Bien connu des amateurs de belles machines et des aficionados de la marque de Trévise, le Prince s’était endormi quelques années jusqu’à aujourd’hui. Alors que le Gan partageait l’affiche avec le célébrissime Dogma (vainqueur du dernier Tour de France, mais aussi des récents Giro, Vuelta…), voilà que le Prince ressurgit et vient compléter la gamme de Pinarello. Fidèle à l’esprit de la marque, voici un vélo qui nous a emballés !

Un Pinarello c’est une ligne, mais pas que !

Faut-il encore le réécrire ? Oui. Les Pinarello sont beaux. C’est dans leur sang. Le nouveau Prince ressemble beaucoup au Dogma, comme le Gan d’ailleurs. Des traits très arrondis, renforcés par la fourche Onda qui optimise le confort et la tenue de route en offrant une précision de pilotage hors norme. Pinarello a aussi conservé le boîtier de pédalier fileté à pas italien, comme un pied de nez aux autres constructeurs qui ne jurent que par le press-fit. Le classicisme ça marche aussi !

Autre point commun avec le Dogma, l’asymétrie du cadre. Meilleure transmission de puissance à la clé et meilleur contrôle du vélo. Encore reprise du Dogma, l’intégration des gaines et faisceaux électriques nommée Think2 qui permet un cheminement idéal des câbles pour les groupes mécaniques et un positionnement sur le tube transversal du boîtier de gestion des groupes électriques. La fourche Onda reconnaissable entre toutes reprend le concept ForkLab qui consiste en des excroissances derrière les pattes de la fourche, destinées à canaliser l’air et optimiser l’aéro du vélo. Le jeu de direction reste au standard 1 pouce 1/8 en haut et 1 pouce ½ en bas. Du très costaud ! Destiné à un public plus large que le Dogma F10, le nouveau Prince est fabriqué avec de la fibre T700 ( au lieu de T1100). Moins rigide, elle permet d’obtenir un comportement plus doux, plus facile et plus confortable. Évidemment la rigidité sera inférieure, mais tout le monde n’est pas licencié au Team Sky… Pour ceux qui désireraient un Prince plus rigide, le modèle Prince FX et sa fibre T800 seront tout indiqués.

Autre particularité du Prince, la fixation de la tige de selle. Elle ne s’effectue pas sur l’arrière comme sur le Dogma, mais par le dessus du tube supérieur. Certainement un peu moins aérodynamique. Les profils de tubes restent eux identiques, ce qui promet tout de même une belle efficacité au Prince. D’ailleurs, de loin il n’est pas facile de le différencier de son grand frère. Caractéristique particulièrement appréciée, la possibilité de choisir la hauteur du second porte-bidon grâce à une troisième vis fixée plus bas. L’utilisation de grands bidons ne posera ainsi aucun problème sur les plus petites tailles. Un vrai Pinarello c’est aussi une géométrie particulière, comme pour tout vrai vélo italien. Avec pas moins de onze mesures, vous aurez l’embarras du choix. Quand on pense que certains constructeurs se limitent à cinq tailles sur des machines coutant quatre fois plus cher… Chapeau Pinarello sur ce coup ! Admirable aussi la finition. Notre vélo d’essai mêlant le blanc et l’orange peut ne pas plaire à tout le monde, mais le choix des peintures est grand et la qualité d’application là encore digne du top de gamme. En réfléchissant, le Prince a tout d’un cadre de luxe !

Ultegra bon à tout faire, une machine qui peut encore évoluer

Le positionnement tarifaire de notre Prince le place directement face à des machines milieu de gamme, équipées pour la plupart en Ultegra. Un groupe qui dans sa version mécanique (c’est aussi valable pour le Di2) est une véritable valeur sûre, mais qui malheureusement ne permet pas de se démarquer. En effet, on le retrouve sur la plupart des vélos… Si nous pouvions vous conseiller d’équiper votre futur Prince d’un groupe Campagnolo Potenza, vous auriez un tout autre vélo ! À vous de voir… Quoi qu’il en soit l’Ultegra fonctionne parfaitement et pour longtemps, c’est du très bon matériel. À ce propos, en France et à l’étranger, nombre d’équipes amateurs de haut niveau (DN notamment) utilisent l’Ultegra en compétition.

Pinarello équipe désormais l’équipe Sky avec ses propres composants, sous la marque Most. Rien de plus normal de retrouver les mêmes sur le nouveau Prince. En aluminium pour le cintre et la potence, en carbone pour la tige de selle. Identique à celle du Dogma, la potence s’intègre merveilleusement bien à la douille de direction et si le besoin s’en faisait sentir, vous pourriez rehausser votre poste de pilotage sans défigurer votre Pinarello grâce aux bagues qui adoptent la même forme que la potence. Le meilleur des deux mondes. Proposer un vélo doté d’une forte image de marque à tarif compétitif n’est pas une mince affaire. Inclure les frais de développement, les frais de sponsoring et la fabrication du cadre dans le tarif d’un tel vélo implique de faire des concessions. Et c’est souvent sur les roues que ces concessions sont faites. Ici les Fulcrum Racing 5 LG sont clairement des roues d’entrée de gamme. On les connait, elles sont rigides et fiables grâce à leurs roulements de type cône-cuvette empruntés à Campagnolo. De plus leur fabrication est italienne. Mais on rêve de mieux sur un Pinarello !

À l’essai

On retrouve facilement ses marques sur les vélos made inTrévise. Quel confort d’avoir le choix entre onze tailles ! Sans égaler le sur-mesure, on s’en rapproche… Et ça fait la différence lorsqu’il s’agit d’effectuer de nombreux kilomètres et d’enchaîner les heures de selle. Je viens d’essayer le Dogma F10 Disk avec lequel j’ai effectué la Granfondo Pinarello, vous le retrouverez à l’essai en octobre prochain. Le ressenti est bien différent. Pourtant doté du même poste de pilotage, le Prince filtre bien mieux, sans perdre en rigidité. Évidemment à l’arrêt, la différence de poids se fait sentir mais une fois en selle, sur le plat, les presque 8 kg du Prince semblent n’en faire que 7. De même, les roues font le job.

Avec du braquet, le cadre ne s’écrase pas et relance sans broncher, sans cependant égaler la facilité du Dogma en la matière. La fibre T700 fait preuve d’une belle tenue à l’effort, mais l’effet « arc » qui permet d’en remettre une couche pour achever vos adversaires n’est pas présent. Encore faut-il avoir les jambes pour l’exploiter… Le Prince se montre donc très agréable. Dans les côtes, immédiatement je sens qu’on pourrait attendre mieux de la part du train roulant. La rigidité est toujours là et jamais je ne sens les Fulcrum s’affaisser, certainement parce qu’elles se montrent « inertes », comme si rien ne se passait de ce côté-là. On monte, mais on n’est pas aidé par les roues. Le cadre, lui, suit la cadence et m’aide franchement. Il supporte l’usage de tous les braquets et ne craint pas les pédalages en cadence comme ceux en force. J’ai pu effectuer quelques kilomètres avec les Bora 35 que j’affectionne, le vélo s’est trouvé transfiguré. En descente, rien à dire si ce n’est qu’on est proche de la perfection. Certains rétorqueront que perfection rime avec freinage à disques, mais avec moins de 60 kg, je dois avouer que je ne sens pas la différence… et que le Prince existe aussi à disques ! Donc la tenue de route n’a rien à envier à celle du Dogma et la facilité d’usage est bien plus importante, si bien qu’au final je trouve moi-même le Prince plus agréable la plupart du temps. Car avouez-le, personne ne roule tout le temps à bloc !

Pas moins haut de gamme, plus accessible. Carton plein

Évidemment, on ne pourra s’empêcher de comparer le Prince à son grand frère Dogma. Côté comportement pur, ce serait cependant une erreur de les confronter tant ils sont opposés. Alors que le Dogma est une lame dédiée à la performance, le Prince se veut bien plus accessible. Plus confortable, il permettra d’effectuer de longues sorties sans rentrer à la maison décomposé. On le fera volontiers évoluer avec une belle paire de roues carbone, pourquoi pas des Racing Quattro Carbon pour rester chez Fulcrum ? Une chose est sûre, le Prince n’est pas un cadre milieu de gamme. Sa finition, son ample choix de tailles et sa classe ont tout du top de gamme. Il est adapté à la majorité des cyclistes qui n’ont pas des jambes de pro, voilà tout.