il proposer à la vente un vélo soi-disant « top de gamme » sans l’affubler de toute la panoplie de tubes aérodynamiques au profil NACA destinés à le rendre plus rapide ?
Oui, les ingénieurs se sont lâchés et ont cassé les codes.
Car après le Tarmac qui propose absolument toutes les dernières technologies, le Roubaix qui dispose d’un système de filtration des vibrations très évolué (Future Shock), cet Aethos cache parfaitement toute sa technologie, tellement sa ligne est classique.

Premièrement il fait appel au même carbone Fact 12r que le Tarmac S-Works. Ensuite il reprend quasiment toutes les technologies présentes sur le Tarmac avec une application différente, qui fait de l’Aethos une machine bien différente. Je vous le détaille un peu plus bas.

Si la fibre est identique à celle du Tarmac, son travail et son application diffèrent par l’usage de fibres très larges et ininterrompues, éliminant de fait l’usage nécessaire des renforts utilisés d’ordinaire.
Comme je l’écrivais lors de la sortie de l’Aethos, « la quête de l’allègement prend ici une dimension quasi philosophique ».
Cette suppression de matière a été rendue possible grâce aux formes spécialement étudiées de cet Aethos. L’usage de formes tubulaires d’apparence simple n’est pas le fruit d’un désir de proposer un cadre d’apparence simple.
Non, en réalité ces lignes sont très compliquées, issues d’un travail de plusieurs mois par des supercalculateurs pour définir la meilleure forme et la meilleure orientation de la fibre, pour chaque partie du cadre.

Le départ est évidemment un tube rond, mais de près vous remarquerez qu’en fait sur l’Aethos, aucun tube n’est parfaitement rond.
La différence avec le Tarmac, qui est conçu pour rouler le plus vite possible (en partie grâce à son aérodynamisme) ? L’Aethos est conçu pour être le meilleur possible avec un rapport poids/rigidité exceptionnel.
Vous cernez la nuance ?

J’aborde l’intégration de la câblerie (point ô combien existentiel !) durant ces quelques lignes : La câblerie est intégrée dans le cadre, mais pas dans la direction. Un choix parfaitement assumé de la part de Specialized. Cela aurait alourdi le cadre et n’aurait pas augmenté le plaisir de rouler sur l’Aethos. Le Tarmac est là pour vous si vous ne concevez pas un vélo haut de gamme sans intégration complète.

Bien au-delà du marketing qui consiste à dire et écrire qu’un vélo est doté de telle ou telle technologie sans la détailler ni expliquer pourquoi elle est utilisée (ce que je vais faire), il convient de comprendre que Specialized tend à proposer des vélos qui sont des « ensembles » conçus pour fonctionner en parfaite synergie. Cadre, roues, selle, cintre, chaussures, casque… Tout est fait pour fonctionner ensemble, et force est de constater que le but est atteint.

En effet, même si la marque de Morgan Hill n’est pas la seule à vendre ses vélos équipés de ses propres composants, ceux siglés Roval ou Specialized fonctionnent plutôt bien…

Une masse record

620 grammes. On peut même enlever un gramme car notre exemplaire d’essai taille 52 a été vérifié à 619 grammes, peint évidemment. 585 grammes sans peinture en taille 56.
Une masse incroyablement basse, qui surprend d’autant plus que l’Aethos est à freinage disque et qu’il est évidemment homologué UCI. C’est-à-dire qu’il peut être utilisé dans n’importe quelle compétition, du plus haut niveau qui soit.

Les composants dédiés

Avec l’Aethos, c’est un cintre monobloc baptisé Roval Alpinist (comme les roues) et une tige de selle qui sont spécifiquement conçus pour ce vélo.
Évidemment ils sont très légers. Très légers.

136 grammes pour la tige de selle et 274 grammes pour le cockpit.

Mais leurs caractéristiques ne se limitent pas au poids. Comme pour le cadre, Specialized a associé son concept Rider First Enginereed dans la conception de la forme de ses composants. En résulte une capacité à s’adapter au plus grand nombre d’entre nous et un confort donc très étudié. Le poste de pilotage Alpinist et la selle Power Mirror sont une très grande réussite…

Un Rider First Enginereed qui garantit un comportement identique quelle que soit la taille de votre cadre, en montée, en accélération ou dans les descentes. La géométrie est identique à celle du Tarmac SL7 et 6 tailles sont disponibles de 49 à 61 avec un poids du cadre annoncé de 550 grammes en 49 à 643 grammes en 61 (coloris satin carbon/jet fuel).
L’Aethos est compatible avec des gommes jusqu’à 32 mm sur des jantes de 21 mm. Dans ce cas, le dégagement sera alors d’environ 4 mm.
Le boîtier de pédalier est au standard BSA, comme sur le Tarmac SL7. La patte de dérailleur avant est démontable en cas de montage d’un groupe mono-plateau.

Un montage pour Top Vélo

Lors de la sortie de l’Aethos il y a quelques mois, nous avions émis le souhait à Specialized de disposer d’un kit cadre Aethos S-Works pour réaliser un montage différent de celui vendu dans le commerce. Un montage très haut de gamme avec comme seul critère l’exclusivité et la qualité de réalisation. Ce montage a été réalisé par Billy de Specialized France, assisté des équipes françaises de Campagnolo.

Car c’est un groupe Campagnolo Super Record EPS 12 qui a pris place sur cet Aethos. Un groupe où le carbone règne en maître et qui se place au-dessus d’un Dura-Ace ou d’un Sram Red eTap AXS en termes de prestige, de qualité de fabrication, de finition mais aussi de prestations.
La douceur de son passage de vitesse est exceptionnelle (plus que la version mécanique) et il propose de larges développements grâce à ses 12 pignons.
Il n’est pas encore doté d’une communication wireless, mais cela devrait arriver l’année prochaine. Bref, le Super Record est un groupe légendaire à l’histoire mythique et son histoire continue d’être écrite, chaque jour qui passe.

Les roues Roval Alpinist trouvent naturellement leur place sur l’Aethos. Utilisées à la fois par les coureurs du Pro Tour et par des cyclosportifs chanceux, elles offrent une masse exceptionnelle de 1 250 grammes et ne sont pas compatibles avec les pneus Tubeless.
Pour réponse à cette constatation étonnante (alors que le Tubeless est à la mode), la conception de jantes Tubeless aurait réclamé des renforts, pénalisant la masse en rotation, les sensations et la recherche de légèreté pour ces vraies roues de montagne.
Un choix délibéré donc, d’autant plus que la marque américaine dispose d’exceptionnels pneus Turbo Cotton que nous avons choisis en 28 mm sur l’Aethos. Vous verrez plus tard que le confort est optimisé, sans aucune perte de sensation au roulage.
Un montage exceptionnel !

Sur la route

Le Specialized Aethos S-Works survole la route.
Le confort est princier. Royal même.
La selle Power avec Mirror contribue largement à ce ressenti totalement instantané. Et les pneus Turbo Cotton de 28 mm offrent des sensations fantastiques. Qui aurait cru il y a quelques années que des gommes si larges pourraient se montrer si performantes et agréables ? Pas moi !

Le Perfect Ride annoncé par Specialized semble être atteint dès les premiers kilomètres. Il fait beau, j’arpente les routes au pied du Mont Ventoux et je profite d’une machine qui ne me pénalise pas et qui me donne le sentiment d’être bien meilleur que ce que je suis. Tout se fait en douceur, je survole l’asphalte et l’Aethos répond avec grâce. D’ailleurs à cet instant précis je me sens touché par la grâce.

Passée l’euphorie provoquée par la découverte d’un vélo à disque mêlant poids-plume et rigidité, l’Aethos dévoile une autre facette.
Doté d’un confort incroyable, il enterre une majorité de machines « endurance » qui n’offrent pas le dixième de sa facilité. Un vélo à utiliser au long cours sans problème !

Dans les ascensions, courtes ou longues, la nervosité rappelle des temps anciens où les vélos pardonnaient les erreurs de braquet. Avec les cadres en carbone ultrarigides modernes, conçus pour les pros, il faut tourner les jambes, inévitablement. Sauf si on est très puissant bien sûr.
L’Aethos permet au contraire d’emmener du braquet, en se faisant plaisir. Il donne clairement le sentiment d’être meilleur. On ne roule pas forcément plus vite, mais on se sent bien. Pas mal aux jambes et bien dans la tête.
Il est évidemment très rigide, mais cette rigidité semble parfaitement contrôlée.

Sur le plat, on bénéficie tout de suite de l’immense réactivité offerte par le couple cadre/roues. Il n’y a qu’à partir de 40 km/h que les Roval Alpinist souffrent de leur profil bas. Mais entre nous, quand roulez-vous à plus de 40 km/h ?

J’ai pu m’exercer dans de nombreuses descentes, et dans celle du Mont Ventoux en particulier. Poussé dans ses retranchements à plus de 90 km/h (derrière la voiture du photographe), l’Aethos ne bouge pas et se montre parfaitement stable. Là encore j’oublie que je roule sur un cadre de tout juste 600 grammes. Associé au freinage disque Campagnolo qui est à mon avis le meilleur du marché, c’est une machine redoutable dans cet exercice. Facile à prendre en main et à cerner (même géométrie que le Tarmac), il bénéficie en plus d’une réactivité dans les changements de trajectoires hors pair. Mention très bien aux gommes Turbo Cotton de 28 mm !

Conversation avec moi-même

Touché par la grâce d’une machine que je trouve belle, l’Aethos donne des ailes. Quand le bonheur de rouler se transforme en bonheur de rouler sur un vélo. Ce vélo en particulier. Instant très rare, mais réel !

Un pur vélo passion

Il défie toutes les conventions, fait fi de la mode et agit comme un pied-de-nez à ceux qui pensent qu’une machine haut de gamme doit obligatoirement disposer d’une intégration complète de la câblerie et offrir des tubes aérodynamiques. L’Aethos n’a rien de tout cela et pourtant il remporte la palme du plaisir ressenti. Un art de rouler à part entière !

Sur le circuit d’essai Top Vélo

S’il n’est pas un pur vélo de compétition, l’Aethos S-Works affiche quand même des performances hors du commun. Contrairement à mes autres Supertest, j’ai pu rouler plus que d’habitude avec l’Aethos. Et si plusieurs mois et dizaines de sorties aux commandes de cette machine assez extraordinaire en font un vélo très attachant, je m’étais abstenu de mettre les roues sur le parcours de notre circuit d’essai. C’est donc quelques jours seulement avant la rédaction de cet article que je me suis lancé…

Pas conçu pour rouler le plus vite, il sait néanmoins rouler très rapidement. Ultra rapidement même !
Départ sur les chapeaux de roues, d’autant plus que le vélo est équipé en 52 x 36, développement que j’emmène très facilement étant habitué au 53 x 39. La position est très bonne et le poste de pilotage Roval Alpinist est étonnamment rigide (vu son faible diamètre) dans les relances.

Après quelques kilomètres, je bifurque sur une route défoncée, avant d’attaquer la première montée.
J’ai gonflé les pneus à 7 bars (un peu trop avec mes 57 kg, du moins en théorie), pression que je trouve parfaite côté sensations car j’aime avoir du « répondant ». Le confort est juste parfait. Les aspérités sont bien plus filtrées qu’avec un Tarmac, pour comparer. L’Aethos n’a sur ce point rien à envier aux purs vélos dits « endurance ». Comme quoi un vélo à l’apparence classique peut faire des miracles.

Il fait grand soleil et j’en profite pour admirer la peinture du cadre. Un rose-doré-argenté aux reflets tantôt bleus, tantôt gris, tantôt verts. Personnellement j’aime beaucoup, mais je sais qu’à la rédaction certains trouvent cela trop sobre. J’apprécie aussi le petit marquage S-Works sur le tube supérieur, laissant la poutre transversale dénuée de toute inscription. C’est aussi ça rouler sur l’Aethos : se faire une multitude de réflexions.

La première partie de la côte se profile et je conserve au maximum mon allure, sur le grand plateau. Je croise un peu la chaîne (sans bruit, merci le groupe EPS) et me mets en danseuse, mains en bas. Je ne parviens pas à mettre la rigidité du vélo en défaut. D’ailleurs, et je vous l’écris tout de suite, je ne suis jamais arrivé à mettre la rigidité du vélo en défaut.
L’Aethos grimpe avec une grande souplesse, tout en facilité. Très silencieux, il ne brutalise ni l’asphalte, ni le cycliste. Un monde de douceur qui accepte tous les traitements. Bluffant !
Pour comparer, sur cet exercice, un Tarmac nettement plus rigide réclame une certaine forme pour ne pas ressentir de douleur dans les jambes.

Petit aparté

En fait, l’Aethos se place directement entre l’ancien et le nouveau Tarmac lorsque la route s’élève. Il est d’ailleurs très proche de l’ancien Tarmac en y réfléchissant bien… Comme s’il était venu combler le trou laissé par le nouveau Tarmac qui a repris une partie du comportement du Venge.

Je reprends donc au sommet de la première partie de la côte et je n’ai même pas le besoin de récupérer, je ne me sens pas entamé.
Sur cette portion en léger faux-plat, l’Aethos démontre sa capacité à effacer la difficulté.

Dans la deuxième partie de la côte, plus longue que la première, j’adopte un style de pédalage plus décontracté. Je reste assis sur la selle, en tournant les jambes.

Au sommet virage à droite et portion plane. Le vent souffle de côté et me fait me rendre compte à quel point les vélos aérodynamiques sont sensibles au vent latéral. L’Aethos ne bouge pas.

La descente confirme l’excellente tenue de route du vélo, et surtout sa maitrise très aisée. Le freinage est facilement dosable et la précision de la direction se montre chirurgicale. Le poste de pilotage offre une bonne ergonomie, mains en bas.

La dernière montée s’effectue au train, en force. Assis sur la selle, le vélo tracte fort mais n’a pas tendance à se soulever comme peut le faire le Tarmac, plus rigide. À sa manière, l’Aethos absorbe les irrégularités de la route et lisse la difficulté.

Specialized Aethos S-Works

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Plat

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Montagne

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Descente

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Rigidité

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Confort

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Rendement

Fiche technique

Cadre Specialized Aethos S-Works
Fourche Aethos S-Works
Groupe Campagnolo Super Record EPS 12v Disc
Roues Roval Roval Alpinist CLX
Pneus Specialized Turbo Cotton 28 mm
Cintre Combo Roval Alpinist
Potence Combo Roval Alpinist
Tige de selle et selle Roval Alpinist et Selle S-Works Power avec Mirror

Tarif & poids

Environ 14000 €
6,7 kg

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