Dossier Giro d'Italia

L'année du Campionissimo

Partie I

Dossier réalisé par Salvatore Lombardo, Gérard Mézadourian et Vivien Vespini.
Photographies par Joel Lombard

Rédacteur en chef exceptionnel, Faustino Coppi

VINCENZO NIBALI
SUR LES TRACES DE FAUSTO COPPI

PAR Salvatore Lombardo

Exit l’épouvantail INEOS Egan Bernal, le Requin de Messine semble admirablement placé pour remporter ce Giro 2019 tout entier dédié au Campionissimo Fausto Coppi dont toute l’Italie célèbre avec émotion le centenaire. Mais le champion sicilien trouvera sur son chemin des adversaires du calibre de Tom Dumoulin ou Primoz Roglic. Ce dernier, récent vainqueur du Tour de Romandie, où s’est illustré avec brio le poulain de Top Vélo David Gaudu, représentera certainement l’équation la plus délicate à résoudre pour un Nibali désormais au crépuscule de sa carrière.
Mais pour toute l’Italie, comme pour une bonne partie du public français, ce Giro sera avant tout l’hommage du cyclisme au plus légendaire de ses champions, Fausto Coppi. Athlète incomparable, héros poétique au destin tragique, le Campionissimo gagnait déjà à 20 ans le Giro face à Gino Bartali. C’était en 1940 alors que la guerre menaçait sa terre natale. Cette guerre qui le privera certainement de ses plus belles années.
Multiple champion d’Italie et du Monde sur piste, grimpeur hallucinant et rouleur incomparable, Coppi réconcilia l’Italie avec elle-même au sortir d’un conflit qui avait failli l’emporter. Cinq fois vainqueur du Giro, deux fois triomphateur sur le Tour, le Campionissimo fut le premier à réaliser le doublé Giro-Tour de France en 1949. Un exploit qui aurait sans doute mérité un hommage côté Tour de France…
Un hommage que Top Vélo a décidé de rendre à sa manière en vous conduisant vers le pays du champion. Ce Piémont rude et ces cités mirifiques de Novi Ligure et de Castellania. Mieux qu’un pèlerinage, un retour aux très riches heures du cyclisme héroïque. Avec comme guide rien moins que Faustino Coppi, le fils du Campionissimo. Bon voyage !

FAUSTINO COPPI,
REDACTEUR EN CHEF EXCEPTIONNEL

Grand moment d’émotion. Au retour de notre test exclusif, le dernier vélo du Campionissimo est présenté par son fils au maire de Novi Ligure qui pour l’occasion à ouvert grand la porte de son salon d’honneur. Le moment est d’importance. C’est la première fois qu’un vélo du Champion des champions est honoré officiellement.

Pour son premier dossier « numérique », tout entier dédié au Giro, Top Vélo s’est adjoint les services d’un rédacteur en chef exceptionnel : Faustino Coppi.
De son Campionissimo de père, il a le physique altier et le regard mélancolique. Né en 1955 des amours de son père avec Giulia Occhini, la fameuse « Dame Blanche », il est le fils adoré d’un champion ayant porté le sport cycliste au sommet poétique que lui prédisait le grand Henri Desgranges, le créateur du Tour de France. Star absolue en une époque où le cyclisme était le sport mondial numéro Un, très loin devant le football, Fausto Coppi devait décéder tragiquement le 2 janvier 1960 à l’âge de 40 ans. Faustino n’avait alors que cinq ans. Frappé à jamais par le deuil d’un père devenu son héros métaphysique, il n’a de cesse, entre batailles médiatiques et récupérations mercantiles du nom par des boutiquiers sans vergogne, de servir la gloire éternelle de celui à qui il vient de dédier un livre événement co-écrit avec notre Directeur Salvatore Lombardo (*).
Alors que le Giro 2019 est tout entier dédié au mythique Campionissimo à l’occasion de son centenaire, Faustino Coppi a accepté d’être le rédacteur en chef d’un dossier magazine qui vous vous transporter aux origines du mythe. De Castellania, le village natal, jusqu’à Novi Ligure, la ville qu’il avait choisi comme fief romantique. Suivez-nous à la rencontre de l’un des plus grands champions de l’histoire…Faustino a choisi lui-même chaque sujet de reportage. Comme un ultime hommage à son père.

NIBALI OU ROGLIC ?
LE GIRO ENTRE TRADITION ET MODERNITE

par Vivien Vespini, photos Sirotti

Qui remportera le Giro 2019 ? A cette question un ex-vainqueur du Tour, qui a disparu des radars cyclistes, s’est manifesté tout récemment pour livrer son favori : Simon Yates. Le pronostic est de sir Bradley Wiggins, ex-pistard, ex-dominateur du Tour et nouveau membre du club très ouvert des sportifs barbus.
« Simon n’a pas caché son désir de rectifier ce qui s’est passé l’année dernière », explique le natif de Gand. Il a travaillé son contre la montre à Paris-Nice cette année et semble sur la bonne voie pour cela… » Vainqueur de la 5e étape, le contre la montre de Barbentane (sur 25,5km) le Britannique, meilleur jeune du Tour de France 2017 (et 7e au général) aura à cœur d’effacer sa défaite de 2018, imprévisible et spectaculaire : alors qu’il portait le maillot rose depuis la sixième étape au soir de l’ascension de l’Etna et que l’on pensait qu’il se dirigeait vers un triomphe, une idée renforcée par l’aisance qu’il déployait jusqu’alors, on le vit craquer dans la 19e étape, sur la route de Bardonecchia : 79e de l’étape à plus de 38 minutes, c’était assez inattendu.

Simon Yates fait figure d’épouvantail pour certains. Puncheur et grimpeur, le petit britannique est un client sérieux pour la victoire finale. Il avait faillit s’imposer l’an dernier avant de connaître une mémorable défaillance lors de l’attaque de Froome dans le colle delle Finestre.

Avec Yates, un autre coureur était sur la liste des prétendants, sans doute le plus doué et le plus dangereux, le jeune colombien Egan Bernal, capable de briller en montagne et dans les contre la montre et qui bénéficiait d’une capacité de récupération hors du commun. Vainqueur du Tour de l’Avenir, puis du Tour de Californie et, cette année, de Paris-Nice, ce jeune coureur, qui se sacrifie encore en équipier dans de nombreuses courses, est désigné comme le futur successeur de Froome au sein de la Sky. Mais voilà que le rêve colombien s’écroule avec le forfait de Bernal suite à un accident à l’entrainement.
Alors on aurait pu compter encore une fois sur le grand Tom Dumoulin, vainqueur en 2017, deuxième en 2018 (battu par un Chris Froome dont la forme jouait au yoyo !) et également deuxième du Tour quelques semaines plus tard, ce qui prouve, si besoin était, qu’il a la carrure d’un vrai coureur à étapes. Quatrième de Tirreno-Adriatico, le Néerlandais s’est entraîné sérieusement pour se présenter au départ de Bologne avec toutes les garanties, sauf celles de la chute. Finalement, il faut ajouter la courte liste des prétendants deux autres noms, ceux de Vincenzo Nibali et de Primoz Roglic.

Soutenu par tout un peuple, adulé et respecté par le peloton, capable de s’imposer sur tous les terrains, Vincenzo Nibali a fait de ce Giro 2019 le dernier grand défi de sa carrière d’immense champion. Pour rappel, le Sicilien est le seul coureur en activité à s’être imposé dans les 3 grands Tours.

Le « Requin de Messine » dans ses oeuvres. Chaque descente de col sera pour lui un terrain de jeu idéal.

Nibali, grand favori de la presse italienne, a multiplié les attaques sur le Tour des Alpes et démontré une envie de bien faire digne d’un jeune néo professionnel. Le vainqueur du Giro 2013 et 2016 était un peu juste sur le final de Liège-Bastogne-Liège, mais il est en forme et sera l’un des protagonistes qui pèsera sur la course. Il a envie d’ajouter un troisième titre à son palmarès et cette motivation est essentielle chez lui. Il avait d’ailleurs confié son ambition lors d’un entretien exclusif accordé à notre Directeur Salvatore Lombardo.
« Je veux gagner ce Giro, annonçait-il avec force, et je me sais encore capable de faire craquer mes adversaires n’importe où sur le parcours. Je suis depuis toujours un guerrier. Et je vais leur faire la guerre ! Dans les cols, dans les descentes, sur le plat. Je n’ai pas de préférence. Je vais envisager la course jour après jour en fonction des circonstances et surtout de mon instinct de prédateur. »
Dans ces conditions, nul doute que le légendaire Requin de Messine fasse figure de « favoritissime » au même titre que Roglic.
Car il ne faudra pas non plus négliger un Primoz Roglic qui vient de s’emparer du maillot rose à l’issue d’un prologue taillé sur mesure. Pour le leader du team Jumbo Visma, soutenu avec passion par Salvatore Grimaldi, dont les vélos Bianchi équipent étrangement le team néerlandais, il faudra par contre tenir trois semaines. Pas évident face aux guerriers que sont Nibali et Yates…
Côté français on reste un peu sur notre faim avec les absences de Thibaut Pinot et de Romain Bardet, on suivra donc les sprints d’Arnaud Demarre.

Primoz Roglic et son Bianchi. L’occasion pour la marque de Treviglio de renouer avec le fil de son histoire interrompue depuis les années Pantani.

Maillot rose depuis le prologue, Primoz Roglic semble en mesure de s’imposer. Grimpeur et rouleur le Slovène porte tous les espoirs de Salvatore Grimaldi, le patron de Bianchi.

Ce 102e Giro, tout entier dédié au Campionissimo Fausto Coppi à l’occasion de son centenaire, évite le Sud, la Sicile et la Sardaigne, mais aussi la Lombardie. Il se veut montagneux avec des étapes clefs, comme Cuneo-Pinerolo, sur les traces du grand Fausto, qui sera honoré avec un départ devant sa maison familiale, ou encore l’arrivée au sommet de Ceresole Reale, près de Turin ou à Courmayeur, dans le val d’Aoste. Ce Giro nous offre 7 arrivées en altitude et une étape des Dolomites qui s’annonce dantesque, entre Lovere et Ponte di Legno avec les cols du Gavia et du Mortirolo.
La légende Pantani hantera cette journée qui s’annonce décisive. C’est ce qu’imagine Salvatore Grimaldi et tous les tifosi qui rêvent encore et toujours des exploits du dernier grand champion italien depuis Coppi et Gimondi. Tous sur vélos Bianchi.
Pour sa part, Faustino, en digne fils du Campionissimo, a opté pour un Italien. Il a fait de Vincenzo Nibali le favori de la famiglia Coppi.

Sur le Giro la nostalgie est toujours d’actualité. Les tifosi se souviennent avec émotion des exploits hallucinants du « Pirate » Marco Pantani et du « Cobra » maudit, Riccardo Ricco. 

La banderole est explicite : 2 hommes seuls en tête… Coppi et Pantani. Un très beau résumée la passion des tifosi pour leurs champions. En dépit de tout…

La mortelle morsure du « Cobra » Riccardo Ricco lors du Giro 2007. Il ressuscitait à l’esprit du peuple italien la légende glorieuse du « Pirate » Marco Pantani. Son idole, son modèle. Bientôt pris pour cible par la lutte anti dopage, comme tant d’autres champions de son époque, Ricco tombera sous le coup d’une suspension d’une durée aussi inédite qu’absurde. Aujourd’hui éloigné des pelotons, il dénonce le mécanisme pervers du dopage dans le sport comme dans la vie… Riccardo Ricco qui conserve des milliers de fans en Italie comme en France sera présent au départ de la première Granfondo Luberon Mormoiron le 25 mai. Sur le vélo, mais hors course naturellement, pour rendre hommage à ce pays de Ventoux qu’il adore et dialoguer avec les cyclos autour de la thématique du doping. Ce fléau qu’il dénonce désormais avec force.

NOVI LIGURE, LA CITÉ DU CAMPIONISSIMO 

par Salvatore Lombardo, photos Joel lombard

Le 22 mai le Giro du centenaire fera étape à Novi.
L’occasion de découvrir la ville de Fausto Coppi.

Rocchino Muliere, maire de Novi Ligure, s’est efforcé avec passion et imagination à faire de sa ville mythique le lieu de tous les possibles. Cultivant avec intelligence la notion d’identité culturelle et sportive, il est parvenu à ériger Novi Ligure en pôle de développement économique.

Depuis son très littéraire bureau des anciens quartiers de la cité du campionissimo, le maire Rocchino Muliere évoque avec émotion ses multiples rencontres avec Fausto Coppi. Le père, évidemment, mais aussi le fils. Pour cet élu de terrain mettre en évidence sa ville et la corrélation avec le patronyme glorieux du plus fameux champion cycliste de tous les temps n’est pas seulement une nécessité mais un devoir. Il le dit en souriant simplement. Comme si le fait d’en parler n’était qu’accessoire. Tant est absolue la symbiose historique entre le Campionissimo et Novi Ligure.
« Que serait Novi sans Coppi ? dit-il en nous accueillant. De la même manière que l’on peut poser la question pour sa légendaire marque de cycles. Que serait Bianchi sans Coppi ? »

Une rencontre avec Rocchino Muliere, maire de Novi Ligure, commence comme l’épisode clé d’un roman signé Umberto Eco. Avec le double plaisir de l’itinérance romantique dans les vieux quartiers de la ville et de la découverte d’un homme passionné s’étant fixé la mission de mettre en concordance la dimension mythique de sa ville avec son présent-futur de cité écartelée entre Piémont et Ligurie. Le nom de Coppi comme passeport métaphysique.
« Novi Ligure est une petite ville post-industrielle située aux confins de deux régions assez différentes. Deux identités fortes dont nous avons voulu retenir le meilleur. C’est à dire la beauté naturelle du territoire et son potentiel économique et culturel. Le tout en tenant compte du fait majeur que nous sommes ici dans la ville du Campionissimo Fausto Coppi. Et que son fils Faustino et sa fille Marina y résident toujours. Alors nous allons de l’avant avec l’idée fixe de mettre en lumière notre histoire de cité des campionissimi, car il ne faut pas oublier que Costante Girardengo, le premier Campionissimo, était lui aussi de Novi Ligure. »
De fait le monument le plus visité de la ville est l’impressionnant Museo dei Campionissimi. Un musée contemporain, aménagé dans un atelier industriel désaffecté. Comme un lien entre le passé laborieux de la ville, longtemps capitale de l’industrie du cycle, et son actualité qui la voit se transformer peu à peu en pôle régional dédié tout à la fois au tourisme sportif et à la résurgence économique. Rocchino Muliere, qui n’évoque jamais son appartenance politique à la gauche, préférant parler d’engagement citoyen, insiste sur les efforts faits pour faire sortir Novi de sa léthargie mélancolique.

Il y a dans les rues pittoresques de Novi Ligure un parfum mélancolique qui fût celui apprécié par le Campionnissimo. La balade porte immanquablement vers les lieux favoris de Coppi et des siens.

Le fameux bar Sport où Fausto Coppi et ses équipiers préférés, Milano et Carrea, se retrouvaient au retour de leurs épuisantes sorties d’entrainement. Il est toujours fréquenté par les tifosi.

Sur la vénérable façade de cet immeuble du centre ancien, une plaque de marbre indique désormais que c’est ici que résidait le très jeune Fausto Coppi alors apprenti charcutier chez le Signor Merlano.

« Longtemps, trop longtemps sans doute, la ville est demeurée figée sur ses souvenirs. Comme une quête du bonheur au travers de la réminiscence d’une époque faste où toute l’Italie était à l’écoute de l’actualité de Fausto Coppi et de ses amis cyclistes. Les Ettore Milano, Sandrino Carrea ou encore Biagio Cavanna qui avait monté à Novi une école de cyclisme faisant l’admiration et l’envie des plus grands champions internationaux. Louison Bobet et Jacques Anquetil venaient ici pour rencontrer Coppi et comprendre ses méthodes d’entrainement révolutionnaires mises au point par Cavanna. Et puis il y avait sur place plusieurs constructeurs de vélo. Notamment la Santa Maria ou la Fiorelli à qui Fausto Coppi, en rupture de Bianchi, avait confié la réalisation de ses vélos Coppi. De ce temps-là il ne reste que le souvenir de Fausto Coppi. Un souvenir qui attire ici chaque année des milliers de fans. Mais cela ne peut suffire pour réinventer un avenir. Nous avons dû agir et imaginer surtout. Puis poser les bases d’un futur ambitieux. Faire de Novi Ligure une nouvelle réalité économique tout en respectant et même en développant son identité. Les atouts sont évidents. L’architecture, la nature, la culture, mais aussi la position géographique idéale entre le port de Gênes et Milan, capitale économique et industrielle de l’Italie. Tout en magnifiant l’image de cité de Fausto Coppi. »
Faustino, notre ambassadeur auprès de Rocchino Muliere, a souri. Il sait l’attachement et presque la dévotion du maire pour l’image de son père. Sans qu’il ne s’agisse jamais d’une récupération politique du mythe.
« En fait, poursuit Rocchino Muliere, toute la ville a fait sienne la légende des Coppi. De Fausto et de son frère Serse. De Faustino et de sa mère, la Dame Blanche. De la Villa Coppi et des lieux où Coppi est encore présent. L’évêque est un tifoso, le maréchal des carabiniers est un tifoso, le patron des fameux chocolats Novi est un tifoso. Nous sommes tous des tifosi. Moi le premier. Et je n’en tire aucune vanité. Tout juste la certitude qu’une bonne partie des six millions de visiteurs du gigantesque centre outlet de Serravalle, à deux pas du centre de Novi, peuvent être attirés aussi par le cyclisme et le plus grand de ses champions. Et qu’il peut être intéressant pour une firme de s’implanter à Novi Ligure pour profiter tout à la fois de son potentiel économique, de sa situation stratégique et de son image. Le géant français des transports Vectorys va ainsi s’implanter prochainement chez nous. Avec la venue du Giro, qui est cette année du centenaire tout entier dédié au Campionissimo, nous allons encore conforter notre image. Et attirer sur nos territoires de nouveaux visiteurs qui pourront découvrir aussi bien les lieux historiques du grand Fausto que les atouts gastronomique et œnologiques de Novi Ligure. »

CASTELLANIA DEVIENT CASTELLANIA COPPI ! 

par Salvatore Lombardo, photos Joel lombard

Pour la toute première fois un village va prendre officiellement le nom d’un champion. Et quel champion ! Fausto Coppi, le Campionissimo.
Castellania, sur une initiative de son maire Sergio Vallenzona, vient en effet d’obtenir du Conseil Régional du Piémont l’autorisation d’adjoindre le patronyme Coppi à son appellation historique. Un événement à la juste démesure du culte voué par l’Italie à son légendaire champion.

Comment rester insensible alors que se présente sur la droite le panneau d’entrée de Castellania ? La pente est rude mais nos cyclistes n’y songent pas. Seule compte l’émotion suscitée par la vision au lointain d’une immense photo du Campionissino. Nous sommes ici dans le Saint des saints, le pays natal de Fausto Coppi.

Sourire aux lèvres, Sergio Vallenzona est un homme occupé. Très occupé même. Entre les festivités organisées tout au long de l’année pour célébrer le centenaire de Fausto Coppi, les projets de réhabilitation du Mausolée Coppi et la nouvelle fresque géante peinte spécialement pour l’année Coppi, il a du Coppi à l’esprit du matin au soir. Ce qui semble l’enchanter, lui l’enfant de Castellania. Pardon, de Castellania Coppi. Ce village des rudes montagnes de l’Appenin piémontais où il est né en 1953. L’année du titre mondial décroché à Lugano par un Coppi au faîte de sa gloire. Une gloire éternelle que chaque mur du vieux bourg érige en kaléidoscope géant.

Pause souvenir devant la maison natale du grand Fausto. 

Dans le village, un centre de documentation historique attend le visiteur. Documents exclusifs, revues, magazines, livres, sont en libre lecture.

C’est dans cette modeste chambre que naîssait Fausto Coppi  le 15 septembre 1919. Elle se visite, comme toute la maison, sur rendez-vous.

Ambiance monacale dans la chambre qui fût de mombreuses années durant le refuge du jeune Fausto

Sergio Vallenzona, maire de Castellania Coppi, sait reçevoir ses visiteurs. Il propose ici un vino bianco d’une cuvée spéciale Mitica.

Sergio Vallenzona nourrit de grandes ambitions pour son village. Il en parle avec enthousiame sous le regard de Faustino.

Fausto se dressant sur les pédales dans une pose hiératique qui le figure en héros. Entre affirmation du défi sportif universel et tragédie métaphysique. Le regard mélancolique de celui qui sait la vanité des l’exploit. Fausto redevenu enfant de la terre qui pose un regard attendri sur sa vieille mère. Coppi défiant les Alpes françaises après avoir triomphé dans les Dolomites. Fausto et son frère Serse, l’ami, le complice, l’autre lui-même, victime bientôt de ce cyclisme qui a fait d’eux des exemples pour tout un peuple en quête de fierté retrouvée après la guerre mondiale. Coppi, Coppi, Coppi. Une psalmodie édifiante à l’usage de ces milliers de visiteurs venus chaque année se plonger au cœur même de la saga fondatrice du sport devenu moderne après avoir été antique.
Sergio n’est pas un littéraire. Mais il sait le prix de la légende. Et la valeur des héros. Sa volonté, au-delà des sempiternelles déviances mercantiles, c’est de permettre aux tifosi de donner libre cours à leur ferveur en leur dédiant son village. Le pèlerinage initiatique vers Castellania Coppi n’est plus une conséquence mais un devoir mystique dévolu à tous les passionnés de cyclisme. Comme autrefois Louison Bobet ou Jacques Anquetil, ils seront accueillis à même la mémoire d’un petit peuple laborieux fier que l’un des siens soit parvenu à conquérir le Monde. A jamais…

A l’issue de la grimpée vers Castellania Coppi, le salut du guerrier au Campionissimo.

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