Campagnolo Ekar AD

Le Tour de Top Vélo

Chaque jour les humeurs, les ressentis,
les émotions du team Top Vélo sur la route du Tour.
Par Salvatore Lombardo – Photos Sirotti

6 juillet – Bruxelles

Bianchi domine Specialized

Dans le contexte hyper-festif d’une ville de Bruxelles folle de vélo et de Merckx, c’est Teunissen qui s’impose face à Sagan. Et donc Bianchi face à Specialized. Salvatore Grimaldi, le réinventeur de la marque devenue légendaire par la grâce du Campionissimo et du Pirate, peut laisser éclater sa joie.

7 juillet – Bruxelles

Bianchi domine Pinarello

Salvatore Grimaldi nous l’avait annoncé la veille après la victoire de Teunissen face à Sagan. « Nous allons aussi gagner le chrono ! »
A l’arrivée du chrono par équipe c’est chose faite. Le team Jumbo-Visma domine le team Ineos (ex-Sky) et Teunissen garde son maillot jaune. Cette fois Bianchi a battu Pinarello dans une formidable bataille italo-italienne.
Bonne nouvelle pour le camp français puisque Pinot et son équipe ont limité la perte de temps face aux favoris Thomas et Bernal. Par contre Bardet et les siens perdent plus d’une minute. Déjà…
Nibali sourit. Il annonce attendre jeudi et La Planche de belle fille. Première véritable arrivée au sommet. Il n’est pas le seul.

8 Juillet – Épernay

Julian le magnifique

Vers 18 h coup de fil de l’ami Patrick Chêne, l’inoubliable chroniqueur du Tour avec son complice et double vainqueur du Tour de France, Bernard Thévenet.
« Salvatore, Salvatore c’est Patrick. Je voulais une oreille amie pour cracher mon venin après l’arrivée de Julian à Épernay. Nos amis commentateurs TV ont fait preuve d’un amateurisme désolant. Encore une fois. Alors que Julian est arrivé avec 20 secondes d’avance, 20 SECONDES, ils ont annoncé qu’il fallait attendre pour savoir si notre beau champion français allait avoir droit au maillot jaune. N’importe quoi ! »
Évidemment, j’acquiesce. Il a bigrement raison l’ami Patrick. Et ce ne sera pas la première fois, hélas, que les commentateurs TV de service public vont avoir tout faux. Les réseaux sociaux en sont les témoins en colère…
Reste la merveilleuse victoire à panache d’un Julian Alaphilippe qui fait exploser un public français sevré de jaune depuis des années. Une victoire doublement tricolore puisque notre champion français, même s’il chevauche un vélo américain pour le compte d’une équipe belge, se pare de lunettes Ekoi, la belle marque française chère à Jean-Christophe Rattel.

9 juillet – Nancy

VIVIANI REDEVIENT VIVIANI

Le sprinter italien, que l’on annonce chez Cofidis l’an prochain, trainait sa misère de non-vainqueur depuis le dernier Giro. En triomphant du surpuissant Alexander Kristoff et du véloce Caleb Ewan à Nancy, le Champion Olympique retrouve sa position privilégiée dans le club fermé des meilleurs sprinters mondiaux. Et Specialized s’impose encore. Cette fois face à Colnago et à Ridley.
Évidemment Julian Alaphilippe conserve son maillot jaune. Et devant son écran de télévision Nacer Bouhanni, le Lorrain, souffre de sa non sélection dans une équipe Cofidis qui semble avoir déjà tourné la page. Mais Nacer se console en songeant que plusieurs équipes lui ont déjà fait des propositions. Dont deux prestigieux teams world tour.
10 juillet – Colmar

SAGAN CHEZ BARTHOLDI

Passage à Trois Épis, fief de Canyon France, pour le peloton du Tour à la veille de la première grande étape de montagne. Et victoire enfin pour Sagan qui, après avoir passé les bosses avec les meilleurs, s’impose chez Bartholdi. Cet Auguste Bartholdi, enfant de Colmar, à qui l’on doit rien moins que la Statue de la Liberté offerte par la France à l’Amérique.
Pas sûr que Peter connaisse Bartholdi. Même si lui aussi est un artiste !
Bon, tout le monde songe déjà au défi de la Planche de Belle fille. Belle bataille en perspective. Notamment pour Nibali qui connait bien ce sommet pour y avoir déjà triomphé.

11 juillet – Nos favoris

PLANCHE DES BELLES FILLES

Egan Bernal : Le jeune prodige colombien, sans doute le meilleur grimpeur mondial actuel, pourrait atomiser la concurrence. Reste à savoir si son équipe a bien prévu la guerre à outrance…
Thibaut Pinot : En grande forme, capable d’accélérations redoutables, le Français pourrait profiter de cette première véritable étape de montagne pour se tester et tester ses adversaires.
Romain Bardet : Le grimpeur auvergnat a perdu beaucoup de temps depuis le départ. Il doit absolument se replacer au général en attaquant. Mais où en est réellement sa forme ? Sur le Ventoux il y a quelques semaines, il a dû s’incliner.
Vincenzo Nibali : Le super champion italien, seul coureur en activité à avoir remporté les trois grands tours, est sorti en grande forme du Giro. Grimpeur de haut niveau, il connaît bien cette montée qui a déjà été le cadre de l’un de ses plus beaux exploits.

11 juillet – Planche des Belles Filles

CICCONE DU GIRO AU TOUR

Meilleur grimpeur du dernier Giro, où il s’est adjugé deux étapes dont celle dantesque du Gavia, Giulio Ciccone est parvenu à déposséder Julian Alaphilippe de sa tunique jaune dans la montée finale vers la Planche des Belles Filles. L’Italien a toutefois dû céder le victoire d’étape à son compagnon d’échappée, Dylan Teuns.
Côté pronostics, Top Vélo avait tout faux. On voyait Bernal, Pinot, Bardet ou Nibali passer à l’offensive. Il n’en aura rien été. Hélas. Mais si Bardet a sombré, comme Nibali ou Arù, Pinot a tenu son rang. Tout comme Quintana et surtout Thomas.
Côté vélos, c’est Merida et Trek qui sortent du lot aujourd’hui.
12 juillet – Chalon-sur-Saône

DYLAN APRES DYLAN
ROCK’N ROLL ATTITUDE

A l’issue d’une interminable étape, heureusement animée par le duo Offredo-Rossetto, et d’une interminable ligne droite, c’est le Bianchi boy Dylan Groenewegen qui s’impose au terme d’un sprint lui aussi interminable. Il devance Caleb Ewan et Peter Sagan qui conforte son maillot vert.
Côté matos, Bianchi s’offre une troisième victoire, cette fois devant Ridley et Specialized.
Chez les favoris, dont le nombre a diminué depuis La Planche des Belles Filles, c’est le statu quo. On attend…tout en rêvant d’espoirs de victoire pour Pinot et de revanche pour Bardet.
13 juillet – St Etienne

ALAPHILIPPE PINOT
LA CHEVAUCHEE FANTASTIQUE DES DEUX REBELLES

Julian Alaphilippe et Thibaut Pinot nous ont offert sur la route de St Etienne un numéro qui va demeurer dans l’histoire du Tour de France. En démarrant dans la dernière côte à 12 kilomètres de l’arrivée, au nez et à la barbe d’un peloton déjà réduit à sa plus simple expression, ils ont relancé l’intérêt et la passion. Leur combat fut de toute beauté. Comme le fut celui du vainqueur final, qu’il ne faut surtout pas oublier, Thomas De Gendt. Le guerrier de Ridley-Campagnolo, dernier survivant d’une longue échappée à 4, parvint contre toute attente à résister au duo de feu et à préserver 6 secondes sur la ligne.
EVIDEMMENT, JULIAN RETROUVE SON MAILLOT JAUNE !
14 juillet – Brioude

LE BONHEUR DU PUBLIC

Julian Alaphilippe n’en finit plus de goûter au bonheur du jaune et le public, de plus en plus transporté de joie, n’en finit plus d’encourager son héros. Sur les routes de Haute Loire, ce département nature cher à Romain Bardet, Julian le magnifique s’est chargé d’entretenir la flamme en conservant sans jamais s’affoler son maillot et son rang. Il est vrai que tout allait pour le mieux avec une échappée fleuve de seconds couteaux qui naviguait allègrement avec un quart d’heure d’avance sur un peloton cadenassé par les hommes de Bernal et d’Alaphilippe. A la fin l’échappée explosait et un duo se faisait la belle pour jouer la victoire. C’est le Sud-Africain Daryl Impey qui prenait le meilleur sur le belge Tiesj Benoot, et Scott sur Ridley. Quant à Bardet, il tentera bien un coup de force dans la dernière ascension, sur ses routes d’entrainement, mais les INEOS se chargeront sans pitié de le ramener à la raison…
15 juillet – Albi
LA FAUTE DE PINOT
L’AFFIRMATION DE VAN AERT
Nous pourrions parler de la 4ème victoire d’étape de Bianchi, avec la nouvelle démonstration de ce superbe coureur qu’est réellement Wout Van Aert. Mais c’est la guerre totale menée par les INEOS, les Deceuninck et les Movistar qui retient d’abord l’attention. Avec la faute de Thibaut Pinot qui s’est laissé piéger bêtement dans une bordure sur la route d’Albi. Et à la clé un débours lourd de conséquences à la veille d’attaquer les Pyrénées.
Par contre satisfecit pour Bardet qui aura su ne pas louper le train mis en marche accélérée par les coéquipiers de Thomas et Bernal. Et aussi pour Barguil que le maillot tricolore transfigure.
Observateur avisé, Thomas Voeckler est impitoyable, lui qui n’oublie pas de préciser que tout le monde connaissait les risques de bordure en cas de vent. De notre côté nous préférons sourire de la naïveté des Groupama FdJ. Et nous attendons les Pyrénées…pour savoir où en sont réellement les Français du général.
Sinon Julian le magnifique est toujours en jaune ! Qui s’en plaindra ?
17 juillet Toulouse… – Avant les Pyrénées
L’OURAGAN CALEB
LES PYRENEES ARRIVENT
Dylan Groenewegen était quasi certain de vaincre. Il allait gagner. C’était évident à moins de 20 mètres de la ligne à Toulouse. Puis est venu l’ouragan Caleb Ewan qui littéralement explosé sur la ligne. Incroyable victoire ! Superbe victoire pour Ridley et Campagnolo !
Mais l’essentiel est ailleurs. Avec les favoris qui se sont longtemps observés car l’on aborde aujourd’hui les Pyrénées. Et se pose une question lancinante. Julian Alaphillippe va-t-il résister encore un peu aux monstres de la montagne ?
Bernal souri de façon énigmatique. Thomas ne dit rien. Pinot et Bardet sont sur la réserve. Quintana, qui a chuté à 30 km de Toulouse, semble décidé à faire le job. Et quid de Martin et de quelques autres, dont le très arrogant Ciccone.
18 juillet – Bagneres-de-Bigorre
Tout ça pour ça…
Les Pyrénées accouchent d’une souris
Simon Yates, sur un Scott, triomphe de la première étape des Pyrénées. Une étape totalement escamotée par les favoris dans la course au maillot jaune. Et pourtant le parcours aurait permis toutes les audaces. Avec deux cols de première catégorie à gravir. Et un dernier sommet situé à moins de 30 km de l’arrivée. En vain. Yates s’impose face à deux survivants de l’échappée fleuve laissée couler par des favoris navrants. Julian Alaphilippe, toujours généreux en diable, reste en jaune pour l’instant. Son rêve de gloire survivra-t-il au chrono individuel de Pau ? Sur ces 27 km, Geraint Thomas et Egan Bernal tenteront un rapproché avant l’étape reine de samedi. Le jour où les masques tomberont enfin.
Pour sa part Nairo Quintana se contente de suivre avant de livrer bataille dans les étapes avec arrivée au sommet. Le leader de Movistar s’estime prêt pour le combat. Avec un optimisme qui dénote chez ce taiseux. Il est vrai qu’il vient d’annoncer son arrivée dans le team français Arkea-Samsic en 2020. Une équipe qui aura belle figure avec l’arrivée probable de Nacer Bouhanni et le maintien logique du Champion de France Warren Barguil.
19 juillet – Pau
Alaphilippe version campionissimo
les guerriers reprennent la main
Dire qu’il faut saluer l’incroyable et exceptionnelle performance de Julian Alaphilippe dans le contre la montre individuel de Pau est un euphémisme. Ce chrono d’un autre temps va permettre au Campionissimo français d’entrer dans l’histoire à 27 ans. Numéro Un mondial, vainqueur cette saison de Milan San Remo, des Strade Bianche et de la Flèche Wallonne, le maillot jaune lumineux du Tour 2019 a réalisé hier un exploit absolument fou. En mettant fin à trois décennies de disette tricolore dans les chronos puisque l’ultime victoire d’un français dans un chrono du Tour remontait à 1987 et Jean-François Bernard.
Survolté par son maillot jaune, concentré, motivé et en même temps décontracté car certain de sa force, Alaphilippe est parvenu à devancer l’archi-favori Geraint Thomas de 14 secondes à l’issue des 27 kilomètres d’un parcours exigeant et technique. Un coup de maitre qui lui permet de conforter encore sa place de leader au moment où la montagne arrive vraiment avec le Tourmalet.
A noter le très bon comportement de Pinot, en guerrier du chrono, et le naufrage de Bernal et de Quintana. Les deux Colombiens devront absolument attaquer s’ils veulent conserver une chance minime de podium
20 juillet – Tourmalet
Un sommet, deux heros !
Alaphilippe comme d’annunzio.
Pinot surpuissant.

L’immense poète en arme et en larmes Gabriele D’Annunzio avait pris l’habitude de prononcer cette phrase avant chaque nouvelle aventure : « Je sais que c’est impossible. C’est pourquoi je vais partir à l’assaut ».
Cette phrase en forme de maxime romantique convient à ce nouveau héros cycliste que toute la France découvre avec bonheur et enthousiasme, Julian Alaphilippe.
Ce qu’il réalise chaque jour depuis le début de ce Tour de France pas comme les autres tient à la fois du prodige et de l’incroyable. Par exemple parvenir à faire exploser la machine INEOS de Geraint Thomas sur le sommet du mythique Tourmalet après s’être imposé la veille dans un chrono d’anthologie. Ou encore se dépenser sans jamais s’économiser pour le seul plaisir d’offrir au public un spectacle digne de la légende de la première course du monde. Et donner ainsi à ce même public un espoir de plus en plus grand. Car après ces deux derniers jours tous les espoirs de victoire sont offerts au héros. Au héros numéro Un s’entend. Car il y a un héros numéro deux. Le rebelle Thibaut Pinot, surpuissant triomphateur au sommet du Tourmalet. Avec encore plus de regrets d’avoir laissé filer autant de temps lors de la tristement fameuse bordure…Une erreur stratégique majeure dont il n’est pas vraiment responsable.
En vue des Alpes l’Empire INEOS semble menacé de toutes part. Avec des leaders et des équipiers ayant perdu soudainement de leur superbe. Thomas scotché à la route et Bernal en deçà des prétentions annoncées.
Reste Romain Bardet qui a navigué hier à 20 minutes de la gloire. Ce merveilleux coureur est à 200% au-dessous de son potentiel. Restera-t-il en course ? Et pourquoi faire ?

21 juillet – Foix
Quand Simon Yates double la mise
Pinot remonte et Alaphilippe résiste.

Chez les jumeaux Yates c’est décidément Simon qui prend le pas sur Adam. Déjà vainqueur d’une Vuelta et de plusieurs étapes du Giro, Simon Yates s’impose de belle manière au sommet de l’inédit Prat d’Albis. Signant ainsi son second succès en trois jours sur un Tour 2019 où il devait surtout épauler son frère.
Le grimpeur britannique s’est échappé de belle manière avant la montée finale et il est parvenu à résister à la remontée folle des favoris lancés dans une bataille d’envergure. Avec un Thibaut Pinot, second de l’étape, qui réalise à la fois le meilleur temps de la grimpée et une superbe remontée au général.
De son côté le valeureux Julian Alaphilippe a dû laisser filer une trentaine de secondes sur la fin de l’ascension. Mais il demeure toujours solide maillot jaune. D’autant que la journée de repos va lui permettre de récupérer avant la dernière semaine et les Alpes.
Très touché par sa contre-performance de la veille, certainement hors de forme physique ou psychologique, Romain Bardet s’est offert une échappée en compagnie notamment d’un autre champion en retrait, le Colombien Nairo Quintana. En vain. Mais le geste de fierté était beau. Bardet c’est Bardet.
Côté vélo, c’est Scott qui l’emporte devant Lapierre et Canyon.

23 juillet – Nîmes
Caleb Ewan s’offre le Doublé !

Chemin de croix annoncé pour les sprinters avec les Alpes qui arrivent. Mais avant il y a Nîmes et Gap. Pour d’ultimes défis entre les géants du sprint.
A Nîmes, dans la canicule et l’enthousiasme populaire, c’est Caleb Ewan qui s’impose sans problème face à Elia Viviani, Dylan Groenewegen et Peter Sagan. La bombe australienne s’offre ainsi un beau doublé qui réjouit Ridley et Campagnolo, ses équipementiers. A noter que pour Ridley et Campagnolo les raisons de se réjouir sont multiples puisque c’est un coureur maison qui porte actuellement le maillot à pois de meilleur grimpeur du Tour.
Reste l’enthousiasme et même la ferveur du public qui avec l’affirmation de Julian Alaphilippe, toujours en jaune, et de Thibaut Pinot, dans la forme de sa vie, retrouve le goût du Tour d’antan.
Côté pronostics, il faut noter le 20/20 donné à Pinot par Faustino Coppi, le fils du Campionissimo. Un Faustino Coppi qui sera sur la route du Tour dans les Alpes pour encourager son favori français et ses amis Nibali et Arù qui viseront la victoire d’étape.

24 juillet – Gap
Matteo Trentin Roi d’Europe
en attendant Vars, Izoard et Galibier

4ème victoire d’étape pour Scott. Cette fois c’est le Champion d’Europe Matteo Trentin qui s’y colle. Spécialiste des grands Tours, avec notamment 4 victoires d’étapes dans la Vuelta, 1 dans le Giro et 3 sur le Tour de France, le flamboyant coureur italien a gagné à Gap avec panache. Et c’est en solitaire qu’il a franchi la ligne dans la capitale des Hautes Alpes après s’être défaits des 32 autres coureurs qui composaient avec lui l’échappée fleuve du jour. Pour sa marque de cycles, Scott, c’est le jackpot.
Naturellement le public songe à l’étape de Valloire et ce qui pourrait être le grand défi de Julian Alaphilippe toujours en jaune. Du départ à Embrun jusqu’à l’arrivée à Valloire, trois monuments attendent le peloton. Les cols de Vars, d’Izoard et du Galibier. Une guerre totale est prévisible. Avec deux Français en première ligne. Et des guerriers dangereux en embuscade.

25 juillet – Valloire
Quintana, Bardet !
Les champions sont éternels !

A huit kilomètres du sommet de l’éternel Galibier, le petit grimpeur colombien s’est lancé à l’attaque. Depuis l’arrière du petit groupe des échappés où il jouait l’attente, entre mélancolie d’un avenir que certains lui décrivait sombre et espoir de résurgence face à son jeune compatriote Bernal, l’Indien a surgit. Dans son style inimitable, emmenant un braquet de dingue, il a immédiatement creusé l’écart. Sans jamais faiblir, sans jamais regarder en arrière, sur de son fait, concentré sur son effort, l’esprit tourné vers l’arrivée à Valloire là-bas au creux de la vallée. Cette vallée où l’attendait, sans qu’il le sache, Faustino Coppi, le fils du Campionissimo. Un Faustino en quête éternelle de la gloire de son père, le Campionissimo qui avait hanté ces sommets alpins autrefois aux côtés du grand Louison Bobet.
Tandis que Nairo le taiseux finalisait son formidable triptyque, après le Portet l’an dernier et le Semnoz en 2013, un spectacle fabuleux et enthousiasmant se jouait derrière lui. Avec l’admirable sursaut d’orgueil de Romain Bardet qui signait lui aussi un exploit à sa mesure de champion. Sous le regard ému de son père, venu le matin même sur le Tour, Romain franchissait la ligne en seconde position et s’emparait du maillot à pois. Cette symbolique tunique chère au public français depuis les exploits légendaires de Richard Virenque.
Oubliant ses déboires, se ressourçant dans la souffrance et le défi, l’Auvergnat a sans doute fait un come-back qui restera dans les annales. Et dire que le matin même nombreux étaient les commentateurs à se demander pourquoi le leader d’AG2R La Mondiale n’abandonnait pas. Les mêmes commentateurs qui se gaussaient de l’annonce du recrutement de Quintana par Arkea Samsic à compter de 2020.
La réponse est simple. Les Champions sont éternels, comme les diamants.

26 juillet – Tignes
Bernal sur l’Iseran
L’avènement !

Son père l’étreint au pied du podium protocolaire. Il l’a longuement embrassé puis a tracé le signe de croix sur son maillot jaune. Le maillot jaune de son fils prodige. Egan ! Egan qui a 22 ans vient, à la manière d’un Coppi, d’un Anquetil ou d’un Merckx, d’imposer sa loi et sa jeunesse sur un peloton médusé.
Déjà vainqueur cette saison d’épreuves aussi prestigieuses que le Tour de Suisse ou Paris-Nice, le Colombien d’INEOS bouleverse littéralement l’ordre établi pour imposer sa jeunesse et sa classe.
Fils modeste d’un pays qui génère des champions comme d’autres des révolutions sociales ou culturelles, le nouveau maillot jaune ne doit rien à personne. Pas même à son équipe, toujours aussi peu appréciée du public. Pas même aux circonstances qui ont privé Chris Froome de Tour. Pas même à son leader proclamé, le grand Geraint Thomas qui peut sans nul doute dire merci aux éléments de lui avoir évité l’ultime grimpée. Cette pente définitive où Egan le mélancolique aurait sans nul doute creusé davantage encore les écarts avec les autres. Tous les autres.
La prise de pouvoir d’Egan Bernal n’est pas une péripétie que l’on pourrait oublier sitôt passée l’étape des Champs. Il s’agit d’un avènement. Et donc d’un règne qui s’ouvre. La Colombie peut exulter. Elle avait des champions. Elle a désormais son Campionissimo.

27 juillet – Val Thorens
Nibali bravissimo !
Bernal dans l’histoire

Dernier opus montagneux d’un Tour de France 2019 passionnant, l’étape Albertville-Val Thorens aura marqué les esprits à plus d’un titre.
Avec un superbe numéro du grand Vincenzo Nibali qui vient s’imposer au sommet de Val Thorens avec la manière. Au crépuscule de son exceptionnelle carrière, le champion italien s’offre une victoire de prestige dans ces Alpes qui lui ont toujours réussi. Seul coureur en activité à avoir remporté les trois grands Tours, le Sicilien est une légende. Sa victoire est un exemple pour les nouvelles générations. Comme d’ailleurs la seconde place du Champion du Monde Alejandro Valverde.
Avec l’incroyable débauche d’énergie d’un Julian Alaphilippe vraiment épatant. Il échoue à préserver une place sur le podium, mais se classe finalement cinquième.
Avec le maillot à pois conquis par un Romain Bardet lumineux en dépit de sa déception au général.
Avec enfin la victoire finale d’un Egan Bernal exact au rendez-vous de l’histoire.

28 juillet – Champs Élysées
Caleb Ewan puissance trois
Bernal dans l’histoire
Pinot le beau dommage

Après Toulouse et Nîmes, Caleb Ewan a triomphé sur les Champs Élysées, décrochant ainsi l’étape reine des sprinters. Alors qu’il dispute son premier Tour de France, l’Australien a littéralement éclipsé ses rivaux dans les cent derniers mètres. Offrant à Ridley et à Campagnolo un nouveau succès de prestige.
De son côté Egan Bernal est tout simplement entré dans l’histoire en remportant à 22 ans seulement un Tour destiné à faire légende. Offrant la gloire éternelle à son pays, la Colombie, et à son constructeur Pinarello l’occasion de célébrer sa quinzième victoire dans le Tour de France.
Mais à l’heure du bilan sportif c’est bel et bien la France qui tire son épingle du jeu. Avec trois noms en forme d’affirmation du retour au premier plan du cyclisme tricolore. Alaphilippe, évidemment, avec deux victoires d’étapes et quatorze jours en jaune.
Bardet, finalement, qui sauve son Tour et sa saison avec l’obtention du fameux maillot à pois signalant le meilleur grimpeur.
Pinot, surtout, qui est parvenu tout à la fois à faire figure de vainqueur potentiel et d’outsider crédible d’un Tour de France où ses talents de grimpeur sont apparus face aux meilleurs. A commencer par Bernal lui-même, systématiquement décroché par le leader du Team Groupama La Française des Jeux. Car c’est bien là ce qu’il faut retenir. Sans sa déchirure musculaire, et en dépit de l’erreur absurde commise par son directeur sportif lors de la douloureuse bordure, Thibaut Pinot aurait sans nul doute pu prétendre à la victoire finale. Ce qui donne sens et dimension à son immense déception au soir d’un abandon révoltant et injuste. Car oui, Pinot avait l’étoffe d’un vainqueur. Et oui encore, il pouvait sans problème imaginer profiter des Alpes pour décrocher Bernal et la phalange INEOS, pas si dominante que ça cette année.
Egan Bernal fait certes un très beau vainqueur. Sa classe est évidente. Son panache un peu moins. Car le jeune crack colombien n’est jamais réellement passé à l’offensive. Et il n’a pas démontré le panache coutumier à ses glorieux prédécesseurs. Sa victoire finale n’est d’ailleurs assortie d’aucune victoire d’étape. Et sa modestie de parole et de mise n’a que peu de rapports avec la flamboyance d’un Cochise Rodriguez ou d’un Lucho Herrera.
Michele Bartoli, son premier entraineur chez les professionnels, avait pourtant détecté en lui un immense talent qu’il n’avait pas hésité à comparer à celui de Hinault et même d’Indurain. Mais après une brève entrée en matière italienne, le Colombien signait chez Sky, devenu INEOS. Une armada dont la rigueur n’a plus que de très lointains rapports avec le romantisme et la capacité d’improvisation prônée par Michele Bartoli. Chez les Anglais, Bernal découvrait la culture du résultat. Avec le succès au rendez-vous. Tour de Californie en 2018. Paris-Nice et Tour de Suisse en 2019. Avant le Tour…
Le jeune champion impulsif qui défiait Quintana et Valverde s’est transformé en métronome. N’allongeant le pas que lorsque les circonstances l’exigent. Avec réussite. Même si le destin ne l’aura pas épargné. Deux chutes sévères en 2018. Et une fracture de la clavicule en 2019 juste avant le Giro où il devait être leader. Sa présence sur le Tour n’étant prévue que pour épauler Froome et Thomas. On connaît la suite…

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