Dogma. Un nom qui fait rêver. Synonyme depuis de longues années d’un palmarès fourni, d’une grande classe et de performances élevées. L’avènement du disque est passé par là et Pinarello propose enfin son top de gamme développé pour ce type de freinage. Alors que les pros sont encore frileux quant à son utilisation, nous l’avons essayé dans sa version la plus ultime, en 12 vitesses Campagnolo !

Le Dogma est avant tout un vélo de rêve. Dans le monde actuel, acheter une telle machine est clairement un choix passionnel à l’heure où on trouve des vélos très performants sur Internet à la moitié du prix d’un Pinarello. Oui, mais rouler en Pinarello c’est autre chose. Outre l’expérience sur la route, la société offre quelque chose en plus à ceux qui ont le bonheur de rouler sur un de leurs vélos. Quelque chose qu’on ne retrouve et ne ressent pas sur Internet. L’émotion. Alors oui, il faut être sacrément passionné pour dépenser le tarif d’une auto dans un vélo, mais la passion n’a pas de prix… Si certains reprochent à Pinarello d’être trop « marketing » en se payant l’une des plus grandes équipes du plateau pro, ils ne se sont certainement jamais vraiment renseignés sur toutes les spécificités techniques d’un Pinarello Dogma. Construit exclusivement avec du carbone Toray à très haut module (jusqu’à T1100), il n’a évidemment rien à voir avec les pâles copies qu’on trouve sur certains sites de contrefaçon.

Partant du principe que la déformation vient principalement du côté droit (c’est là qu’est la transmission), la conception du cadre est entièrement asymétrique. Si l’effort à droite consiste en la poussée de la jambe associée à la traction de la chaîne, à gauche il y a la poussée de la jambe et l’effet contraire de la traction. Disons pour résumer que les forces des deux côtés s’opposent. Pinarello a donc pris ces données en compte, en décalant légèrement le boîtier de pédalier sur la droite (rassurez-vous, on pédale toujours bien au centre !) et en renforçant en rigidité la partie droite du cadre. En retournant le vélo, ça saute aux yeux. Autre particularité du Dogma, et grosse évolution par rapport au précédent F8, l’aérodynamisme, très travaillé. Les pattes de la fourche Fork Flap qui améliorent le passage de l’air à proximité des blocages de roues ne vous auront certainement pas échappées mais ça ne s’arrête pas là. La poutre transversale adopte une forme très concave, un renflement latéral atténue les perturbations du passage d’air au niveau du bidon. Exactement comme sur le vélo de contre-la-montre de la marque, le Bolide ! La fourche Onda est toujours de la partie. Sa forme assez tortueuse qui s’est adoucie avec l’arrivée du Dogma F8 est conservée. Elle garantit la tenue de route et le contrôle du vélo. Le « toucher de route » propre à la marque requiert une très grosse rigidité de l’avant du vélo, davantage encore lorsque le freinage est à disques. Pour ce faire, Pinarello se fie au nouveau standard avec des axes traversant de 12 mm à l’avant et à l’arrière. Le jeu de direction est évidemment à double diamètre avec un énorme roulement de 1 pouce 1/2 en bas et un classique 1 pouce 1/8 en haut.

L’intégration de la câblerie tant électrique qu’hydraulique (pour le freinage) a fait l’objet d’un grand soin. Si vous roulez en Shimano, le boîtier du Di2 prend place sur la partie supérieure de la poutre transversale, et si vous roulez en groupe mécanique, le passage des gaines se fait bien oublier. Pour les freins à disques, les étriers sont bien à leur place et ne choquent pas visuellement comme sur bon nombre de machines, malheureusement. Un peu plus de 800 grammes de carbone aptes à soutenir n’importe quelle puissance et sur n’importe quel type de terrain, voilà l’intention visée par le Dogma F 10 Disc. Et si la version à freinage classique fait preuve d’une belle ligne, le F10 Disk n’est pas en reste !

Ça en fait beaucoup, n’est-ce pas ? Mais ça n’est pas terminé. Il y a un point sur lequel la marque de Trévise est toujours restée fidèle, c’est le boîtier de pédalier fileté. Et en pas italien, s’il vous plaît ! Comme un pied-de-nez aux autres constructeurs qui vantent les mérites du press-fit ou du BB 30. Le vélo de Geraint Thomas, récent vainqueur du Tour était bien équipé d’un filetage ! Un système qui a fait ses preuves, on ne change pas ce qui marche… Côté géométrie, et c’est aussi propre à Pinarello, on ne fait pas dans l’approximatif. Onze tailles qui permettront à tous les cyclistes de trouver précisément la machine à leur taille. À l’heure où certains osent n’en proposer que cinq, on ne peut que féliciter Pinarello pour l’effort que représente la commercialisation de onze tailles. Et la finition ? À la hauteur du tarif du vélo et du prestige de la marque. Rien à rajouter, si ce n’est que la peinture (réalisée en Italie à Trévise) est superbe !

Super Record 12 à disques en première

C’est le premier vélo équipé de ce tout nouveau groupe 12 vitesses dans sa version à freinage disques que nous recevons dans nos locaux. Même si j’avais pu l’essayer lors de son récent lancement aux îles Canaries, pouvoir l’observer au calme et dans un contexte familier lui donne une tout autre dimension. Le mécanisme poussé à son paroxysme, la précision extrême de son réglage et son passage de vitesse ultra-précis en font un objet digne de la tradition horlogère suisse. Campagnolo pourrait mériter le qualificatif de manufacture, d’autant plus que tous les composants du groupe 12 vitesses sont fabriqués à domicile. Un groupe Super Record qui s’accorde sublimement à la ligne baroque du Dogma.

Qui a dit tape à l’œil ? On parle là de s’imposer, naturellement. Pinarello a choisi d’équiper notre machine d’essai avec ses propres composants, baptisés Most. Un cintre compact et une potence aluminium pour le poste de pilotage. Quelques mots sur la potence qui surprend par sa très grande rigidité et par son intégration parfaite avec la douille de direction. La tige de selle est spécifique au cadre F10. Sa forme aérodynamique est calquée sur le tube de selle. Le chariot se règle facilement et offre une bonne amplitude, rien à dire. On a beaucoup écrit sur les roues Campagnolo Bora One 35 à disques. Nous les avons qualifiées l’année dernière de meilleures roues à disques sur le marché. Un an après leur sortie, elles n’ont rien perdu de leur superbe. Capables de sublimer le comportement de n’importe quelle machine, elles se montrent très efficaces sur tous les terrains. Vélo italien oblige, elles sont ici chaussées de pneus Pirelli à marquage… bleu !

Sur la route

Ma première prise en main du vélo s’est effectuée en Italie, lors de ma participation à la Granfondo de la marque. Réglage très fin par les mécaniciens de la marque, je me retrouve sur une machine parfaitement réglée et opérationnelle à 100 %. Docile à basse vitesse, je ne me leurre pas longtemps. À la moindre occasion, le Dogma ne manque pas de me rappeler qu’il a envie d’accélérer. Une boule de nerf ? Presque ! À mi-chemin entre vélo aéro et vélo de montagne (par sa ligne), on pourrait imaginer que le F10 n’excelle dans aucun de ces deux domaines. Et pourtant, l’alchimie qu’il dégage est impressionnante. Sur le plat sitôt la vitesse prise, rien ne semble l’arrêter. Lors du départ de la Granfondo Pinarello, les 40 premiers kilomètres sont effectués en moins d’une heure, et dans les roues je me contentais de tourner les jambes, le vélo faisait le reste.

Les premiers pétards (à l’italienne, c’est-à-dire jamais sous les 10 %) ne nécessitent même pas de tomber le grand plateau. Il faut dire que le groupe Super Record 12 autorise des croisements assez inhabituels, tels que 50 x 32 ! Toujours est-il que la rigidité du cadre est impressionnante. Avec le freinage disques, plus de risque de faire toucher les patins, mais j’imagine qu’avec le cadre à freinage classique certaines roues doivent se tordre… Une fois de retour en France, j’ai pu emmener le Dogma sur de plus longues montées. Je dirais qu’à partir de 3-4 kilomètres, le coup de pédale se doit d’être plus régulier et plus en cadence. Pour ne pas se brûler les jambes. Un coup à prendre. Les relances expéditives me font un peu penser au nouveau Specialized Venge essayé le mois dernier, avec un temps de réaction encore plus court. Étonnamment, on parle de deux vélos à 7 kg. Dans les descentes c’est la rigolade assurée ! Le freinage offert par Campagnolo est sans conteste le plus performant du marché. Plus dosable à la limite, plus doux et jamais bruyant. De plus, le système magnétique de rappel des plaquettes n’occasionne jamais de bruit. Si vous hésitiez sur l’adoption du disque, essayez un système Campagnolo, vous risquez d’être surpris… La tenue de route est fidèle à la marque, sans surprise et sereine. Ni trop joueur, ni paresseux, je qualifierais le Dogma d’hyper-stable.

On peut toujours rêver…

Le Dogma n’est pas n’importe quel vélo. Je ne peux écrire qu’il se mérite, ce serait faux. Surtout venant d’un objet, si beau soit-il. Mais son comportement ne le met pas forcément à la portée de tout le monde. S’il s’engorge à basse vitesse, il se réveille et émerveille ensuite. Conçu pour la performance, il est performant. En plus de ça, il est beau et orné d’un blason prestigieux. Sa tenue de route le place en référence du segment et dans les bosses il s’envole. Comment ne pas succomber ?

Sur le circuit d’essai Top Vélo

Ayant parcouru de nombreux kilomètres aux commandes du Pinarello Dogma avant de me lancer sur notre circuit d’essai, je peux affirmer que je connais la machine par cœur, tant au niveau de ses réactions que du comportement. Exactement comme s’il s’agissait de mon propre vélo.

L’adage affirmant qu’un beau vélo donne des ailes n’est pas une légende. Et il se vérifie, je suis en effet gonflé à bloc aux commandes du Dogma sur la ligne de départ de notre circuit d’essai. Sur la portion plate du début, j’évolue sans difficulté à plus de 40 km/h, atteignant même le seuil des 50 avant de bifurquer à droite sur la route en mauvais état. La filtration des vibrations n’est pas inexistante, mais je dois le dire, le F10 ne fait pas partie des machines les plus confortables. Par contre, abordées à vive allure, les aspérités semblent bien plus légères que lors de mon tour de reconnaissance !

J’entame la première partie de la montée sur le grand plateau, comme d’habitude. En haut je n’ai pas l’impression d’avoir les jambes cassées, mais ça pique quand même. Je récupère un peu et passe sur le petit plateau pour affronter les pourcentages les plus forts. En cadence je passe bien plus facilement. À ce propos, on peut facilement rajouter une à deux dents de plus en se mettant en danseuse, encore faut-il avoir les jambes… Sommet. Je ne souffle pas et repasse tout de suite sur la plaque. La ligne droite se profile devant moi, je donne tout. Un léger vent de côté se fait sentir mais le vélo ne bouge pas.

Tout à droite dans la descente et gros freinage pour virer à gauche. Je suis rarement passé (et arrivé) aussi vite à cet endroit ! Dernière bosse, plus roulante. Les intégristes du croisement de chaîne vont me sermonner, mais ça fonctionne. Et lorsqu’on souhaite accélérer pour en remettre une couche (si quelqu’un a le malheur de rester dans la roue par exemple), il est bien plus aisé de le faire sur le grand plateau. Bref, j’ai retrouvé mes jambes et j’arrive au sommet encore frais. C’est la dernière descente, la grande. Pas de freinage et vitesse maximale d’environ 80 km/h sur une route un peu bosselée. La stabilité du Pinarello me met en confiance, je me lâche. Un tour réalisé très rapidement et des sensations que peu de machines procurent !