Un vélo qui se place au-dessus de toute notion de prix pour se concentrer sur une seule chose : l’objet. Dernier modèle de la cultissime société Passoni, ce cadre associe carbone et titane. Plus qu’une association, c’est un mariage entre la fibre noire et des fils du précieux métal. Deux matériaux qui continuent de faire rêver, chacun à sa manière, et un cadre qui par la même occasion devient bijou, œuvre d’art.

 

Passoni n’est pas une marque de bicyclettes comme les autres. Elle s’est d’ailleurs inspirée de Leonardo da Vinci et a pris pour modèle l’Homme de Vitruve pour façonner son logo.

« Les proportions du corps humain, selon Vitruve,ont beaucoup de points communs avec ce que nous entreprenons chaque jour avec passion, c’est-à-dire poser les gens sur un vélo et les faire se sentir bien. Nous cherchons jour après jour le vélo parfait, comme Leonardo cherchait le corps parfait. » Voilà les mots de Danilo Colombo, responsable des ventes pour Passoni.

Et les études du grand Leonardo sur l’équilibre et la perfection des proportions se sont basées sur la connaissance des travaux de Fidia, architecte entre autres du Parthénon d’Athènes.

Nom éponyme, fruit d’un raisonnement culturellement éclairé de la part de Passoni, car si Fidia était le premier artiste grec à mêler mathématiques et architecture à l’art, on peut considérer que Passoni est le premier constructeur de vélos actuel à mêler l’art à la bicyclette.

Carbotitane

Passoni est maître dans l’art du titane. Pas moins de 85 % de la production de la marque est d’ailleurs consacrée à ce matériau. Mais il faut bien avouer qu’en 2018, le carbone a quand même la préférence des coureurs et des cyclistes entraînés. Ou simplement la préférence de ceux qui ont peur de se lancer vers le titane. Par peur ou méconnaissance de ce matériau, souvent et injustement qualifié de trop mou.

Le carbotitane est la réponse de Passoni pour ces personnes. En leur offrant la possibilité d’avoir un vélo unique, disponible sur-mesure comme tous les autres cadres de la marque, et qui plus est en carbone, Passoni permet ainsi aux plus réticents de s’offrir un vélo de la marque… et de communiquer sur le titane tout en vendant du carbone.

Techniquement, l’adjonction de fils de titane entre les fibres de carbone permet d’obtenir un confort de pilotage amélioré et d’augmenter le confort sans compromettre la rigidité. En outre la résistance aux chocs est améliorée, cette armature en titane agissant comme un filet à l’intérieur du tube en l’empêchant de se briser. Un peu comme du béton armé, mais transposé sur du carbone. Un système employé sur les voitures de sport, les drones…

Le poids n’est pas la donnée la plus importante à retenir sur le Fidia, car avec environ 1 050 grammes dans notre taille (équivalente à un 53), il y a bien plus léger chez les concurrents. Mais aucun autre vélo n’offrira l’exclusivité et la finition de celui-ci. Les ingénieurs de Passoni se sont attachés à concevoir un cadre très rigide, apte à contenir n’importe quel coureur, même le plus puissant. Ainsi on retrouve un triangle avant doté de tubes conséquents. À l’inverse, l’arrière est plus frêle afin d’apporter la dose de confort nécessaire (on sait aujourd’hui que l’arrière filtre une grande partie des chocs car la majorité du poids sur un vélo se situe sur la roue arrière).

Visuellement, l’ensemble est très harmonieux et donne l’impression d’un vélo compact au fort caractère.

Passoni a toujours proposé du sur-mesure et le Fidia ne déroge pas à la règle grâce à sa construction pas stratification. Une version standard est disponible avec six tailles proposées. Nous ne saurions trop vous conseiller de vous offrir le sur-mesure si d’aventure l’achat d’un Fidia vous tentait. D’autant plus que sur les versions construites à la demande, le boîtier de pédalier se pare d’un insert en titane alors que la version classique bénéficie d’un boîtier entièrement en carbone. Bien que plus lourd, l’insert en titane offre l’avantage d’une durabilité sans limite.  

Les tubes sont en carbone T800 mis en résine en Italie, évidemment. Tous les inserts en titane sont en Grade 5, usinés CNC, et le jeu de direction est à double diamètre avec un roulement inférieur de 1 pouce 1/2.

Voilà pour la partie technique. Concernant la finition, quatre couleurs sont disponibles. Nous avons choisi pour notre superbe vélo d’essai un bleu baptisé Midnight Blue qui offre des reflets métallisés lorsqu’il est exposé au soleil. Les parties laissées brutes sont simplement vernies et laissent apparaître la couche supérieure de carbone entrecoupée de fils de titane. Leur placement est simplement exceptionnel, tout est aligné à la perfection. Au toucher, on ne sent même pas la différence de traitement à la surface du tube. Incroyable !

 

Un seul choix possible

Imaginez-vous ce vélo monté avec autre chose qu’un groupe Super Record EPS ? Aucun autre groupe sur le marché ne peut atteindre ce niveau de prestance, de prestige, de technicité des matériaux.

Il a d’ailleurs un point en commun avec le Fidia, sa parfaite maîtrise du carbone et du titane. On peut citer le pédalier carbone creux avec axe titane ou le dérailleur arrière tout en carbone. Une merveille !

On remarque aussi la tige de selle entièrement en titane. Elle tranche avec la couleur du cadre et accentue le côté exclusif de la machine. En plus, elle se montrera plus confortable qu’un modèle en carbone et offrira une plus grande souplesse malgré son grand diamètre.

Les composants sont personnalisés aux couleurs du vélo. Ce qui donne l’impression que chaque Fidia est unique. Il s’agit de composants Cinelli. Une potence classique Neos et un cintre Neo Morphe à l’ergonomie étudiée qui ressemble fortement au cintre de François Kerautret, le Kero3. On aime ou on déteste, une chose est certaine, il ne laisse personne indifférent. Il faut l’essayer avant de se faire une idée, vous risquez d’être surpris !

La selle est une classique Selle Italia SLR Kit Carbonio au revêtement cuir personnalisé pour Passoni. Une selle qui conviendra parfaitement aux petits gabarits…

Les roues sont à la hauteur du cadre. Les meilleures selon nous. Lorsqu’un vélo est équipé de Bora Ultra 35 à boyaux, il est quasiment certain que le rendement sera à la hauteur.

Sur la route, la perfection ?

Construit spécifiquement à mes cotes, je me sens parfaitement posé sur ce Passoni. Je retrouve la Selle Italia SLR quelque peu dure qui me rappelle mes années de compétition (j’avais la même assise avant de passer sur SMP). Le groupe Super Record EPS dans sa dernière mise à jour enchaîne les rapports encore plus vite qu’auparavant. Les bienfaits de la version 3 et la possibilité d’effectuer les mises à jour directement via un smartphone ont permis de profiter à 100 % de son groupe Campagnolo. Pour moi qui n’ai pas fait les mises à jour logicielles du groupe EPS de mon vélo personnel, la différence est sensible !

Indéniablement, la rigidité du cadre prédomine dans le comportement du vélo, quel que soit le profil de la route. C’est un vélo d’homme fort, sans aucun doute. Sur le plat, il ne peine pas à emmener les plus grands développements et en côte, il accepte sans broncher relance sur relance. Cependant j’ai été surpris par sa capacité à s’adapter aux changements de braquet en fonction de la forme de l’instant. Même en adoptant une grosse cadence de pédalage, le vélo ne s’arrête pas mais continue à se révéler efficace. Il faudrait vraiment une grosse défaillance pour que la rigidité du vélo se révèle handicapante.

En descente, j’ai largement apprécié la précision de la direction même lors de manœuvres périlleuses. La prise d’angle est rassurante et le freinage précis, sans évidemment égaler celui d’un vélo équipé de disques.

Je serais tenté de faire le rapprochement entre le comportement de ce Passoni Fidia et celui d’un autre italien essayé il y a quelques mois, le Cipollini RB1K The One. Bien que le Passoni se montre nettement plus confortable que le Cipollini, il offre le même degré de rigidité.

Indéfinissable

Le Fidia ne rentre dans aucune case. Construit à la base pour contenter les adeptes du carbone qui, rebutés par le titane se refusaient à l’achat d’un Passoni, il se révèle en fait être un pur chef-d’œuvre. Masterpiece, comme disent nos amis Anglos-Saxons.

Aucun jugement ne pourra résumer et décrire ce vélo. Seule sa vision et son essai permettront de se faire une idée, encore faut-il avoir l’esprit ouvert pour apprécier un objet qui pourrait avoir une place de choix dans une exposition d’art.

Mais quelque part, enfourcher une œuvre d’art, n’est-ce pas là le bonheur ultime ?

Sur le circuit d’essai Top Vélo

Une telle œuvre d’art ne se maltraite pas, ce serait une faute de goût. Mais rien n’empêche de l’emmener vite et avec classe sur notre circuit d’essai…

 La portion de départ, en léger faux-plat, et son asphalte en parfait état (du billard), permettent de mettre en évidence les qualités du Fidia à évoluer à haute vitesse. Même lancé à 45 km/h, la stabilité est indiscutable.

Je l’avoue, je ne suis pas un grand fan du cintre Cinelli Neo Morphe. Pourtant, il faut bien avouer que la prise en main mains en bas est vraiment agréable.

J’arrive sur la route dégradée avant d’entamer la montée. L’état de la route empire mois après mois et j’ai l’habitude d’entendre souvent de multiples bruits quand je passe avec les différents vélos de mes essais. Avec le Fidia, rien. Pas un bruit, pas une vibration. Signe que le montage a été réalisé dans les règles de l’art. Rien ne vient troubler mon plaisir.

Comme à mon habitude, j’entame la côte sur le grand plateau, ici un 52 dents. La rigidité du cadre est vraiment de très haut niveau, absolument rien ne bouge. J’ai de la chance, aujourd’hui je suis plutôt en forme, mais nul doute que si un coup de moins bien se faisait sentir, je serais obligé de tourner les jambes.

La première partie passe sans encombre, je récupère un peu avant de réattaquer. Ne voulant pas me faire trop mal dans les forts pourcentages qui arrivent, je passe sur le petit plateau.

Le cadre accepte sans broncher ce changement de développement et de cadence de pédalage. Je monte moins vite que tout à l’heure mais je force bien moins, évidemment. Au sommet, je repasse sur le grand plateau, pour voir. La relance est expéditive !

La descente me permet de tester le freinage en situation d’urgence. En effet, la courbe est à l’aveugle sur la gauche et, qui plus est, en léger dévers. Je suis habitué à passer ici à pleine vitesse, ce qui requiert un freinage maximal. Les patins Campagnolo rouge remplissent parfaitement leur tâche sans la moindre vibration. À ce propos, j’ai l’impression de freiner légèrement plus tard que d’habitude, signe de la capacité du vélo à transmettre la force de freinage.

Dernière montée à allure plus paisible. Je rattrape un groupe de cyclistes dont un membre me lance un « magnifique vélo », ce qui fait toujours plaisir. Je m’étais surpris en essayant le vélo pour la première fois de me mirer dans les vitrines pendant la traversée des villages…

L’ultime descente ne requiert aucune notion de pilotage mais une confiance totale dans la machine pour se lâcher totalement. La vitesse atteinte approche ici les 80 km/h et la stabilité achève de me convaincre que ce Passoni ferait un formidable vélo de compétition. Les dés sont jetés !