Campagnolo Ekar AD
Les champions des Champions

Dans cette période de confinement, avec la mort par pandémie en filigrane, l’heure est au retour sur soi-même et d’autres soi-même. Famille, amis, héros…
Pour les cyclistes que nous sommes le défi est aussi de se souvenir de ces champions qui ont fait l’histoire. Top Vélo a décidé de vous proposer leur histoire après guerre. Ils sont 12+1…
Laissez-vous porter par l’épopée, puis faites votre propre sélection et donnez- nous votre classement (vote en ligne et un tirage au sort après publication du dernier article).
Les quatre lauréats se verront remettre 3 casques Ekoï et un maillot Campagnolo collector dédicacé par Valentino Campagnolo en personne.

12+1

Sans être superstitieux, nous nous sommes arrêtés au chiffre de 12 + 1 pour présenter notre panorama des plus grands champions cycliste depuis l’après-guerre. Référence métaphysique au grand écrivain italien Leonardo Sciascia et à son extrême prudence face au destin.
Référence aussi à Raphael Geminiani, adepte d’une autre métaphysique, qui ne défiait le destin que si nécessaire absolument. Témoin le formidable et insensé défi lancé avec l’immense Jacques Anquetil, le mythique doublé Dauphiné – Bordeaux-Paris de 1965.
Ils sont 12 donc, tous pluri-vainqueurs de grands tours et tous auteurs d’exploits devenus légendes.
12 + 1, car il est selon nous impossible et absolument hypocrite de passer sous silence les exploits hallucinants et pour tout dire « surhumains » réalisés par le survivant du cancer, Lance Armstrong le maudit.
Cette suite de chapitres glorieux de l’histoire du cyclisme moderne constitue selon nous le préalable indispensable à qui veut réellement comprendre le sport le plus formidablement romantique qui soit. Un rappel à l’histoire aussi, à l’usage des plus jeunes le plus souvent ignorants de l’histoire de leur propre sport.
De Gino Bartali et Fausto Coppi à Chris Froome, voici leur histoire.

1. GINO BARTALI, LE PIEUX

Grimpeur d’exception, puncheur assassin, homme profondément pieux et fidèle, le toscan à la voix rauque et au style inimitable représente la quintessence des temps anciens et de l’époque moderne du cyclisme. Des années durant il fut l’adversaire majeur du Campionissimo Fausto Coppi. Proche du Vatican, il passa une partie de la seconde guerre mondiale à participer au sauvetage de centaines de juifs pourchassés par les nazis ayant envahi l’Italie à compter de 1943. Ce qui lui vaut de voir son nom figurer sur le Mémorial de Yad Vashem.

2. FAUSTO COPPI, LE CAMPIONISSIMO

Au-delà de son incroyable palmarès, au-delà de sa légende fantastique et tragique, au-delà de ses exploits d’anthologie, cet athlète hors norme est considéré tout simplement comme le plus grand champion cycliste de tous les temps. C’est ce qu’affirment sans détour tous ceux qui l’ont connu. Dirigeants du Tour ou du Giro comme Jacques Goddet ou Vincenzo Torriani, industriels ou compagnons de route comme Valentino Campagnolo ou Raphaël Geminiani, journalistes ou écrivains comme Curzio Malaparte ou Pierre Chany.
Sur route ou sur piste, dans les cols comme dans les contre la montre, dans les classiques comme sur les grands tours, il fit preuve des années durant d’une inimaginable supériorité. Justifiant ce surnom de Campionissimo autrefois inventé pour son compatriote Costante Girardengo.

3. LOUISON BOBET, LA CLASSE ABSOLUE

Compagnon de route et de modernité du Campionissimo Fausto Coppi, premier grand champion français de l’après-guerre, incarnation du courage et de la vertu, Louis Bobet fut le premier à vaincre à trois reprises consécutives le Tour de France. Destin lumineux pour le petit mitron breton de Saint Méen en une époque où les adversaires se nommaient Bartali, Coppi, Gaul puis bientôt Anquetil, Rivière ou Baldini. Il reste de lui l’image polychrome d’un homme conjuguant l’élégance et l’intelligence pour redonner fierté et goût de la victoire à un peuple durement éprouvé par la guerre.

4. JACQUES ANQUETIL, L’HERITIER
A ceux qui lui demandaient qui serait son successeur, son héritier, Fausto Coppi répondait en souriant que ce n’était pas un Italien. Il songeait à ce jeune prodige français qui venait coup sur coup s’imposer à 18 ans dans le Grand Prix des Nations et dans le Grand Prix de Lugano, Jacques Anquetil. Nous étions alors durant l’hiver 1953/1954. En octobre le Campionissimo avait reçu chez lui à Novi Ligure ce « Normand volant ». Fausto, qui venait de revêtir son premier maillot arc en ciel, était alors au sommet de la gloire. Mais dans un étrange pressentiment, qui lui dictait la recherche métaphysique d’un nouveau roi, il distingua chez le jeune champion au visage d’ange et au style incomparable, celui seul qui pourrait un jour prétendre au trône.
5. FELICE GIMONDI, LE MESSIE
Vainqueur l’année précédente du Tour de l’avenir, le jeune italien Felice Gimondi s’impose dans le Tour de France 1965. Il a triomphé avec classe et panache d’un Raymond Poulidor qui pensait avoir enfin le champ libre puisque Jacques Anquetil n’était pas cette fois au départ. Douloureuse surprise pour le public français. Magnifique nouvelle pour les tifosi qui attendaient sans trop y croire un successeur au Campionissimo. Dès cette première saison professionnelle, le jeune Bergamasque au maillot céleste Salvarani est devenu pour eux le Messie. D’autant qu’il court avec attaché à la cheville une cordelette de chanvre trouvée dans une grotte miraculeuse.
6. EDDY MERCKX, LE CANNIBALE

A lui seul Eddy Merckx compte plus de victoires que Fausto Coppi, Louison Bobet et Jacques Anquetil réunis. 625 succès au total, dont 525 sur route et 98 sur piste. Un palmarès gargantuesque qui justifie à lui seul son surnom évocateur de « Cannibale ». Champion de son époque c’est certain. Mais cette avalanche impressionnante de bouquets fait-elle pour autant de lui le, Champion des Champions ? Ce n’est pas l’avis de ceux qui ont connu tout à la fois Eddy, Fausto, Louison et Jacques. Ce n’était pas non plus celui de trois champions rebelles, eux aussi entrés vivant dans la légende du sport. Felice Gimondi, Roger De Vlaeminck et Luis Ocana…
Retour sur l’incroyable saga d’un surhomme ayant fait de sa carrière le plus fou des champs de bataille.

7. BERNARD HINAULT, LE GUERRIER
Même si Lucien Aimar et Bernard Thévenet avaient assuré l’intérim, même si Raymond Poulidor n’avait jamais renoncé, la France attendait avec impatience celui qui serait le véritable successeur de Jacques Anquetil. C’est dire si l’avènement de Bernard Hinault, guerrier iconoclaste et rebelle, soulèvera une vague d’enthousiasme. Vainqueur de 5 Tours de France, comme Anquetil justement, Hinault deviendra très vite Le Champion de son époque. Éclaboussant de sa classe et de sa volonté aussi bien les classiques que les grandes courses à étapes. De 1976 à 1986 le peloton international va ainsi apprendre à vivre sous le règne d’un monarque breton absolu et sombre ayant décidé de tracé au cordeau sa carrière sans jamais accepter de dévier ou de subir.
8. LAURENT FIGNON, LE MAGNIFIQUE

Blonde queue de cheval, bandeau de tennisman et petites lunettes rondes à la John Lennon, voilà l’image que les fans de cyclisme ont conservée de Laurent Fignon. Intello du peloton, dandy arrogant des conférences de presse, redoutable puncheur et perfectionniste à l’extrême, le Parisien fut de 1983 à 1993 l’incarnation d’une nouvelle génération de champions cyclistes. A son palmarès figurent notamment deux Tours de France, un Giro, deux Milan San Remo et un Championnat de France. Terrassé par un cancer, il a quitté la scène en 2010 à l’âge de 50 ans. Non sans avoir ému la France entière qui vécut en direct sur les antennes de France TV ses derniers jours de commentateur et de sportif lors du Tour 2010.

9. GREG LEMOND, L’AMERICAIN

Apprécié du public français en dépit de ses relations tendues avec Hinault et Fignon, honni du public américain qui lui reproche ses prises de position anti-Armstrong, en délicatesse avec le peloton et notamment avec Chiapucci et Contador, LeMond est un champion controversé mais évident. N’a-t-il pas remporté trois Tours de France et deux Championnats du Monde ? Après l’annulation inimaginable des sept victoires du Boss, il demeure le seul Américain à s’être imposé dans la Grande Boucle. Souriant mais distant, abordable mais secret, disponible mais réservé, le Californien demeure un mystère. Même et surtout pour ceux qui l’ont rencontré…

10. MIGUEL INDURAIN, LE SEIGNEUR

Vincenzo Torriani, le mythique directeur du Giro, l’affirmait à ses visiteurs venus le rencontrer dans son bureau milanais. Il n’avait connu dans sa longue carrière que trois véritables Seigneurs du peloton. Fausto Coppi, Jacques Anquetil et Miguel Indurain. Avec sa haute et puissante stature de Dieu grec, le champion Espagnol demeure l’icône des temps nouveaux du cyclisme. Ses 5 victoires consécutives dans le Tour de France ne font pas tout. Sa personnalité d’athlète néo-classique, son sourire hiératique et sa classe le propulsent au tout premier rang dans la hiérarchie des champions de l’ère moderne.

11. ALBERTO CONTADOR, LE PISTOLERO

Grimpeur d’exception, attaquant infatigable, Contador est de la race des Ocana ou des Pantani. Irréductible et lumineux, il y avait en lui du Don Quichotte rebelle et fier. Bien que lourdement frappé par une suspension qu’il a toujours réfutée, sanction lui coutant un Giro et un Tour, le Pistolero peut se targuer d’un palmarès exceptionnel où figurent toujours deux Tours de France, deux Tours d’Italie et trois Tours d’Espagne. Après un ultime exploit sur les pentes mortelles de l’Angliru, il s’est retiré à 35 ans à l’issue de la saison 2017. Laissant orphelin son légendaire mécano personnel, le légendaire Faustino.

12. CHRIS FROOME, LE KENYAN BLANC
Discret jusqu’à l’absence, humble jusqu’à l’arrogance, grimpeur jusqu’à l’absurde, physiquement bizarre, il a fait de sa carrière un mystère symbolisé par une silhouette dégingandée s’acharnant à pousser sur un rythme fou de minuscules braquets générés par un plateau ovoïde. Avec un palmarès qui le place, quoiqu’en disent certains, parmi les meilleurs. Quatre Tours de France, deux Tours d’Espagne et un Tour d’Italie. Pas mal pour un athlète considéré à ses débuts comme le vilain « grand » canard de la bande.
12 + 1. LANCE ARMSTRONG, LE MAUDIT
Champion du Monde à 22 ans, revenu de l’enfer du cancer qui promettait de l’abattre, 7 victoires sur le Tour de France, boss du peloton avant d’en devenir l’exclu à jamais, Lance l’Américain a fait de sa vie un roman métaphysique à la James Ellroy. Immensément célèbre puis immensément méprisé depuis la révélation de son dopage…
Au fait quelle leçon peuvent sérieusement donner ses plus fervents accusateurs ? Coureurs, ils ont, pour la plupart, eux-mêmes été pris à plusieurs reprises dans les mailles élastiques du filet antidoping. Médecins ou membres de l’encadrement des équipes, ils ont plongé en même temps que leurs coureurs. Journalistes, ils n’ont probablement jamais passé en vainqueur une ligne d’arrivée.
Alors que reste-t-il de la légende dorée de Armstrong le maudit ? Lui qui visa la lune pour finalement s’écraser à terre lors d’une mémorable émission de télévision.
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