Aérolithe

Pour certains le vélo est un objet de rêve. Pour d’autres un déplaçoir, simple moyen d’accomplir son sport.  Chez Top Vélo, le vélo en tant qu’objet nous fait rêver.

Et l’objet du Supertest, c’est le rêve. Absolu et sans aucune contrainte autre que l’impossible, car le possible ne fait pas parti des rêves. Dès lors, voici l’Aérolithe…

Si vous avez l’habitude de découvrir sur ces pages des machines de très haut niveau, le vélo essayé ce mois-ci casse le plafond de cristal du Supertest de Top Vélo.

Le fruit de longs mois de travail avec Parlee aux États-Unis, avec Mohawks son importateur pour la France, et avec les techniciens de Vicenza (Campagnolo) pour vous faire découvrir et rêver avec une bicyclette d’exception. Un vélo exceptionnel comme aucun autre.

D’apparence classique, le Z-Zero est pourtant un des cadres les plus techniques sur le marché. Le regarder c’est regarder un objet qui ne semble n’avoir ni date de naissance ni âge. Il traverse et traversera le temps comme autrefois l’Aérolithe d’un certain Monsieur Jean.

Le choix technique et esthétique m’a été laissé. Une totale liberté que j’ai utilisée pour laisser s’exprimer la pureté des lignes de ce cadre. Pas d’encombrement inutile avec une intégration des cables. Ici c’est externe, à l’ancienne. Du classique, fiable et beau. Comme le geste à effectuer pour changer de vitesse avec un groupe mécanique. Archaïque, ce geste conserve ici quelque chose de délicieusement suranné.

Construit pour moi et selon mes désirs, ce cadre utilise de la fibre de carbone intermédiaire avec finitions 3K et tubes UD.

Il faut savoir que Parlee propose cinq types de fibres de carbone : super-léger, super-rigide, intermédiaire 3K ou UD et confort. De quoi optimiser au maximum le comportement du cadre selon votre morphologie, votre forme et vos désirs. J’en connais des cyclistes de 80 kg qui rêvent d’un cadre ultraléger… on ne vous en voudra pas !

Côté géométrie, là aussi le choix n’a pas de limites, si ce n’est votre imagination. Outre les 16 tailles de série, il est possible de faire construire votre Z-Zero à vos propres mesures. On jouera alors sur le type de tubes (évidemment) mais aussi sur leurs dimensions et les angles du cadre. À ce propos, Parlee est capable d’adapter l’angle des tubes en modifiant leur surface de contact par usinage, comme pour de l’acier ou du titane. Magique !

Si visuellement le cadre donne l’impression d’être à raccord, il n’en est rien puisqu’il est stratifié. La marque utilise un procédé développé spécifiquement pour ce cadre, permettant d’en augmenter la résistance, la rigidité et d’en diminuer le poids. Un procédé qui « fusionne » le carbone et « soude » les tubes entre eux.

Ces tubes qui présentent un diamètre inférieur à l’endroit où ils vont être assemblés, ce qui permet après ajout de feuilles de carbone de présenter une surface totalement lisse. Magnifique !

Les pattes, la fourche, la douille de direction et le boîtier de pédalier sont construits et moulés chez Parlee à Beverly, dans le Massachussetts. Pour des raisons de taille des moules, les tubes sont fabriqués chez Enve selon des procédés développés par Parlee. On connaît le sérieux d’Enve en matière de carbone, ça ne devrait pas poser de problème. Une fabrication 100 % américaine donc pour un cadre qui tourne autour des 800 grammes et une fourche de 280 grammes. Oui, on est bien proche d’un ensemble à un kilo !

Côté finition, j’ai choisi un revêtement Wax qui donne un air nakedà la machine. Sous les autocollants rouges de mon vélo, les inscriptions sont réalisées au laser.

Évidemment, outre les couleurs du catalogue, Parlee est capable de personnaliser le vélo à l’infini. Après les classiques peintres ce sont des artisans-peintres, véritables artistes, qui s’occuperont de votre Z-Zero. Attention, c’est facturé à l’heure…

Rien n’est trop beau, rien n’est trop cher

Je vous laisse chercher l’auteur de cette citation qui convient parfaitement à ce vélo. Rien n’est « trop » pour un Z-Zero.

Et, souhaitant faire l’apologie du classicisme, j’ai choisi d’équiper mon Parlee d’un groupe mécanique Campagnolo Super Record mécanique. Fait de carbone, de titane, d’aluminium et de céramique, le Super Record combine les matériaux les plus prestigieux pour une expérience sensorielle inédite.

Il se regarde et se touche, tout comme le Z-Zero. S’ils sont complémentaires, c’est aussi parce que le groupe phare de Campagnolo est assemblé manuellement, on peut dire artisanalement. L’un et l’autre, Parlee et Campagnolo, représentent la perfection cycliste, l’aboutissement du savoir-faire et de la passion.  

Voilà pour le groupe, dont j’ai également pu choisir les développements. Ce sera 53 x 39, évidemment. Seule entorse, nous avons équipé ce Z-Zero d’une cassette Rotor Uno, les moyeux Chris King étant arrivés avec un corps de cassette Shimano… Annoncée comme pleinement compatible avec les trois constructeurs de groupes du marché, elle est en plus très légère avec ses 135 grammes. Une belle pièce, assurément.

Pour le reste des équipements, Mohawks (importateur de Parlee pour la France) nous a fourni cintre, potence et tige de selle Parlee. De très belle facture, ces composants magnifient le montage et proposent une ergonomie et une finition au-dessus de tout reproche. Entièrement en carbone, ils contribuent activement à l’allègement de la machine. Pour l’assise, nous avons sélectionné une selle Ax-Lightness qui complète cette fiche technique alléchante.

On termine par un élément essentiel, capable de différencier une belle machine d’une monture exceptionnelle. Tant par le comportement que par la beauté. Les roues. Un montage artisanal, lui aussi sur-mesure et réfléchi avec passion dans l’optique d’optimiser le comportement du vélo et d’en sublimer la ligne. Le montage assuré par Mohawks utilise des jantes Knight, des moyeux Chris King et des rayons Sapim, CX-Ray.

Si vous connaissez certainement Chris King et Sapim qui sont maîtres dans leur secteur, Knight vous est peut-être étranger. Fondé il y a deux ans par des anciens de chez Cervelo, Enve, Parlee (!) et Reynolds, la jeune marque ambitionne de faire encore mieux que Enve côté qualité. Pour cela, les jantes sont fabriquées selon la même méthode que chez Corima (mousse interne), à la différence qu’ici un procédé spécifique permet de faire fondre la mousse et de conserver une jante creuse une fois démoulée. De même plusieurs types de carbone composent la jante, selon l’endroit et les degrés de rigidité ou de résistance requis. Une splendide paire de roues que nous avons chaussée de pneumatiques Tufo de 25 mm de largeur.

Scalpel

Ce vélo a été fabriqué pour moi, selon les mesures que j’ai communiquées à la marque.

Je retrouve donc des sensations très proches de mes vélos personnels (Bianchi Specialissima et Canyon Aeroad), en mieux puisque j’ai pu peaufiner la géométrie du Z-Zero. Ainsi j’ai pu poser la potence directement sur le pivot de direction, sans entretoise disgracieuse, et ma sortie de selle est des plus esthétiques.

Même chose côté longueur de potence, une 120 mm avait été choisie à la base pour des raisons esthétiques, le tube supérieur a été coupé en conséquence. De plus lors du montage du groupe, les mécaniciens de Campagnolo ont mis le frein avant à droite (comme j’en ai l’habitude), ce qui me permet de déconnecter complètement et de me concentrer au maximum sur le pilotage du vélo.

Clairement, et dès mon premier tour de pédales, je me sens extrêmement bien posé sur le Z-Zero. Vif, confortable et réactif. L’impression de facilité est exceptionnelle. La filtration des vibrations n’est pas en reste et pourtant je sors de l’essai du Specialized Roubaix (que vous découvrirez le mois prochain), c’est dire !

Mais ce qui m’interpelle le plus, c’est le sentiment de rouler sur une pointe de diamant. Je tranche la route, ou plutôt le Parlee tranche la route. Il la découpe finement avec une précision diabolique. L’association cadre-roues est parfaite et le fonctionnement du groupe mécanique Super Record ne fait qu’amplifier le plaisir ressenti. Si sur le plat le vélo s’emmène sans surprise et sans difficulté, il est aussi insensible au vent latéral (merci les jantes de 35 mm). De plus, si je n’ai pas encore effectué de descente, la stabilité me semble exceptionnelle.

Ma position étant parfaite, je n’ai aucune difficulté à me positionner mains en bas pour rouler vite. Bon, je garde le 53 x 11 pour descendre le Ventoux, mais en 53 x 15-16, je me balade dans le plus grand confort. Les faux-plats sont avalés et la rigidité parfaitement au poil pour supporter mes accélérations. Et c’est en côte que j’ai l’habitude de juger du comportement d’un vélo car si bien souvent le plat ne pose que rarement problème, c’est lorsque la route s’élève que l’on ressent toutes les qualités ou les défauts d’un vélo.

J’ai enchaîné montées pentues et courtes à d’autres plus longues, aux pourcentages plus réguliers, et jamais je n’ai été mis en difficulté par le vélo. Au contraire, ma première impression de trancher l’asphalte se confirme. Le Parlee passe littéralement partout et me fait survoler les obstacles. Quel que soit le braquet utilisé, il répond présent et me propulse en avant. Son poids faible et sa rigidité parfaite lui donnent une réactivité de très haut niveau. En selle, il a tendance à se cabrer très facilement, ce qui n’est pas pour me déplaire.

Très performant quand j’ai les jambes, mais aussi en fin de sortie lorsque je rentre fatigué (c’est encore le début de saison, veuillez m’excuser !), le Z-Zero ne condamne pas et reste prévenant. Loin de la barre à mine impossible à dompter, il associe les performances du vélo de compétition au confort et à la facilité d’un vélo d’endurance. Le meilleur des deux mondes…

En descente j’ai pu me lâcher totalement, en toute confiance. À ce propos, le grip offert par les pneus Tufo est exceptionnel. Leur préhension, leur façon de comprendre la chaussée est rassurante et très communicative. Le freinage ne souffre d’aucune critique pour quelqu’un de mon poids. Bref, à moins d’être mauvais descendeur, il est impossible de se faire peur ! Le vélo se place au millimètre et ressort précisément où on le souhaite.

À se damner

Époustouflant, décoiffant, ahurissant, bluffant. Les qualificatifs me manquent pour parler de mon expérience sur le Parlee Z-Zero. Certainement unique, et incomparable. Malgré les quelque centaines de vélos essayés, je n’arrive pas à le faire entrer dans des « cases ».

Parlee parvient à en proposer plus et de manière différente. Ce qui fait que ce vélo ne ressemble à aucun autre et que sa conduite ne se compare à aucune autre. Il fait partie des meilleurs vélos du monde puisqu’il est construit pour vous et offre un comportement sur-mesure qui vous correspondra parfaitement. Pour ma part il associe légèreté, dynamisme et confort en ajoutant – chose essentielle pour moi – la beauté et la perfection des traits.

Capable de vous donner la chair de poule, le Z-Zero est bien plus qu’un simple vélo, il est une recherche d’absolu. La boucle est bouclée, le retour à la réalité risque d’être dur. Amen.

Un merci particulier aux équipes de Bob Parlee pour la fabrication du cadre, à Nicolas Julien de Mohawks pour son suivi, son sérieux et sa disponibilité. À Joshua Riddle et l’équipe de Campagnolo pour le montage du vélo. Sans eux, cet essai n’aurait pu se faire.

Sur le circuit d’essai Top Vélo

Un merveilleux vélo et un temps printanier. Je rentre de quelques voyages de presse où le beau temps n’était pas toujours au rendez-vous et l’idée d’aller me mesurer au circuit d’essai sous le soleil me fait pressentir une bonne et belle journée…

Je n’ai pas oublié mes derniers coups de pédales sur le Z-Zero, il y a une dizaine de jours, même si entre-temps j’ai essayé d’autres vélos.

Je retrouve immédiatement ma position et mes réflexes. Il faut dire que le vélo est prévenant et facile à prendre en mains. La selle Ax-Lightness n’est plus une surprise. Malgré son poids-plume, elle offre un confort inattendu et inespéré sur un objet de si faible masse. Cela s’explique par la faible rigidité de sa coque qui autorise une déformation contrôlée sous mon poids. Frank et ses presque 90 kilos de muscles l’ont aussi testé et approuvé. C’est du solide !

Comme toujours, le départ est volontairement rapide afin d’arriver dans la première côte déjà essoufflé, histoire de ne rien me pardonner et de voir si le vélo est conciliant.

La difficulté est devant moi et je reste sur le grand plateau de 53 dents. Il faut souligner que la plupart des vélos de test sont équipés en 50 ou au maximum 52 dents. Ici c’est une demande de ma part, histoire de retrouver mes braquets de prédilection. Donc 53 dents devant et je croise sur le 24 derrière. La cassette UNO fonctionne bien même si elle n’atteint pas le silence de fonctionnement de la Campagnolo. Je suis en danseuse, presque à bloc et je n’ai pas mal aux jambes. Ces quelque centaines de mètres de montée passent à vitesse éclair et je récupère un peu, d’autant que la route redescend légèrement. La partie la plus difficile se profile devant mes yeux. Une longue ligne droite de près d’un kilomètre à plus de 12 %. Je repasse sur le petit plateau (39 dents) et descends quelques vitesses. Décidé à passer le plus vite possible, j’attaque assis sur la selle, en force. Le vélo ne bronche pas et ne me plante pas. Je continue sur cette lancée et finis même par descendre encore deux vitesses sur le sommet.

La relance est immédiate, je décide de ne pas perdre une seconde car je sens que le Z-Zero peut claquer un temps. La portion plane est avalée avec vent de dos ce qui, il faut l’avouer, m’aide bien. J’arrive rapidement à environ 45 km/h dans la première descente et plonge. Ligne droite où je sprinte avec le braquet maximal puis gros freinage. Le vélo est impérial. Une relance et j’aborde déjà la dernière montée. Je décide de rester sur le grand plateau et de croiser la chaîne. Je commence à manquer un peu de souffle mais les jambes vont bien. Encore une fois je suis en force, décidé à grimper le plus vite possible. Au sommet, je m’autorise même à remonter sur le 28 dents. J’en ai fini avec les difficultés et il va falloir envoyer dans la descente pour réaliser un bon temps.

Étant resté sur le grand plateau, je n’ai qu’à redescendre les vitesses. 10 d’un coup grâce au mécanisme du levier Super Record qui l’autorise. J’adopte une position aérodynamique et après avoir lancé le vélo, je m’écrase au maximum et le laisse aller vers sa vitesse maximale. Pas de freinage, uniquement de grandes courbes. Je reste bien concentré, l’exercice est aussi fatiguant et exigeant que la grimpée. J’ai tout donné !

Groupe : Campagnolo Super Record – Roues : Knight, moyeux Chris King – Poids : 6,1 kg – Tarif : 15000 euros 

Renseignements : parleecycles.comwww.mohawkscycles.fr

 

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