Flèche rouge 

Lorsque Pinarello décide de lancer son vélo électrique, les performances du vélo doivent être à la hauteur de la réputation de la marque. Et elles le sont. En ne se contentant pas d’ajouter un sempiternel moteur Bosh à un cadre aluminium bon marché, mais au contraire en créant un cadre carbone dérivé du fameux Dogma et en l’associant à un moteur Fazua ultra-compact, la marque de Treviso se positionne clairement dans la différence et le très haut de gamme face aux autres marques du secteur.

Une ligne à tomber

C’est un Pinarello, pas de doute ! Le Nytro est beau et même de loin on le reconnaît. Le cadre reprend les traits du Dogma F10, le top de gamme de la marque. Seul le tube transversal diffère visuellement, il est bien plus gros sur le Nytro. Il faut bien caser la batterie et le moteur. Car c’est dans le tube transversal que se retrouve le train moteur de ce vélo. Cet ensemble détachable fait la spécificité de ce modèle et c’est même là sa principale caractéristique. Tout le reste est comme sur un vélo classique, à commencer par les équipements qui sont les mêmes que sur un Pinarello normal.

Côté carbone utilisé, Pinarello annonce l’usage de T700, un poil moins rigide que sur un F10 de compétition. Cependant la géométrie reste sensiblement la même mais on note un nombre de tailles inférieures sur le Nytro avec cinq géométries contre treize sur un Dogma F10.

Techniquement, le cadre Nytro reprend le concept asymétrique cher à la marque tout en l’adaptant sur ce cadre aux contraintes imposées par le moteur. Il faut bien faire passer la puissance mais surtout le couple du moteur ! Visuellement c’est du costaud, la rigidité du châssis ne devrait pas pouvoir être prise en défaut ! La finition est bien conforme au standard de la marque, c’est-à-dire parfaite. C’est là qu’on reconnaît un Pinarello, une vraie machine italienne ! Notre exemplaire noir et rouge reprend les couleurs du F10, si bien qu’on pourrait les confondre.

Un moteur exceptionnel

De l’aveu même des ingénieurs de la marque, aucun moteur disponible sur le marché ne convenait à l’idée que se faisait Fausto Pinarello d’un vélo électrique portant son nom. Cela étant, ils ont travaillé avec la société allemande Fazua pour développer un nouveau moteur plus compact et répondant aux besoins spécifiques de la marque Pinarello. Il fallait maximiser l’intégration, ne pas dénaturer la ligne du vélo, contenir le poids tout en assurant des performances et une autonomie suffisantes.

Le bloc moteur consiste en un élément détachable couplé à la batterie. Placé sous le tube transversal, le bloc est clipsé et se détache pour la recharge notamment.

On aperçoit un boîtier de pédalier surdimensionné (sans commune mesure avec un Bosch cependant) accueillant une sorte de boîte de transfert qui réduit le nombre de tours de rotation du moteur par rapport au pédalier. Notons que le pédalier est monté sur un système semblable à une roue libre, qui permet d’être complètement détaché de l’entraînement du moteur lorsqu’on arrête de pédaler notamment.

Techniquement, Fazua annonce une puissance en pic de 400 watts pour son moteur et un couple de 60 Nm. En utilisation réelle, on profitera d’environ 250 watts en continu tout en sachant que le vélo est bridé par la législation à 25 km/h. Au-delà, le moteur coupe toute assistance, que ce soit en côte ou sur le plat. La batterie est annoncée pour 250 Wh, ce qui laisse présager une autonomie de 50 km en usage maximal. L’ensemble groupe-motopropulseur pèse 4,69 kg avec respectivement 1,31 kg pour la boîte de transfert, 2 kg pour le moteur et 1,38 kg pour la batterie.

Sur la route

Côté position, je retrouve facilement mes marques sur ce vélo et je n’ai pas l’impression de piloter une moto, comme bien souvent sur les vélos électriques. Ici le cintre est placé bas grâce à la douille de direction plutôt courte et les réactions sont bien celles d’un vélo de course, et non pas celles d’une mobylette déguisée.

Par contre le poids se fait sentir, les 13,5 kg sont bien présents, surtout en danseuse. Étrangement, je m’attendais à retrouver un char d’assaut en utilisant le Nytro sans allumer l’assistance, mais ça se passe plutôt bien. Je n’ai aucun mal à suivre un groupe lancé à plus de 40 km/h, ce qui m’aurait été impossible avec un Haibike ou un Matra. Je parle de plat car en côte, n’espérez pas évoluer sans mettre en marche le moteur. Du moins n’espérez pas suivre quelqu’un à allure normale. À moins d’avoir une très grande forme physique, mais le cas échéant pour n’aurez pas la nécessité d’un tel vélo. Je passe donc tout de suite sur le mode d’assistance le plus puissant, histoire de voir ce que ce moteur Fazua a dans le ventre. Même dans les forts pourcentages, j’atteins la limite des 25 km/h au-delà desquels le moteur coupe son assistance. Je dois quand même m’employer, on reste sur un vrai vélo. Je trouve que la sensation à chaque fois que l’assistance s’arrête est assez désagréable, il vaut mieux rester à 23-24 km/h pour bénéficier de l’aide du vélo, sinon on se retrouve à jongler, ce qui se révèle au final plus fatiguant qu’autre chose. Avec les autres modes d’assistance aucun problème, on reste entre 18 et 22 km/h sans aucun effort.

Il reste possible de dépasser les 25 km/h mais, vu le poids du vélo, je me retrouve à lutter et au final l’effort est plus dur qu’avec un vélo classique. Considérant les capacités et la facilité d’évolution du moteur Fazua, je serais bien curieux de le tester sans limitation, son couple m’impressionne. Quelques mots concernant le silence du vélo. À aucun moment je ne me suis senti gêné par son bruit de fonctionnement. Il se fait totalement oublier et, en usage réel sur la route, il est pratiquement inaudible. J’ai par contre été déçu par le système de roue libre intégré dans le boîtier de pédalier. Comme vous le savez, personne ne pédale parfaitement rond. Et en danseuse, avec du braquet, je dirais même qu’on a tendance à tourner les jambes de manière plus saccadée, en accentuant les périodes aux points morts haut et bas. C’est justement ce qui me pose un petit problème car, arrivé au point mort bas où mon pédalage ralenti, je sens le pédalier passer en roue libre puis se réenclencher lorsque mon pédalage réaccélère.

Il faudrait des cliquets plus petits et plus nombreux pour estomper ce phénomène. Ou passer sur des plateaux ovales ! Je pinaille bien sûr, cela n’arrivant qu’en danseuse avec de grands braquets. Dans les descentes, j’ai pu prendre beaucoup de plaisir aux commandes du Nytro. La masse élevée aidant, la prise de vitesse est considérable. Le système de freinage à disques est bienvenu et permet des ralentissements en toute sécurité. Mais surtout, c’est la tenue de route du vélo qui m’a surpris. Entre la géométrie bien étudiée et les pneumatiques Vittoria de 28 mm, il y a vraiment de quoi se faire plaisir !

Il faut composer avec le bridage à 25 km/h

Une machine qui donne le sourire, même au coursier dans l’âme que je suis. L’efficacité de son moteur est certaine, tout comme sa capacité à s’adapter précisément au pédalage cycliste. Jamais il ne donne d’à-coups ni ne vient perturber les sensations, de plus il se montre extrêmement silencieux. Concernant l’autonomie, je n’ai eu aucun problème sur des sorties de cinquante à quatre-vingt kilomètres en utilisant le mode d’assistance le plus avancé, d’autant plus que la recharge est rapide (comptez cinq heures).

Un vrai Pinarello, indéniablement, et un vrai vélo assurément. Allez, on rêve d’un débridage, mais chut, ça reste entre nous !

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