L’excellence française

Look a récemment dévoilé sa nouvelle arme de guerre dédiée à la montagne et la compétition. Baptisé 785 Huez, vous devinerez qu’il a été présenté à la presse à l’Alpe d‘Huez. Ce cadre est le plus léger jamais conçu par la marque nivernaise, on se doute qu’elle a mis tout son savoir-faire et sa technologie dans ce petit bijou. Disponible en deux versions Huez et Huez RS, nous avons évidemment choisi le modèle le plus exclusif. 

Un ensemble cadre-fourche à 1 kg !

C’est bien une première chez Look qui parvient à proposer un cadre sous les 800 grammes. Bien en dessous des 800 grammes d’ailleurs car dans notre taille d’essai (S), le cadre pèse tout juste 730 grammes. Ajoutez une fourche à 280 grammes non coupée et vous arrivez à un ensemble de tout juste 1 kg. De quoi en faire le roi de la grimpette. Mais pas seulement car au vu des dernières réalisations de Look, nul doute que la rigidité doit être d’excellent niveau, ce qui ferait du 785 Huez RS une parfaite machine à tout faire.

Look annonce avoir travaillé particulièrement sur l’assemblage de divers types de fibres de carbone et de résines. Tout cela pour un total d’environ 260 pièces qui constituent ce cadre. Au niveau de la fibre utilisée, c’est un mix entre fibre haut module avec respectivement 50 % de fibre 30T, 13 % de fibre 46T et 10 % de la très dure et cassante fibre 90T. Le tout renforcé de fibre haute résistance avec 15 % de fibre 24T et 12 % de fibre 12T. Vous l’aurez compris, c’est ici que l’expérience du composite entre en compte pour concevoir un châssis performant, léger et rigide. Car l’alliage de ces trois données apparemment contraires ne peut être que le fruit d’une parfaite alchimie entre les différents ingrédients.

Beaucoup de technologie dans le carbone mais un cadre à l’apparence classique

Eh oui, ça change des modèles 695 et 795 à l’apparence futuriste. Ici Look a conservé un serrage de tige de selle à l’ancienne, par collier. La tige de selle est ronde et d’un diamètre de 27,2 mm pour aller chercher du confort et favoriser le gain de poids. Même chose à l’avant avec un poste de pilotage non intégré, à l’ancienne.

Côté intégration, les câbles et gaines passent en interne. Sur notre version en Sram eTap (sans fil), seules les gaines de freins sont visibles. Il est dommage que Look ne propose pas une version de son cadre spécialement adaptée aux groupes électriques, ce qui nous épargnerait les disgracieux bouchons en caoutchouc qui bouchent les trous de passage des habituels câbles de dérailleurs.

Un équipement techno et high-tech

À vrai dire on n’imaginait pas ce nouveau 785 Huez RS monté différemment. Cette livrée exclusive aux couleurs du Team Fortuneo-Oscaro reprend exactement l’équipement que l’on retrouve sur les machines des coureurs professionnels.

Tout tourne autour du groupe électrique sans fil Sram Red eTap. On commence à bien le connaître. C’est le plus léger des groupes électriques et son mode de fonctionnement est assez atypique.

Levier droit pour descendre les vitesses, levier gauche pour les monter et les deux leviers en même temps pour changer de plateaux. On s’y fait très vite d’autant plus que l’ergonomie des leviers est excellente. Elle ressemble assez aux anciens leviers Campagnolo, en plus modernes, plus ergonomiques. À l’heure du disque et de leurs proéminents leviers, ça fait du bien de retrouver le frêle Sram eTap. La précision du changement de vitesses est de haut niveau et on sent bien qu’au fil des mises à jour logicielles que propose Sram, l’eTap se bonifie. Le temps de réaction qui influe directement sur la perception de rapidité du changement de vitesses a progressé et est désormais quasiment au niveau d’un Di2 ou d’un EPS, ce qui est une réelle performance !

Seuls les freins se montrent moins convaincants. Leur réglage n’est pas des plus aisé, et ils manquent de « mordant » lorsqu’on souhaite un freinage fort. La sensation est spongieuse. On peut améliorer cela en jouant avec les patins de freins mais Sram pourrait certainement progresser sur ce petit défaut qui a toujours été l’apanage du Red. Peut-être une manière de pousser les cyclistes vers leur disque… 

Look développe ses propres pédaliers sur ses machines haut de gamme et c’est le Zed 2 qui est ici monté. Un pédalier qui est un véritable chef-d’œuvre de technologie et d’ingénierie. Entièrement monobloc, il requiert une boîte de pédalier d’un diamètre de 65 mm pour passer littéralement à l’intérieur et être monté. La rigidité est tout bonnement exceptionnelle, ce qui garantit un transfert d’énergie parfait. On peut aussi monter des adaptateurs pour équiper le 785 d’un pédalier plus classique mais nous ne saurions trop vous conseiller de garder le pédalier Zed 2. D’autant qu’au bout de ses manivelles, vous avez un insert trilobe qui permet de faire varier la longueur effective des manivelles en passant de 170 à 172,5 et 175 mm. Magique !

On termine le tour des équipements de notre 785 Huez RS avec le train roulant lui aussi français et exceptionnel. Les très exclusives Corima 32mm S+ MCC qu’il est bien rare de trouver en première monte. On peut d’ailleurs saluer le courage de Look d’équiper ainsi le 785. Les MCC sont des roues entièrement en carbone à conception spéciale équipées de seulement 12 rayons à l’avant et à l’arrière. Des roues dont la rigidité atteint des sommets surtout en rapport à leur poids plume. De petites merveilles ! On aurait pu souhaiter mieux que les boyaux Continental Sprinter. Des Competition Ltd (pour rester chez Continental) auraient avantageusement pris leur place. Un point à faire évoluer !

Rigidité, efficacité pour la compétition. Performance absolue

Dès la mise en selle, ce Look ne se cache pas et met tout de suite dans le bain. Il ne s’embarrasse pas d’une quelconque amabilité.

Le positionnement est parfait pour un coursier comme moi. Avec en plus une douille de direction légèrement rehaussée, idéale pour mieux grimper. On est bien revenu des douilles ultra-basses, adoptées il y a quelques années par les coureurs professionnels. L’idéal étant avant tout de se sentir bien. J’ai souvenir d’une époque maintenant révolue où j’utilisais sur mon vélo de service Bottecchia une potence plongeante de 140 mm…

Le cadre est compact et se manie avec facilité. Le comportement en danseuse est très agréable, le vélo aime se balancer, très naturellement. Les boyaux Continental, d’ordinaire plutôt durs, se marient bien aux roues et au cadre, formant un ensemble loin d’être inconfortable. On sent bien que Look a travaillé ce point, car même si le vélo reste dur, il ne secoue pas pour autant. L’ergonomie du cintre est parfaite. Associé aux leviers eTap, le poste de pilotage forme un ensemble confortable et sécurisant, en plus d’être esthétique.

Du côté de l’assise, rien à redire de la selle SLR, en tout cas pour ma part. Certainement que les fessiers plus imposants la trouveront un peu « light » et étroite mais pour les petits gabarits, elle se révèle idéale, une valeur sûre. La tige de selle de faible diamètre (27,2 mm) contribue à la sensation de filtration contrôlée des vibrations. À l’arrêt, en appuyant sur le dessus du vélo, on la voit bien fléchir. En pédalant, aucune sensation de perte de puissance de ce côté, c’est simplement parfait. En plus, son réglage est aisé, du tout bon.

Sur le plat, le 785 Huez RS file avec facilité. La sensation de grande rigidité prédomine. On évolue facilement mais je n’irai pas jusqu’à dire que le vélo est facile. Je le trouve même un poil exigeant et je suis pourtant assez bien entraîné. On arrive facilement à une bonne vitesse, mais la maintenir requiert qu’on s’emploie un minimum. Même ressenti en montée. La machine est capable de grimper très très vite mais demande une dose d’énergie assez considérable. Pas le droit à la relâche sous peine de se faire distancer. L’explication tient peut-être dans la rigidité globale de l’ensemble, bien conséquente.

Pour en avoir le cœur net, j’ai essayé le 785 Huez RS avec d’autres roues que je connais bien, les Zipp 202 NSW. D’excellentes roues, faciles à emmener, légères et rigides juste comme il faut.

Le vélo se retrouve transfiguré. Il passe de pure machine de compétition, assez difficile d’accès (pour qui souhaite rouler vite) à vélo facile à appréhender, facile à relancer et facile à emmener sur tous types de terrains. Sans compter que le confort progresse encore.

En descente, le comportement ne souffre d’aucune critique. Il faut juste veiller au bon placement de la machine dans les grandes épingles abordées à vive allure en tenant fermement avec la cuisse le vélo. Il en est de même sur la plupart des vélos très légers. La frêle fourche de tout juste 280 grammes surprend par sa tenue et sa précision. Arriver à un tel résultat sur une pièce si importante ne peut être que salué voire applaudi. Seul le freinage mériterait plus de mordant, une question d’habitude sans doute, d’autant plus que nous avons utilisé les patins adaptés aux roues lors de nos essais.

Une machine très attachante…

Look a conçu un cadre très rigide et le montage avec le train roulant Corima MCC (des excellentes roues de compétition, par ailleurs) fait du 785 Huez RS une machine assez exclusive. Le choix de roues plus classiques transfigure son comportement, le rendant bien plus accessible et polyvalent. On pourrait imaginer l’équiper des Corima 32mm S+ à rayons inox pour rester en France. À boyaux bien sur ! Ce qui par la même occasion ferait baisser le tarif de quelques milliers d’euros…

Pour le reste, le 785 Huez RS est très abouti et est certainement le meilleur grimpeur de la gamme Look. On peut même le compter parmi les meilleurs grimpeurs du peloton, si équipé des bonnes roues.

Le 785 c’est aussi ça, la possibilité de s’offrir deux vélos différents avec le même cadre. D’un côté une pure machine de guerre qui ne pardonne pas grand-chose et de l’autre côté un vélo conciliant, facile et confortable avec lequel on peut prendre beaucoup de plaisir sans chercher à rouler vite. Assurément c’est le vélo qui manquait chez Look !

Poids : 6 kg – Tarif : 9999 euros 

Sur le circuit d’essai Top Vélo

Après l’épisode de canicule, une accalmie s’est fait sentir, rendant la température idéale pour réaliser un bon chrono sur notre circuit d’essai. Le 785 Huez RS est rutilant, prêt à en découdre. Il faut dire qu’il aime ça, le bougre. La castagne c’est son truc !

Pas de vent aujourd’hui, ça part donc très vite, presque tout à droite.

Les Corima MCC ont bien progressé au niveau de l’aérodynamisme, rendant bien plus facile l’évolution sur du terrain plat ou en descente. Sur la roue avant, le passage à des rayons plats en lieu et place des rayons ronds a été plus que significatif sur ce point, sans aucune perte de rigidité. Une réelle performance. Mains en bas, l’ergonomie du Sram eTap est simplement parfaite. Sa précision de fonctionnement aussi, tout comme le silence de la transmission.

Au passage des deux dos d’âne, le confort est viril mais pas sec. J’entends par là que l’ensemble cadre-roues est très rigide mais fonctionne de concert, ce qui influe directement sur le ressenti des chocs. Sec mais ouaté en même temps. Je file à bonne allure, bercé par le chuintement des boyaux sur l’asphalte.

Freinage et virage à droite, la montée se profile devant moi. Je trouve le freinage toujours un peu spongieux, manquant de mordant sur le moment. Je garde le grand plateau et bien aidé par le vélo, je passe la première partie de la côte à l’injection, à bloc. C’est la première fois que je suis réellement à 100 % avec ce Look et les sensations sont très bonnes. Enfin il faut quand même avoir des jambes car je l’avais bien senti lors de mes essais ces derniers jours, le 785 Huez équipé du train roulant Corima MCC ne pardonne pas. Une erreur de braquet et vous vous retrouvez facilement en travers. Mais pour aller vite, sans se poser de questions, c’est un sérieux candidat. Je le verrai bien dans un chrono en bosse…

Je récupère dans le replat sans toutefois me reposer totalement car le chrono tourne et j’arrive rapidement dans la seconde partie, plus dure et près de deux fois plus longue que la première. Au bout d’environ 100 mètres, je repasse sur le petit plateau, sans soulager la transmission. Ça passe sans craquer, en un éclair. J’essaie de conserver une grosse cadence de pédalage car les jambes commencent à brûler et j’ai peur de me retrouver un peu court face au vélo et à la pente. J’alterne entre la position assise et debout sur les pédales. Presque au sommet, j’essaie de relancer histoire de terminer le plus vite possible. Cette bosse ne pardonne pas, le pourcentage ne faiblit jamais et se situe aux alentours de 15 %. Un mur.

La rigidité est toujours de très haut niveau. Je pourrais même la qualifier d’exceptionnelle pour un cadre si léger. Nul doute que l’adoption du boîtier de pédalier au format BB65 associé au pédalier Zed 2 contribue largement à ce ressenti. Sur le plat, au sommet, je repasse sur le grand plateau pour atteindre une vitesse d’environ 40 km/h. Allure de croisière jusqu’à la descente, avant d’entamer la dernière montée.

Cette descente comporte un virage assez dangereux, sur la gauche. En plus de la faible visibilité, on arrive lancé à pleine vitesse. Pour prendre ce virage efficacement, il faut freiner tard et fort, puis commencer à virer au moment même où on relâche les freins. Évidemment il faut des freins puissants et modulables pour ne pas déraper. Avec mon faible poids, il est bien rare que je rencontre des problèmes de freinage. Pour une fois, je me suis un peu fait peur devant le manque de mordant flagrant du freinage. Un bon ralentissement, en aucun cas un freinage d’urgence. Assez limite. Ayant déjà parcouru plusieurs milliers de kilomètres avec les roues Corima que je connais très bien, je doute qu’elles soient en cause. Même chose pour les freins Sram, qui même s’ils ne sont pas les plus rigides du marché, font leur travail efficacement. Je pense plus aux gaines Jagwire qui semblent se détendre et s’écraser à chaque action sur le levier. Ça y est, je suis dans la dernière montée. D’habitude, je l’aborde petit plateau puis repasse sur le grand si je me sens bien, aujourd’hui je tente de passer entièrement sur le grand. Et ça passe. Je croise la chaîne au début puis, trouvant mon rythme, finis sur le milieu de la cassette, en danseuse. L’efficacité du vélo dans cette configuration est maximale !

Dernière descente, sans aucun freinage. La stabilité du vélo m’emballe, ça ne bouge vraiment pas, je suis en pleine confiance. À ce propos, petit retour sur le cintre qui m’avait emballé dès les premiers mètres parcourus. En position mains en bas, il se révèle aussi parfait, permettant d’attraper les leviers de freins facilement et offrant une bonne et sécurisante tenue des mains.

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