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Les Champions des Champions

Louison Bobet

par | Avr 17, 2020 | Les champions des champions

Compagnon de route et de modernité du Campionissimo Fausto Coppi, premier grand champion français de l’après-guerre, incarnation du courage et de la vertu, Louis Bobet fut le premier à vaincre à trois reprises consécutives le Tour de France. Destin lumineux pour le petit mitron breton de Saint Méen en une époque où les adversaires se nommaient Bartali, Coppi, Gaul puis bientôt Anquetil, Rivière ou Baldini. Il reste de lui l’image polychrome d’un homme conjuguant l’élégance et l’intelligence pour redonner fierté et goût de la victoire à un peuple durement éprouvé par la guerre.

La classe de l’archange

1953, 1954, 1955. Trois années de gloire et de revanche pour Louis Bobet, devenu Louison par l’affection des Français. Trois victoires consécutives dans le Tour de France et enfin un formidable titre de Champion du Monde décroché dans la tourmente en Allemagne à Solingen devant une haie d’honneur de soldats français des troupes d’occupation. Voilà en résumé les bases de la légende d’un Champion unique ayant su se dépasser pour venir côtoyer les sommets du sport aux côtés d’athlètes incomparables et dotés au départ d’une capacité physique plus évidente. Coppi en tête évidemment. Ce Coppi admiré, envié, jalousé aussi un peu, avant que de devenir l’ami et le modèle inspirant.


La carrière du jeune Bobet avait commencé par une belle et surprenante victoire dans les Boucles de la Seine devant l’élite du cyclisme français. C’était en 1947, l’année même où Jean Robic, autre Breton, devenait vedette en triomphant dans le premier Tour de l’après-guerre. Pour l’ex-mitron de Saint-Méen-le-Grand, la route serait longue pour devenir Champion alors que les stars se nommaient Bartali ou Coppi. Même si l’année précédente il était devenu Champion de France amateur.

Ne doutant de rien, Bobet se lançait dans la carrière à la manière d’un écuyer du Moyen Age découvrant la chevalerie. Une place ne l’attendaient-elle pas au sein de l’équipe de France du Tour où on lui demande d’assister son leader, le sudiste magnifique René Vietto. Louison a seulement 22 ans. Mais il ne doute de rien. Dans la montagne il se met en évidence. Même s’il doit abandonner sur chute après Guillestre.

L’année suivante il endosse son premier maillot jaune. Mais que faire face à Bartali qui s’impose dix ans après sa première victoire ? Gino le Pieux a littéralement écrasé l’opposition, s’imposant dans toutes les étapes de montagne. Bobet s’est bien battu, handicapé déjà par cette furonculose qui le fera souffrir durant toute sa carrière. Mais il se classe tout de même quatrième à Paris. Le grand public le découvre et l’adopte. Et Bartali lui-même rend hommage à sa classe et à son courage. Bobet est heureux. Même s’il comprend que l’écart entre lui et les géants italiens est encore bien trop grand pour lui permettre de viser réellement la victoire sur les trois semaines d’un Tour de France. En fait son problème est double. La préparation et la stratégie. Fin 1949 il reçoit avec enthousiasme l’invitation de son idole, le Campionissimo Fausto Coppi. Il arrive a Novi Ligure pour quelques jours de vacances. Il y passera deux semaines. A tout apprendre. Coppi a été très clair.
« Louison tu as un potentiel. Tu es courageux. Mais c’est tout. Tu ne sais pas courir, tu ne sais pas t’entrainer, tu ne sais pas t’imposer et tu ne sais même pas manger. Et côté matériel ce n’est pas terrible. ».

Élève attentif et studieux, Bobet va réapprendre les bases et comprendre que l’incroyable supériorité de son ami Coppi n’est pas le fruit du hasard. Il écoute, il suit, il change et adopte des règles qui le guideront désormais durant toute sa carrière. La saison 1950 est celle du renouveau. Il devient Champion de France et se classe troisième du Tour de France remporté par le Suisse Ferdi Kubler dont il a longtemps contesté la supériorité, s’imposant avec panache dans l’étape reine Gap Briançon après avoir dominé l’Izoard qui deviendra son col fétiche.

En 1951 Louison devient une star internationale en s’imposant dans Milan San Remo et en s’octroyant le classement de meilleur grimpeur du Giro et un nouveau maillot de Champion de France. Échec sur le Tour face à un autre Suisse, l’élégant et stratosphérique Hugo Koblet. Mais Bobet gagne tout de même l’étape du Ventoux et en fin de saison il remporte le Tour de Lombardie, l’autre grande classique italienne.

Désormais les succès s’enchainent. Criterium national, Paris Nice, Grand Prix des Nations, Paris Roubaix, Tour des Flandres, Bordeaux Paris. Et surtout trois Tours de France consécutifs et un titre de Champion du Monde. Avec Van Steenbergen et Koblet il est le seul à pouvoir être comparé au Campionissimo, son idole de jeunesse. Même si en 1957, alors qu’il vient d’échouer pour seulement 19 secondes dans le Giro, il voit arriver un nouveau grand Champion Français, le Normand volant Jacques Anquetil qui s’impose dans le Tour dès sa première participation. Fausto Coppi l’avait prédit. Le désignant comme son successeur. Bobet, agacé, avait souri. Il savait que le temps jouait contre lui. Même s’il ne pouvait se résoudre à l’accepter. Après tout n’est-il pas toujours le numéro Un français ? Avec, outre ses victoires de légende, une personnalité hors du commun. Faite de courage, de finesse d’esprit, de culture et d’élégance.

Étrangement la fin de carrière de Louison sera marquée par le drame. Comme celle de Fausto qui s’est éteint le 2 janvier 1960. Le 15 décembre de l’année suivante il est victime d’un terrible accident de la route alors qu’il revient de Belgique. Les nombreuses fractures aux jambes et aux chevilles vont précipiter sa retraite sportive qu’il annonce en aout 1962. Mais sa reconversion sera à la hauteur du personnage. Glorieuse et victorieuse. Découvrant les bienfaits de la thalassothérapie lors de sa rééducation, Louison Bobet ouvre le premier centre moderne de thalasso à Quiberon. Il se déplace désormais dans son avion personnel, se transforme en homme d’affaire et de culture, transposant à la vie civile toutes les valeurs de courage d’intelligence et de classe qui ont caractérisé sa vie de champion. Souvent incompris par le milieu cycliste, Louison Bobet est mort prématurément en 1983, terrassé par un cancer. Il avait 58 ans et ne rêvait que de prendre à nouveau son vélo pour partir rouler avec son frère Jean.

S.L.
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