Le Tour de la Corse à vélo 1/2

par | Nov 5, 2021 | Reportages

La Corse s’est révélée comme la destination idéale pour partir en vacances à vélo. Récit d'une semaine sur l'Île de Beauté !

La Corse s’est révélée comme la destination idéale à cette époque de l’année. L’ayant déjà pratiquée en itinérance vélo en 2008, je souhaitais vivement la redécouvrir et la faire connaître à mon compagnon. Sur un coup de tête, nous réservons notre traversée à destination de Bastia !

Au quotidien, je suis plutôt fervente de rouler sans itinéraire « là où la route me mènera » mais équipée depuis très peu de temps d’un Garmin, on ne perdra pas de temps à chercher notre itinéraire. Je prépare donc plusieurs étapes autour de l’île en passant par les endroits iconiques, m’inspirant du parcours du Bikingman Corsica et d’autres routes tracées à l’instinct pour éviter les routes trop passantes. La grosse interrogation du voyage reste la météo dans le centre de l’île qui peut vite tourner avec l’altitude.

Cela faisait plusieurs années que le projet de faire la Corse en vélo nous trottait dans la tête, sans pour autant franchir le cap. Certainement l’aspect insulaire de la destination. Mais cette année nous décidons sur un coup de tête de réserver notre traversée avec aucune option annulation, plus d’autre choix de d’aller découvrir l’île de beauté !
Ce sera donc en autonomie complète, ou presque, nos vélos seront aussi nos maisons durant cette semaine. Nous les équipons de sacoches, tente, matelas, sacs de couchages et autres nécessaires pour partir à l’aventure.

La deuxième quinzaine de septembre est le moment idéal pour aller rouler en Corse, les jours sont certes plus courts qu’en plein été mais les températures sont clémentes, juste ce qu’il faut pour ne pas mourir de chaud et ne pas être transis de froid dans les montagnes du centre.

Lever de soleil à Bastia

Première étape et première claque

L’histoire commence dès le débarquement du bateau dans le port de Bastia.

6h30, le soleil se lève sur les îles : première pause photo au bout de 300m de route pour l’immortaliser. A ce rythme le trajet risque de durer un certain temps…

Vue sur l’île de la Giraglia
Direction le nord et le Cap Corse, le coup de pédale est fluide et nous évoluons en bord de mer à bon rythme, l’euphorie des premiers kilomètres ! Première ascension de 7km jusqu’au cap, virage à 180° pour admirer la baie de Centuri et là nous comprenons mieux notre aisance matinale. Un vent de sud-ouest nous prend tellement par surprise que nous sommes obligés de descendre de nos montures pour ne pas finir à terre.
Qu’importe, la vue sur le Cap est à couper le souffle en quelques mètres nous venons de changer d’univers, et ce sera cela durant tout notre voyage.
Fulcrum Racing

Les sens en éveil

Nous basculons sur la côte ouest et si notre vue est en alerte permanente le reste des sens n’est pas en reste, à commencer par l’odorat. La côte ouest est ponctuée par l’odeur du maquis et plus particulièrement des immortelles. Voyager à vélo procure cet avantage indéniable de faire corps avec la nature et de ressentir des choses impossibles à ressentir avec d’autres moyens de locomotion.

Nous redescendons donc le Cap Corse avec sa route en tobogan à ciel ouvert, ses villages pittoresques, son ancienne mine d’amiante qu’on croirait tout droit sortie de l’ère soviétique et ses marinas de sable noir (par les rejets d’exploitation de l’ancienne carrière d’amiante).
Après St Florent, vue sur le Golfe
Le Cap Corse va laisser place au Golfe de St Florent et nous entrons dans la région du Nebbio. Ravitaillés et sous un soleil de plomb, nous entrons dans le désert des Agriates par le Bocca di Vezzu qui surplombe la mer. Nous prenons de la hauteur pour admirer le chemin parcouru depuis le début de la journée et pour jauger le chemin restant.
On se croirait dans un tableau tellement le cadre est enchanteur ! L’effort physique devient anecdotique et notre appétit de paysage devient insatiable.
Le vent limite cependant dans notre progression. Il est tellement violent qu’à certains moments nous sommes obligés de descendre de vélo pour ne pas tomber. Il nous ralentit également en descente où il faut à la fois pédaler et freiner pour ne pas se faire surprendre par les rafales dans les virages. De quoi nous faire attendre avec impatience la prochaine ascension…
Désert des Agriates

La Balagne l’autre paradis du vélo à la sauce aventure


Nous quittons les Agriates pour nous diriger vers la Balagne en prenant la route de Novella qui mène à Belgodère. Nous suivons le tracé de la GT20, ce qui nous permettra d’éviter le trafic routier de la T30. Depuis le début de la journée c’est le 4ème type de paysage différent que nous traversons, la richesse de cette île est hallucinante !
La Balagne est plus austère, plus rurale, plus authentique, avec ses routes bordées de figuiers de barbarie on se croirait au Mexique. La route que nous empruntons est idéale pour le vélo, en 2h de temps nous ne croiserons aucune voiture.
Novella
Nous avons un gros coup de cœur pour le village de Novella, loin des clichés touristiques, on sent l’authenticité à plein poumon. Le col de Croce qui suit est pittoresque et agréable entre voie de chemin de fer et chênes. La descente nous amène dans la « vraie » Balagne, aride, désertique, presque inquiétante mais follement exotique. Petit conseil avant de vous y aventurer ravitaillez-vous bien en eau, le cimetière de Novella aura été notre roue de secours du jour.
Nous remontons ensuite le col de Colombanu et filons sur Belgodère, plus civilisé mais d’un charme fou. Nous prenons, à tort, la décision de descendre à l’île rousse pour y installer notre tente.
Fulcrum Racing

Calvi – Piana l’improbable bord de mer

Bien reposés (couchés à 20h30), après un petit déjeuner en visitant l’Île Rousse, nous nous dirigeons vers Calvi. Calmés par la dangerosité du vent de la veille, toujours présent ce matin, nous renonçons à remonter dans les terres pour rejoindre la citadelle et nous empruntons la T30 évitée la veille… mauvais choix !

Après un passage dans la citadelle de Calvi, on se dirige vers la route littorale Ouest en direction de Galeria : une petite route escarpée au bitume rapiécé avec un rendu exécrable mais quel bonheur, quelle euphorie de surplomber la mer par des falaises abruptes aux couleurs vives et de découvrir une nouvelle palette à chaque virage.
La côte impressionne autant qu’elle fascine, on a envie de rester là à contempler le paysage avec ces nuances de bleus où se confond parfois ciel et mer. Seul le contraste des rochers aiguisés vient briser ce dégradé.
Note pour la prochaine fois, bien penser à se ravitailler à Calvi car les kilomètres s’enchainent sans le moindre signe de vie !
Un peu avant le petit village de Galéria nous quittons la côte pour retrouver les paysages arides de la Balagne. Une des difficultés du jour consistera à grimper le col de Palmarella, une montée régulière avec des pourcentages faciles où une pause repas nous offrira une des plus belles vues du voyage. Une longue descente commence pour arriver à Porto. La deuxième difficulté du jour est l’ascension vers Piana et ses calanques. La montée est déjà plus raide mais le rythme est bon malgré notre ravitaillement un peu gourmand à Porto.
L’endroit est impressionnant, mais même hors saison il est sur fréquenté et cela gâche légèrement notre plaisir. Mais géologiquement parlant c’est une curiosité incontournable. Nous traversons Cargèse et ne pouvons nous empêcher de penser à l’affaire Yvan Colonna.
Nous passons la nuit à Tiuccia bercé par le bruit des vagues qui viennent se casser à 150m de notre tente.
Fulcrum Racing

Cap au sud, entre surpassement et désillusion.

Nous commençons la journée en partant littéralement du niveau de la mer pour monter à Sari D’Orcino où nous profiterons du lever de soleil par-dessus les montagnes pour ensuite franchir le col de Sarzoggio et basculer sur la baie d’Ajaccio. Le petit déjeuner est déjà copieux. Jusqu’ici les pourcentages avaient été très faciles et nous rencontrons de longues pentes à plus de 10%.

Fulcrum Racing
Nous avons fait le choix de suivre la trace à l’envers du Bikingman Corsica afin de contourner Ajaccio. La ville ne doit certainement pas manquer d’intérêt, mais ses abords sont réputés pour être particulièrement hostiles aux vélos, nous décidons ainsi d’opter pour cet ingénieux contournement. Nous traversons une zone résidentielle sans intérêt notable, à part les points de vue sur la ville d’Ajaccio.
A la fin de la baie nous attend une des ascensions les plus difficiles du voyage. Pas difficile par le dénivelé, mais par son irrégularité et ses pourcentages. Pour arriver à son terme s’enchainent pourcentages indigestes, descentes puis remontées, puis à nouveau descentes. Même la descente remonte !
Sur la plage d’Olmeto, nous faisons une pause déjeuner salutaire, autant pour reprendre des forces que pour reprendre nos esprits, tant ce morceau aura été usant physiquement et nerveusement.
Nous reprenons la route du sud et brusquement cette dernière devient sale et hostile aux vélos. Nous traversons Propriano et ses campings en bord de route, son architecture mêlant ancien et constructions des années 60 puis nous remontons sur une route très fréquentée pour nous rendre à Sartène. Encore un gros morceau à avaler avant de nous retrouver sur une route fréquentée mais pas désagréable. A Sartène on ressent toute l’austérité des cités latines bâties entre soleil de plomb et vents violents, des constructions efficaces, sobres qui font l’ambiance du lieu.

Cette 3e étape nous a offert moins d’émerveillement que les 2 précédentes. Sur la route de Bonifacio, le lion de Roccapina relève le curseur : la côte est magnifique. Par moment on se croirait en Californie avec des routes qui mériteraient une configuration en roues de 80mm. L’arrivée dans Bonifacio vient ponctuer cette journée. La citadelle est majestueuse, perchée sur sa falaise de calcaire. Pensez à bien garder des forces pour l’ascension vers le centre-ville : de belles rampes à plus de 25% donnent à cette fin d’étape des allures de Flèche Wallonne.

Une fois arrivés au cœur de la citadelle vous aurez largement mérité la vue sur la côte de la Sardaigne voisine, sur les falaises et un bon gros cornet de glace sur la place de l’église…
L’heure est venue pour nous de mettre le clignotant pour récupérer de ce qui aura sans doute été la journée la plus difficile du voyage.
Bonifacio se mérite et cette étape, malgré des curiosités indépendamment remarquables, a été la moins intéressante du voyage, tout d’abord les routes, le contraste avec le cadre idyllique du nord et enfin le tourisme de masse qu’on ressent même hors saison.
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