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Les Champions des Champions

Laurent Fignon

par | Avr 29, 2020 | Les champions des champions

Photos Sirotti

Blonde queue de cheval, bandeau de tennisman et petites lunettes rondes à la John Lennon, voilà l’image que les fans de cyclisme ont conservée de Laurent Fignon. Intello du peloton, dandy arrogant des conférences de presse, redoutable puncheur et perfectionniste à l’extrême, le Parisien fut de 1983 à 1993 l’incarnation d’une nouvelle génération de champions cyclistes. A son palmarès figurent notamment deux Tours de France, un Giro, deux Milan San Remo et un Championnat de France. Terrassé par un cancer, il a quitté la scène en 2010 à l’âge de 50 ans. Non sans avoir ému la France entière qui vécut en direct sur les antennes de France TV ses derniers jours de commentateur et de sportif lors du Tour 2010.

Le magnifique

Adoré du public et décrié dans le peloton, Laurent Fignon marque l’histoire du cyclisme à plusieurs reprises. Non pas seulement par ses performances exceptionnelles et sa capacité en montagne et dans les chronos, mais surtout par sa malchance face à des adversaires mieux loti en matériel et mieux servis par le sort.

C’est ainsi qu’il perd le Giro 1984 face au recordman de l’heure Francesco Moser lors de la dernière étape contre la montre disputée sur 42 kilomètres entre Soave et Vérone. Utilisant un vélo révolutionnaire doté de roues lenticulaires, aidé qui plus est par l’hélicoptère de la RAI qui descend très bas et se positionne derrière lui pour le propulser, Moser écrase le chrono et reprend plus de deux minutes à Fignon qui doit céder son maillot rose.
C’est ainsi surtout qu’il perd le Tour 1989 face à Greg Lemond lors de l’ultime étape disputée entre Versailles et Paris sur 24 kilomètres 500. L’Américain utilise pour la première fois un guidon de triathlète, ce qui lui assure un surcroit de puissance et donc de vitesse. A Paris Fignon s’incline de 8 secondes. Le plus petit écart jamais enregistré sur le Tour.

En fin de saison Fignon se rendra compte de l’avantage énorme apporté par le guidon de triathlète. Il l’utilise enfin lui aussi lors de l’une des dernières épreuves de l’année, le prestigieux Grand Prix des Nations où régnaient autrefois Anquetil et Hinault. Il s’impose en pulvérisant le record de plus d’une minute. Conscient désormais que le sort fait partie intégrante du destin des plus grands. Ne sera-t-il pas, comme Coppi ou Bobet, touché à plusieurs reprises par des accidents ? Ne sera-t-il pas, comme Anquetil, victime des manœuvres douteuses des organisateurs italiens ? Ne succombera-t-il pas, comme Coppi, Bobet ou Anquetil, à la maladie ?

Mais sa légende avait commencé de s’écrire bien plus tôt. Alors qu’il n’avait que 22 ans et qu’il disputait son premier Tour de France en leader de l’équipe Gitane pour pallier à l’absence du leader Bernard Hinault. Comme il l’écrira un jour, Fignon était alors « Jeune et insouciant ». Managé par son ami et futur ennemi Cyrille Guimard, il ne craint rien ni personne, inconscient de l’adversité. Même si elle a pour nom Lucien Van Impe, Sean Kelly, Joop Zoetemelk, Pedro Delgado ou Pascal Simon.

Toujours aux avant-postes, même s’il ne gagne pas d’étape, Laurent et ses mèches blondes sont omniprésents. Jusqu’à la prise de pouvoir lors de l’arrivée à l’Alpe d’Huez où il s’empare du maillot jaune suite à l’abandon dramatique de Pascal Simon, victime d’une fracture de l’omoplate. Au sortir des Alpes, Fignon mène la danse avec plus des deux minutes sur Winnen et Van Impe. Écart doublé un peu plus tard à l’occasion du contre la montre de Dijon. 50 kilomètres dominés par un jeune maillot jaune illuminant.
Victoire finale à Paris et paroles prémonitoires de Guimard qui annonce qu’il en gagnera d’autres… Hinault doit apprécier.

La saison suivante Laurent, devenu « Le Magnifique », s’incline de justesse face à Moser sur le Giro où il remporte tout de même le classement de meilleur grimpeur. Il arrive sur le Tour avec son maillot de Champion de France et l’envie folle de prendre une revanche éclatante après l’échec amer du Giro. Oui, mais Bernard Hinault est de retour. Avec sa nouvelle équipe La Vie Claire et son nouveau lieutenant, l’Américain Lemond.

Dès le prologue de 5 kilomètres à Montreuil, Hinault montre les dents et affirme sa motivation. Il s’impose face à Fignon et prend le maillot jaune. Chant du cygne pour le Breton qui va bientôt subir la domination de son jeune rival.

Vainqueur du long chrono du Mans, puis des étapes alpines de l’Alpe d’Huez, où il prend à nouveau le maillot jaune, et de Crans Montana, Laurent Fignon donne raison à Guimard. D’autant qu’il a littéralement humilié Hinault en montagne.

Après sa nouvelle victoire dans le contre la montre de Villefranche, le voilà vainqueur à Paris pour la seconde année consécutive. Hinault est second à 10 minutes. Lemond troisième à 11 minutes.

Les commentateurs s’interrogent. Est-ce le début d’un nouveau règne ? Hinault est-il fini ?
Pas vraiment. En 1985 le Blaireau gagne son cinquième Tour. Et Fignon ? Blessé, il déclaré forfait.

Retour en grâce dès 1986 avec une victoire dans la Flèche Wallonne. Puis deux superbes succès dans Milan San Remo en 1988 et 1989. Avec cette année-là une victoire dans le Giro où il triomphe des Italiens et du sort. Il est le troisième Français à s’imposer sur le Giro après Anquetil et Hinault.

Jusqu’à son dernier succès dans le Tour du Mexique en 1993, Fignon va alterner la gloire et la déception. Il termine sa carrière, ironie du destin, sous le maillot italien de Gatorade aux côtés de Gianni Bugno. Star en Italie, à défaut d’être réellement star en France.

S.L.
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