La marque belge ne s’endort jamais ! Après un Fenix SLX dédié aux pavés entièrement revu, voilà le tour du Noah Fast. Plus léger, plus aéro et intégrant totalement câbles et gaines, cette version à freinage annonce la couleur : il n’est pas là pour plaisanter !

Le Noah, une bête à gagner

Il a été conçu pour ça et uniquement dans ce but. Être le premier sur la ligne d’arrivée. Et pour atteindre ce but, le Noah a toujours été une bête de course rigide, aérodynamique et exclusive. Typiquement le genre de machine à ne pas mettre entre toutes les mains. Côté fibre de carbone, Ridley se fournit toujours chez le leader mondial Toray, comme pas mal d’autres constructeurs de vélos. En associant de la fibre très rigide 60T (sur le module de Young) à de la plus souple 24T et de l’intermédiaire 40T, Ridley conçoit un cadre rigide là où il le faut, permettant d’obtenir un confort et une filtration des vibrations (tout est relatif, on parle d’une pure machine de course) contrôlés. Évidemment la géométrie ne laisse pas place au doute, c’est compact, long, la douille de direction est basse. Bref le monde de la course est là. On pourra regretter le nombre de tailles somme toute limité. Avec cinq mesures, on se situe dans la fourchette basse, d’autant plus qu’il y a pas mal d’écart entre chaque taille. Rendez-vous compte, pas moins de 23 mm sur la douille de direction entre la taille XS et la S, puis 24 mm et même 30 mm entre la M et la L. C’est beaucoup…

L’intégration du disque

Une intégration particulièrement évoluée puisqu’on constate que ce nouveau Noah a été conçu pour l’utilisation de ce type de freinage. Ainsi les étriers sont parfaitement à leur place, les passages de gaines en interne sont intégrés à la perfection et l’impression globale qui ressort du Noah Fast est très positive. C’est une bien belle machine. Pour les réfractaires au disque, une version à freinage classique est aussi disponible…

On rêve du Dura-Ace !

Notre vélo d’essai est celui présenté sur le site Internet de la marque, équipé en Shimano Ultegra Di2. À défaut de faire rêver, on sait que l’Ultegra Di2 fait le job. Son ergonomie est identique à son grand frère Dura-Ace et le tarif est bien plus contenu. De plus son fonctionnement est exceptionnel. En songeant au coût de remplacement d’un dérailleur ou d’un levier en cas de chute (en compétition, puisque c’est là l’usage de ce vélo), le choix de l’Ultegra Di2 prend tout son sens. Ridley a fait le choix d’équiper ce vélo d’un pédalier Rotor Flow qui, très aérodynamique, se montre parfaitement en phase avec la philosophie du Noah Fast. Ce pédalier, bien qu’un peu lourd, est fabriqué en Espagne à partir de blocs d’aluminium usinés CNC. Une petite merveille.

Comme c’est désormais le cas sur la plupart des vélos aérodynamiques, les composants de position sont prioritaires. Spécifiquement étudiés pour fonctionner avec le vélo, ils ne sont pas remplaçables. On découvre le superbe cockpit nommé Fast Integrated Cockpit. La potence s’intègre parfaitement dans la douille de direction. On peut choisir de rehausser le poste de pilotage avec des bagues spécifiquement conçues qui s’adaptent à la forme de la potence et de la douille. Le cintre est compact, « à la belge », c’est-à-dire plutôt profond, presque rond. On appréciera le retour qui est assez long, bien utile pour la prise en main sur le plat ou lors de sprints. La tige de selle est aussi spécifique, en carbone, elle contribue à l’aéro du vélo. Autre contribution à l’aéro du vélo, et pas des moindres, les roues Forza, marque de composants de Ridley. Des roues de 1600 grammes dont la jante de 45 mm permettra de passer sur tous les terrains. On aurait aimé un peu plus de légèreté mais le freinage à disques alourdit la paire d’au moins 100 grammes. Les moyeux sont des DT Swiss 350 (avec système de roue libre Rocher) à tirage des rayons droits. Une bonne chose pour la rigidité et la tenue dans le temps. Côté pneus, Ridley reste fidèle à Vittoria avec les excellents Corsa Graphene en 25 mm.

Pas si dur que sa ligne ne le laisse penser

Aux commandes de ce nouveau Ridley Noah Fast, je retrouve tout de suite les caractéristiques des pures machines de compétition. Réactions vives, ressenti du grain de la route et rigidité omniprésente. Le poste de pilotage monobloc contribue à cette sensation de faire corps avec la machine. À ce propos, son drop prononcé est un peu déstabilisant pour un habitué des cintres très compacts, comme c’est la mode aujourd’hui. On s’y fait vite, mais attention au dos ! J’avais une crainte par rapport aux roues Forza que je ne connaissais pas. Équipées de moyeux DT Swiss, elles me semblaient pataudes et un peu lourdes. Impression qui disparaît dès les premiers coups de pédale. Il est vrai, les excellents pneumatiques Vittoria Corsa n’y sont certainement pas étrangers. Je sens bien la fluidité des moyeux DT Swiss, notamment à l’arrière lorsque je suis en roue libre et que le système Rocher laisse exprimer tout son potentiel. Mon essai du Noah Fast se sera déroulé sur plusieurs jours et sur des parcours très variés. Des longs bouts droits aux passages les plus pentus et aux descentes les plus difficiles. Je souhaitais avoir le cœur net sur le comportement du dernier-né Ridley. Le confort n’est pas mauvais, mais ne vous méprenez pas, ça n’est pas franchement la tasse de thé du Noah, du moins pas à basse vitesse. À partir de 30 km/h, c’est autre chose et les obstacles s’effacent. Je dirais qu’en général le vélo n’aime pas évoluer sous la barre des 30 km/h. C’est une barrière technique, en dessous la rigidité semble trop forte et je bute. Au-dessus, pour peu que mes jambes suivent, je vole. En côte c’est plus difficile car il est impossible de rouler à 30 km/h (à moins de s’appeler Christopher Froome) et c’est alors en adoptant une bonne cadence de pédalage que les choses s’arrangent. Dans les forts pourcentages, j’ai tendance à passer en danseuse, mais il est bien plus efficace de rester assis sur la selle. L’usage de roues un peu plus basses (35 mm) améliore l’affaire, sans transformer le Noah en pur grimpeur.

 En descente, la sensation de sécurité qu’offre le Ridley est de très haut niveau. Outre le freinage qui est exceptionnel, la tenue de route l’est tout autant. La stabilité est digne des meilleurs de la catégorie. Seules les épingles les plus serrées obligeront à bien tenir le vélo. C’est bien sur le plat que vous profiterez le plus du Noah Fast ! Dédié aux rouleurs, il ne se moque pas d’eux. Les relances sont expéditives, sans temps mort (elles peuvent être améliorées avec des roues encore plus rigides de type Bora 50) et tenir un train est une formalité. Je ne suis pas un rouleur, mais j’y ai cru avec le Noah Fast !

Aller vite

Indéniablement, le Noah Fast n’a été conçu que dans un seul but : aller vite. Et il sait le faire même s’il réclame pour cela une bonne dose d’énergie. Alors oui on peut l’utiliser pour rouler plus tranquillement mais on sentira que la machine n’est pas à son aise. Comme si le Noah fonctionnait en sous-régime. Un vélo qu’on réservera avant tout aux coureurs et cyclistes en jambe, qui profiteront alors pleinement du potentiel de ce Noah Fast. Le freinage à disques, lui, est sans reproche et s’intègre à la perfection à ce nouveau cadre. Dernière chose, il sait aussi grimper moyennant un peu d’efforts !