La voie royale – Mont Ventoux

par | Jan 4, 2019 | 1 col, 1 vin, 1 resto, Magazine

Montée sud du Mont Ventoux par Mormoiron, Château Pesquié, Restaurant le Château de Mazan

La voie Royale…

J’ai résisté longtemps, mais je ne peux plus attendre… certains se diront « il va encore nous parler du Mont Ventoux.»
Oui, c’est vrai ! S’il existe une expérience à vivre, au moins une fois dans sa vie de cycliste, c’est bien celle de l’escalade du Géant de Provence. Pour vous, j’ai consacré un bon moment (et beaucoup d’énergie) pour refaire cette difficile ascension. Les montées chronométrées, c’est plus mon truc. Le temps ayant fait son œuvre, mon âge ne me permet plus ce genre de folie, sauf si un bon verre de Château Pesquié m’attend à l’arrivée… Plaisanterie mise à part, la grande nouveauté de cette ascension justement, c’est d’avoir ignoré volontairement le départ de Bédoin. Quelques habitants de cette bourgade, ayant manifesté à plusieurs reprises leurs mécontentements à l’égard des cyclistes, je me suis dit qu’il était temps de changer d’air. Rassurez-vous, il reste là-bas encore pas mal de gens bien, désireux de vous accueillir comme il se doit.

Perpétuer sans ignorer

L’accès au sommet du Mont Ventoux par la face sud ne date pas d’hier. Dans les années vingt, au siècle dernier, des courses de côtes avec les bolides de l’époque y étaient régulièrement organisées. Quelque cent ans plus tard, le profil particulier de cette montée est toujours fréquenté par les grands constructeurs automobiles afin d’y tester leurs nouveaux modèles, freins, embrayage, tout y passe. Dans le même temps, le cyclisme moderne a écrit les plus belles pages de son histoire. Des batailles et des drames incroyables, gravés à jamais, s’y sont également déroulés… Jusqu’au spectacle d’un Froome continuant à pied sans son vélo. Impossible d’oublier l’image d’un Tom Simpson vacillant, à bout de force, essayant de continuer jusqu’à y laisser sa vie ! Ou celle d’un Eddy Merck qu’on équipera d’un masque à oxygène, épuisé à l’arrivée après une étape de fou. On ne peut rester insensible devant toutes ces histoires presque plus invraisemblables les unes que les autres qui ont façonné ce lieu.

À ce sujet, il est important de respecter la forêt. Le plus grand civisme de votre part sera de mise. Quelques sportifs négligents, oublient trop souvent les règles élémentaires de propreté. Tout au long de la montée des récepteurs spécialement conçus pour recevoir vos déchets sans mettre pied à terre sont à votre disposition. Ces nouvelles installations, distantes d’une moyenne de 3kms chacune tout au long du parcours, ont coutées cher au département. Soyez en conscient.

Du changement en perspective

Avec l’équipe Top Vélo, nous avons décidé d’ouvrir une nouvelle voie de départ devant la rédaction. Mormoiron, ce charmant village situé plus au sud de Bédoin, à exactement sept kilomètres du départ habituel, possède une vision différente de celle de son voisin sur son avenir. Par le biais de son sympathique maire Régis Silvestre, un homme qui veille, et cela avec vigueur sur le destin de ses habitants, nous avons pu discuter d’une lueur d’espoir qui prendrait forme sur sa commune. En effet, des contacts auraient été pris sur un projet très avancé qui concerne l’installation d’un grand complexe sportif dédié entièrement au cyclisme. Afin de ne pas dégrader ce magnifique lieu, l’implantation serait souterraine ! Une aubaine pour les jeunes de la région aspirant à un emploi stable. Hôtellerie, restauration, commerces, sont au programme. Donc, pour nous, Top Vélo ne fait qu’anticiper l’avenir. De plus, pour l’avoir vécu, ce nouveau tracé est nettement plus propice et plus adapté à l’échauffement, surtout avant d’aborder la longue partie pentue que l’on peut découvrir à partir du virage de St Estève. À la sortie du village de Mormoiron, il faudra prendre la direction du nord, vers Bédoin. Le panneau indicateur se trouve dans un petit rond-point, sur la droite. La route alterne faux plats montants et descendants, rien d’inquiétant. Le très bon état du revêtement, jusque-là en pente douce, affiche un caractère bucolique pendant six bons kilomètres. On traverse des champs de vignes à perte de vue et notamment celles du Château Pesquié. Une perle de la région ayant appartenue, à une certaine époque, à des descendants d’Alphonse Daudet. Nous en reparlerons plus tard. Le Mont Chauvese dresse face à nous, comme pour nous inviter à une paire d’heure de souffrance. La décision d’ouvrir la voie de départ à partir de ce village extrêmement sympathique a très vite été accueillie avec bonheur. Bousculer les habitudes n’est pas facile et pourtant, cette idée a fait son chemin. Un paysage grandiose s’offre à nos yeux. Une prise de conscience soudaine, pose la question… Pourquoi ne pas y avoir pensé plus tôt ?

Ce n’était peut-être pas le bon moment, tout simplement. Il y a aussi que la sempiternelle ascension depuis Bédoin devenait trop lassante. Un nouveau bol d’air ne pourra faire que du bien. Nous vous tiendrons au courant sur l’inauguration de ce nouveau tracé. Pour l’ heure, nous l’avons expérimenté avec Yohan Bagot de Vital Concept et le Batman de Provence Patrick Denis, un stakhanoviste du Ventoux. Un nouveau segment Stava et Bike’N Connect a été établi avec un point zéro. Premier départ inaugural prévu en octobre avec plusieurs équipes professionnelles, filles et garçons. Que du bon à venir.

Une approche différente

Cette nouvelle idée de parcours change considérablement la donne. Le stress, toujours un peu présent avant d’aborder (trop rapidement) des pourcentages conséquents, est largement diminué. Cela, grâce à une vitesse d’approche beaucoup plus élevée. Les jambes vont tourner plus vite et permettre ainsi un meilleur afflux sanguin pour la suite. De nombreux cyclistes vont essayer d’établir leurs meilleurs temps, il va donc y avoir du grain à moudre ! Un renouveau pour tout le monde.

Le départ de Mormoiron est finalement idéal pour aborder la grande difficulté que représente la partie montante à partir de St Estève. Ce virage à 180° est annonciateur d’un grand combat, c’est en quelque sorte le gong de départ. Avant d’y accéder, il faudra prendre à droite dans le premier grand rond-point que l’on rencontre à environ six kilomètres de notre village départ, on évitera ainsi Bédoin. Pour retrouver la direction classique, on devra parcourir encore 2 kms, traverser la route menant à Flassan après avoir pris soin de s’arrêter au stop. Encore quelques mètres, un nouveau stop, à droite et là vous pourrez vous élancer sur 200 mètres et atteindre le Point Zéro Top Chrono à la sortie du premier virage à gauche ! C’est parti, ça commence à monter doucement mais surement…

À Ste Colombe les cloches sonnent…

C’est la tradition lors du passage des coureurs du tour de France. Pour nous, ce ne seront que quelques modestes regards de la part de clients attablés au bistrot du coin. La célébrité ça se mérite ! Passé le village, on entre dans le vif du sujet. Quelques petits pourcentages entre 7 et 9%. On va commencer à réduire doucement les braquets. Un petit replat au passage des Bruns ou l’on pourra encore espérer ne pas trop souffrir et hop c’est parti ! Neuf kilomètres à 10% de moyenne sans possibilité de récupération jusqu’au Chalet Reynard, notre prochaine étape. Cette longue partie qui serpente à travers la forêt, représente la difficulté majeure de l’ascension. L’été on y étouffe. Même l’ombre des grands arbres n’y fait rien. On est dans le très dur, point. Ce que l’on vit à cet endroit n’est pas racontable et si vous acceptez le défi, je vous laisse le soin d’en parler vous-même avec vos amis.

Un chalet salvateur

Après la dure traversée de la forêt, nous sommes maintenant en vue du Chalet à 1400 m d’altitude. Il ne reste que six kilomètres dont deux très difficiles avant l’arrivée au Col des Tempêtes, surtout si le mistral s’en mêle. Enfin, plus haut, la délivrance au sommet. Profitez donc de ce petit replat devant le Chalet pour vous rafraichir. Pierre de Champeville, créateur du lieu en 1927, était un visionnaire. Qu’il en soit remercié. Passé la ligne à 1909 m d’altitude, boissons fraiches friandises sont à votre disposition. Une photo et on repart dans la descente. Il n’est jamais bon de trainer au sommet, les températures peuvent être glaciales même en été. Pour descendre, je ne peux qu’une nouvelle fois vous recommander d’être très prudent avec un vélo en bon état. Gare à la chute, elle pourrait s’avérer fatale. Prenez soin de vous. De grands animaux traversent fréquemment la route. Au total, c’est vingt-sept kilomètres de montée depuis notre ligne départ Top Vélo qui auront été effectués, soit six kilomètres de plus que par Bédoin. Mais quel bonheur !

Direction la récompense

Après un brin de toilette, le restaurant le Château de Mazan situé en plein cœur du village du même nom, vous attend. Situé à quatre kilomètres de Mormoiron ce fameux restaurant-hôtel fait partie d’une des anciennes demeures du Marquis de Sade. Et c’est un représentant de la très prisée chaine des Hôtels de Charmesde notre cher pays. Quel accueil !
L’ancienne propriété de notre Marquis est à couper le souffle. Il devait avoir les moyens… Les jardins parsemés de pelouses et de buis laissent échapper cette odeur particulière que l’on rencontre si souvent autour des vielles pierres. Ici ! Et j’insiste lourdement, le cycliste est le bienvenu, vous pourrez vous y présenter de la part de Top Vélo. Un menu gastronomique pour une vingtaine d’euros ! que demande le peuple ! Parking intérieur, piscine et tout et tout. Mais qui va rivaliser avec ça ? Le personnel est d’une très grande attention, tous sont de grands professionnels. Félicitations à Fréderic, le maitre des lieux qui nous a fait partager ce moment de bonheur. Gaspacho, Samossa de poisson etc… tout est top ! Laissez-vous faire c’est exceptionnel.

La magie du terroir

Un repas à prix raisonnable permet, sans ivresse, d’investir dans des flacons hors normes… L’appellation Côtes du Ventoux, renommée AOC Ventoux en 2010 s’étend sur 6700 hectares au pied de notre célèbre montagne. Ici c’est la partie sud qui nous intéresse. Ce coin est béni des dieux. Les sols issus de sédiments tertiaires, de calcaire dur et autres alluvions sont très favorables à l’élaboration de vins de qualité. Ajoutez à ça un climat assez homogène tout au long de l’année et vous obtenez, grâce au travail méticuleux du maitre de chai, de véritables trésors. Nombreux domaines proposent leur savoir-faire pour notre plus grand plaisir, je pense au domaine de Fondrèche et bien d’autres. Tout est très bon. Mais parmi les bons, il y a toujours des très bons… Bref, il fallait faire un choix. Inutile d’aller très loin. Sur la commune de Mormoiron, se dresse avec élégance, le domaine de Château Pesquié. Les frères Alexandre et Frédéric Chaudière président à l’avenir de cette merveille locale. Issues de la troisième génération d’une famille vigneronne. On ne peut être qu’admiratif, une fois de plus, devant le résultat de leurs efforts depuis 2006, date à laquelle ils ont repris l’animation du vignoble. Leurs vins rouges sont assemblés principalement de cépages Grenache noir et Syrah. D’un violet profond, et d’une complexité aromatique sans égal, la cuvée Quintessence tient le haut pavé. C’est celle que nous avons choisi au restaurant du Château de Mazan. Ce vin est un miracle de la nature, un don du ciel, une explosion de saveurs à tous les étages ! Et encore, je pèse mes mots !

Nous avons ensuite été reçus par Frédéric pour déguster d’autres crus, tous excellents. Ceci n’a rien d’étonnant car ce domaine, jadis passé entre les mains de comtes et de marquis, est situé sur l’une des plus anciennes zone viticoles de la région.
Avec la bénédiction de la mairie de Mormoiron, et si le grand projet évoqué plus haut se réalise, apprêtez-vous à vivre de grands moments dans la région. Mais pour l’instant, rien n’empêche d’ores et déjà à ce que vous nous rendiez une petite visite, vous êtes les bienvenus. Parking assuré de 200 places à côté de la rédaction, et ligne de départ !

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