Nouveau Specialized Tarmac SL7

par | Juil 28, 2020 | Actualité

Alors que le Tarmac SL6 avait frappé très fort en redéfinissant le comportement des vélos de course légers dits de montagne par son comportement, sa faible masse, son confort et sa facilité d’usage, la nouvelle génération du fantastique châssis de Specialized entend enfoncer le clou définitivement en faisant fi de l’éternel compromis entre le poids et l’aérodynamisme.

Le Graal de Morgan Hill

Le Tarmac SL6 signait et démontrait tout le savoir-faire de Specialized en matière de conception de cadre. Lors de sa sortie et de ses premiers essais, il nous semblait difficile d’imaginer châssis encore plus performant. Pourtant le Venge faisait toujours de l’ombre au Tarmac, grâce à son aérodynamisme très poussé, avec pour preuve Peter Sagan qui l’utilisait la plupart du temps !

C’est désormais de l’histoire ancienne car le Tarmac SL7 s’annonce comme aussi aérodynamique que le Venge et tout autant léger que le Tarmac SL6 ! On ne parle pas de marketing, mais de faits réels.

Le vélo sans aucun compromis

Si depuis 2002 et la sortie du premier Tarmac E5, le Tarmac est le vélo le plus victorieux du peloton pro avec pas moins de 1 381 victoires, on l’a vu ces dernières années partager la vedette avec un certain Venge…
Mais dorénavant vous ne verrez plus que le Tarmac SL7 dans le peloton professionnel ! Exit le Venge, sauf à de très rares exceptions. Specialized l’annonce, ce nouveau Tarmac est le vélo qui ne fait aucun compromis. Une première !

Avant de poursuivre je me dois un petit rappel.
Trois catégories de vélos de route dits « course » cohabitent. Le traditionnel vélo de montagne utilisé par les cyclosportifs et les coureurs professionnels. Il est léger, réactif et suffisamment rigide. Avec l’arrivée du disque, il intègre dorénavant la câblerie et adopte des formes de plus en plus aérodynamiques.
Ensuite viennent les vélos purement aérodynamiques, dont les formes sont spécifiquement étudiées dans un seul but, fendre l’air. Ces machines sont nettement plus lourdes que les premières et leur réactivité est plus limitée. Elles sont utilisées principalement sur des parcours plats et peu vallonnés où elles excellent aux mains de cyclistes puissants.
Viennent ensuite les machines Endurance, nettement plus faciles d’accès mais au rendement assez limité. Elles visent clairement le confort au détriment de la performance.

Concernant le Tarmac, on s‘intéresse surtout aux deux premiers types de vélos, les machines de montagne et les machines aérodynamiques. Un choix difficile à faire pour la plupart d’entre nous, car le meilleur vélo dans une ascension de col alpin n’est pas forcément le plus adapté à enchaîner les kilomètres sur les routes de la vallée de Chevreuse.

Nouveau look, nouvelle forme !

Un nouveau vélo conçu pour « grimper les cols comme Julian Alaphilippe et sprinter comme Peter Sagan », dont les lignes sont à mi-chemin entre le précédent Tarmac et le Venge.
Une « arme parfaite pour toutes les situations » dont la conception avait déjà commencée lors du lancement du Tarmac SL6.
Trois années de travail pour combiner les meilleures performances aérodynamiques, d’intégration, de rigidité et de poids dans un seul châssis. Avec à la clé un gain aéro annoncé de 45 secondes sur 40 km par rapport au Tarmac SL6. Tout simplement énorme !

La fibre de carbone utilisée pour le S-Works est toujours la 12r, identique au SL6. Mais vous l’aurez compris, son lay-up est complètement différent. Pour les autres versions de la gamme (Expert…) c’est de la fibre 10r qui est utilisée. Si le comportement était identique entre les deux versions du cadre SL7, il faudrait compter sur un rapport poids/rigidité plus élevé sur le S-Works. Le pilotage sera quant à lui identique puisque la géométrie est la même. Une géométrie qui fait toujours appel au concept Rider Fist Enginereed, à savoir l’étude de milliers de positionnements différents afin de proposer une géométrie qui correspond à la fois aux hommes et aux femmes (selon Specialized, il y a plus de différences morphologiques entre deux hommes qu’entre un homme et une femme). Un concept qui permet aussi d’obtenir le même comportement d’une taille 44 à une taille 61.
Comment ? En optant pour une conception spécifique de chaque taille de cadre. Specialized n’étudie pas un seul Tarmac, mais 7 versions différentes pour 7 tailles. La forme des tubes diffère aussi.

Une forme des tubes avec pour ligne de conduite « the new shape of speed », comprenez la nouvelle forme de vitesse. Une ligne de travail et de conception des ingénieurs avec pour but de tirer le maximum des avantages liés à l’aérodynamique sans créer de surpoids ou de nuisance au comportement et au ressenti du vélo.
En clair, aller au maximum dans un sens puis revenir légèrement en arrière quand une caractéristique prend le dessus sur les autres. Des mois de travail à la recherche de la forme parfaite dans la soufflerie maison, spécialement conçue pour tester les vélos. Car une soufflerie automobile n’est pas capable de simuler des vents à 30, 40 ou 60 km/h, et tester l’aéro d’un vélo à 200 km/h n’a que peu d’intérêt.

Quand nous avons poussé chacune de ces caractéristiques à leurs limites, ce sont nos années d’expérience et nos incroyables ressources qui nous ont permis de développer un vélo aussi léger que ce que le règlement autorise, tout cela avec des caractéristiques aérodynamiques inconnues jusque-là sur route et tout en conservant les attraits légendaires du Tarmac dont la maniabilité qu’on lui connaît.

IAN MILLIKEN

DESIGN ENGINEER

Intégration complète

Le Tarmac SL6 avait déjà franchi un pas en matière d’intégration, le SL7 franchit le deuxième en intégrant totalement toute câblerie, gaine et faisceau électrique.
La nouvelle potence baptisée Tarmac permet de faire passer l’ensemble de la câblerie dans la douille de direction, tout en conservant un poste de pilotage entièrement réglable. Compatible avec n’importe quel cintre, elle reçoit de série le cintre Aerofly 2, identique au Venge. Une potence qui permet d’économiser près de 45 grammes par rapport au système du Venge !
Quelques mots sur le cintre Aerofly 2. Si celui-ci bénéficie d’une excellente ergonomie, il n’est pas le plus adapté pour les grimpeurs et les cyclistes qui roulent mains en haut, sur le plat du cintre. Ils trouveront leur compte avec un cintre classique.

Même le boîtier d’interface Shimano Di2 trouve sa place dans la tige de selle. Un endroit plus pratique que dans le cintre où on abime l’interface à chaque fois qu’on appuie sur le vélo…

Plus léger, pour quoi faire ?

Pendant des années la quête du gramme superflu a justifié les recherches les plus poussées vers la masse idéale.
C’est-à-dire la plus légère possible, quels que soient les moyens pour y aboutir. Une masse idéale dont on ne connaissait ni la définition exacte, ni l’efficacité réelle. Le seul but étant de faire plus léger, pour avancer « plus vite ».

Si de nos jours on sait faire du très léger qui va très vite, les vélos de compétition sont toujours limités à 6,8 kg. Une masse atteinte et dépassée par la majorité des machines à patins, mais plus difficilement atteignable par les machines à disques. Une masse dont on connaît le juste équilibre entre performance et sécurité.

Enfin, Specialized a choisi de ne plus participer à cette course contre le gramme en spécifiant que le nouveau Tarmac S-Works SL7 était suffisamment léger. À la manière de Rolls-Royce, à qui lorsqu’on demandait la puissance de ses moteurs répondait « suffisante ».
Ici, Specialized annonce que le S-Works Dura-Ace Di2 pèse 6,7 kg à la sortie du carton avec porte-bidons et support de compteur. Soit exactement le poids limite UCI avec une paire de pédales. Et si vous souhaitez participer à une épreuve, « tout ce qui est plus léger est hors la loi ». Avec un poids du kit cadre à 820 grammes en taille 56, il n’y a rien à ajouter.

De grandes évolutions techniques

On note un retour aux sources de la part de Specialized puisque cette nouvelle génération de Tarmac abandonne le boîtier de pédalier de type press-fit pour un retour au traditionnel BSA fileté ! Une demande directe émanant des mécaniciens des équipes pro, afin de faciliter l’entretien des machines. Une modification qui sera certainement favorablement accueillie par de nombreux usagers qui pourront remplacer plus facilement leurs roulements…
Quand on pense à Ernesto Colnago qui refusait à juste titre il y a plus de 10 ans d’intégrer les roulements dans ses cadres…
Autre possibilité et pas des moindres, celle de pouvoir supprimer la patte de dérailleur avant si montage d’un groupe monoplateau. Un petit cache vient prendre place et évite aux saletés d’entrer dans le cadre. Très pratique !
Autre spécifié technique qui en ravira plus d’un, si le nouveau Tarmac SL7 a été exclusivement conçu autour d’un freinage disque, il est toujours possible de monter un groupe mécanique. Les emplacements nécessaires pour le passage des câbles et gaines sont prévus !
On termine avec la possibilité de monter des pneus jusqu’à 32 mm de section. Si le vélo est livré avec des 26 mm Turbo Cotton (en version S-Works), Specialized a prévu un dégagement de 4 mm environ avec des pneus de 32 mm montés sur des jantes à largeur interne de 21 mm.

Et le Venge ?

Dans sa dernière itération, le Venge est une machine très spécialisée. Très aérodynamique, très rigide. Une pure machine de professionnels ou de triathlètes. Ou de cyclos très en forme. Des coureurs qui – à la lecture de cet article – se tourneront évidemment vers le nouveau Tarmac, en délaissant le Venge. Un Venge qui va subsister encore sur la gamme 2021, en majorité pour les triathlètes. 

Une gamme très large !

Comme toujours chez Specialized, la gamme de ce nouveau Tarmac SL7 est très étendue avec des tarifs allant de 4 999 euros pour le Tarmac Expert à 11 499 euros pour le Tarmac S-Works.
Les kits cadres sont respectivement aux tarifs de 2 999 euros pour le SL7 en fibre 10r et 4 199 euros pour le SL7 S-Works avec fibre 12r.

Tarmac SL7 S-Works Red eTap et Dura-Ace Di2 : 11 499 euros
Tarmac SL7 Pro Force eTap : 7 399 euros
Tarmac SL7 Pro Ultegra Di2 : 6 999 euros
Tarmac SL7 Expert Ultegra Di2 : 5 299 euros
Tarmac SL7 Expert : 4 999 euros

Le Tarmac SL6 reste disponible pour les versions d’accès à la gamme Tarmac :

Tarmac SL6 Comp : 3 499 euros
Tarmac SL6 : 2 199 euros

Sur la route

De nombreux kilomètres m’ont permis de mettre à l’épreuve ce nouveau Tarmac S-Works SL7 sur les superbes et ô combien difficiles routes de l’Ardèche.
Équipé des deux nouvelles paires de roues Roval, les Rapide CLX qui équipent le modèle S-Works en standard et les Alpinist dédiées à la montagne, j’ai ainsi pu constater des différences de comportement dues au cadre et aux trains roulants.

Avec les roues Roval Rapide CLX tel qu’est équipé le vélo S-Works en série, les premières sensations sont un peu surnaturelles. Je sens tout de suite que je suis sur un « grand » vélo et qu’il se passe quelque chose. Un parfait mix des sensations du Venge (dont je retrouve la même précision de l’avant) avec une légèreté prédominante inconnue du Venge et typique du Tarmac.
Même les roues à haut profil me surprennent. Rien d’anormal, avec une masse de tout juste 1 400 grammes…
Ces Rapide CLX sont censées contribuer activement au comportement « sans compromis » du Tarmac SL7 en lui assurant une aéro travaillée sur le plat (tout en réduisant les perturbations grâce à la roue avant ultralarge) et une bonne réactivité lorsque la route s’élève grâce à une masse contenue. C’est bien le cas, l’ensemble est très cohérent.

Sur le plat, le Tarmac SL7 est indéniablement plus performant, plus rapide et plus facile que le SL6. Quelle que soit l’allure adoptée, le vélo me pousse en avant. Même après une sortie de 2 000 m de D+ et la fatigue qui va avec, le comportement du Tarmac me permet de suivre le rythme. Je me sens franchement aidé, pas en difficulté.
Sprinter, accélérer, rester dans les roues ou prendre le vent, j’ai le sentiment que ce vélo a pris le meilleur de ce que le Venge (lire l’article) offrait (et il y en a beaucoup, retrouvez mon Supertest ici) en enlevant toute la difficulté, la dureté qui prédisposait le Venge aux seuls coursiers.

J’ai pu mettre à l’épreuve le vélo dans plusieurs cols et dans des pourcentages très variés. En dessous de 10 km/h il est certain que les roues Rapide CLX pénalisent le vélo par leur inertie (j’en parle plus bas lors de mon essai du vélo avec les Alpinist), mais quoi qu’il en soit, la capacité d’accélération du S-Works est démentielle. Répondre à une attaque ne pose aucun problème. Attaquer devient presque naturel.
Le Tarmac se joue de la pente, gomme la difficulté. C’est un vrai grimpeur. Dans cet exercice, le freinage à disque Sram se fait totalement oublier. Ma machine d’essai étant réglée à la perfection (et celle des autres journalistes présents aussi), je n’ai entendu aucun disque frotter contre les plaquettes. Et avec sa masse de 6,8 kg, difficile de trouver le vélo trop lourd… Justement, il virevolte comme un Tarmac doit le faire, mais avec la rigueur, la rigidité et la consistance d’un Venge.

Dans les descentes, j’attendais beaucoup des roues Rapide CLX. La veille de mon essai, j’étais sur les pentes du Ventoux avec un vélo concurrent équipé de roues à haut profil. Dans la descente j’avais du mal à tenir le vélo pour suivre la voiture qui me filmait…
La promesse de Roval est qu’avec son double profil (51 mm devant et 60 mm derrière, sa jante avant très large avec 35 mm qui dépasse du pneumatique et sa jante arrière plus étroite avec 30,7 mm), les Rapide CLX diminuent de 30 % l’effet au vent latéral par rapport à leurs concurrentes de profil équivalant.
Je ne vais pas y aller pas plusieurs chemins : c’est le cas. Difficile à mesurer précisément, mais avec mes 58 kg, je n’ai ressenti aucune gêne dans les descentes, malgré un vent bien présent. Aucune crainte à avoir de ce côté, donc.
Ensuite, dans les virages serrés, les roues n’embarquent pas et on peut resserrer la trajectoire à volonté. C’est là que la géométrie du Tarmac et sa rigidité entrent en action. L’avant du vélo est un rail absolu qui devine les intentions du cycliste. Pas besoin de lui ordonner de virer, il comprend où on souhaite aller dès que le regard se pose quelque part.
Le freinage est évidemment surpuissant et Sram a fait de grands progrès avec son groupe Red AXS.

Le confort reste d’un très bon niveau pour une machine de cette performance. Pour faire une comparaison directe avec le Tarmac SL6, je dirais qu’il est équivalent. C’est-à-dire qu’on n’atteint pas la filtration d’un vélo endurance mais que l’usage sur les pavés ne posera aucun problème pour les cyclistes habitant dans le Nord. De même avec sa capacité à accepter les larges pneus, on pourra sans problème rouler sur les Strade Bianche italiennes. L’augmentation de rigidité de l’avant du vélo n’a pas accentué la remontée des chocs dans les bras. Tant mieux.

Avec les Roval Alpinist CLX

En changeant les roues pour les Roval Alpinist CLX, c’est un tout autre vélo qui se découvre. Pour rappel, les Alpinist sont entièrement dédiées à la montagne et aux ascensions (un essai spécifique leur sera prochainement consacré dans notre rubrique Top Wheel).
Avec une masse de moins de 1 300 grammes pour un profil légèrement aérodynamique, leur vivacité se fait instantanément ressentir. Outre le gain de près de 200 grammes par rapport aux Rapide CLX, la réactivité du Tarmac se trouve grandement améliorée à basse vitesse.
Plus facile ? Oui, certainement et indéniablement.
Sur le plat, si on ne ressent plus l’effet turbo des CLX Rapide, la performance est tout de même élevée et je n’ai aucune difficulté à dépasser les 45 km/h. Tout en me sentant moins en difficulté lorsque j’ai un coup de moins bien (comme c’est le cas après plusieurs jours intenses de vélo).
Lorsque la route s’élève, c’est le festival. Ainsi équipé, nul doute que ce Tarmac SL7 fait partie des machines les plus faciles du marché pour grimper. Si équipé des roues Rapide CLX le Tarmac SL7 pouvait rechigner dans les très forts pourcentages, ça n’est plus du tout le cas ici. Inutile de s’employer pour conserver de la vitesse, le vélo suit pratiquement tout seul. Les relances conservent leur caractère immédiat avec un poil moins de tranchant, on ne peut pas tout avoir…
Surtout, c’est après de nombreux kilomètres que la différence se fera sentir, vous rentrerez certainement moins entamé avec les Alpinist CLX, mais il se peut que votre moyenne baisse légèrement… À vous de voir !

Alors ?

Alors on reste sans voix devant toute cette débauche de technologie.
À la sortie d’un nouveau modèle de Tarmac on s’attend un peu à cela, sans se douter de la gifle ressentie une fois en selle.
Combinant à la fois toutes les qualités des meilleurs vélos aérodynamiques et des meilleurs vélos de montagne, ce Tarmac SL7 s’affranchit de tout compromis. Specialized l’annonce mais nous l’avons vérifié sur la route : il roule comme le Venge, grimpe comme le Tarmac et descend comme un vélo italien.
Certainement le vélo le plus complet du marché et une des toutes meilleures machines jamais créées.

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