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L’art de la Guerre selon Johan Museeuw

par | Fév 6, 2020 | Acteurs du cyclisme

Les plus littéraires d’entre nous connaissent évidemment Lao Tseu et Carl Von Clausewitz, théoriciens légendaires de l’art de la guerre. Les plus passionnés connaissent aussi Biagio Cavanna, mentor du Campionissimo Fausto Coppi, et naturellement le professeur Conconi, réinventeur de Francesco Moser. Et les plus « Belges » se remémorent avec émotion Guillaume Driessens, le directeur sportif du grand Eddy Merckx. Tous prescripteurs d’un cyclisme en forme d’art de combat. Cet art de nos jours voué aux gémonies par des litanies de coureurs réduits à la dimension pittoresque de « montre maillot ». Discutant avec l’immense Johan Museeuw, j’ai pourtant eu l’impression enthousiasmante d’un retour aux sources.

A son palmarès figurent notamment trois Tours des Flandres et trois Paris Roubaix. De son visage de coureur les amateurs de cyclisme héroïque retiennent les traits impassibles et rugueux d’un guerrier portant la course cycliste au plus haut niveau d’engagement. Imposant au peloton l’insécurité permanente née de sa capacité rare d’improviser et d’attaquer à n’importe quel moment d’une épreuve. En une époque riche en athlètes de valeur, Johan Museeuw illustra des années durant sa vision paramilitaire de la course cycliste. Aujourd’hui ambassadeur pour les marques Ekoi et Specialized, le Lion des Flandres conserve une silhouette affutée. Même s’il fréquente de plus en plus régulièrement les salons du cycle internationaux.

« Je roule toujours et je suis régulièrement présent sur les camps d’entrainement des équipes pro. Et lors des sorties avec les jeunes je ne suis pas vraiment ridicule… »
Johan, rencontré longuement sur le stand Ekoi du salon belge Vélofolies, ne peut s’empêcher de parler du bonheur de rouler encore et toujours.
« Je participe régulièrement à des cyclosportives. Sans même alerter l’organisateur. Je m’engage seul ou avec des copains. Et on se fait plaisir. En France j’ai notamment disputé trois fois l’Ardéchoise. Une épreuve incroyable et formidable. Mais l’essentiel c’est aussi de partager. Le vélo est un sport de partage. C’est ce qui explique ma volonté de répondre présent lors de différents stages. Et je veux dire présent sur le terrain. Pas seulement en image sur un prospectus. »
Également présent sur le stand Ekoi, Gérard Mistler apprécie en souriant.
« Je ne savais même pas que tu étais parmi les milliers de cyclos de l’Ardéchoise. Mais le savoir aujourd’hui c’est génial. Merci Johan. Voilà le cyclisme que nous aimons. »
Johan sourit à son tour. Puis il fait la grimace. La conversation a porté sur le cyclisme actuel. « Depuis plusieurs années déjà le peloton est devenu ennuyeux. Terriblement ennuyeux. Même dans les étapes de montagne du Tour de France ou du Giro. On attend beaucoup. Vous journalistes, vous nous faites espérer un combat dantesque. Et puis la montagne accouche d’une souris. L’explication finale se résume à un semblant d’attaque à 1000 mètres de la ligne. Navrant. Désespérant. Heureusement il y a les Classiques. Mais là aussi, si à un moindre niveau, on peut parler de courses stéréotypées. Les leaders refusent de se découvrir et de prendre leurs responsabilités. Alors ce sont les lieutenants voire les gregarios qui remportent l’épreuve. Vous imaginez Merckx ou De Vlaeminck refuser de prendre part à la bataille ? Vous imaginez Moser, Hinault, Saronni ou Argentin jouer les attentistes ? Impossible n’est-ce pas ? Ces gars-là étaient des guerriers qui luttaient jusqu’au bout. Pas de suiveurs attentistes et frileux. Moi j’appartiens peut-être à la dernière génération des guerriers. Avec Boonen et quelques autres. Aujourd’hui on semble avoir oublié que le cyclisme c’est la guerre. Et la guerre totale ! Physique, psychologique et tactique. C’est quoi ce nouveau cyclisme ? Du marketing ? Un hymne à l’ennui ? Il faut en revenir aux sources. A l’art de la guerre comme tu dis Salvatore. Et s’inspirer des grands. Des vrais grands. Ces champions fabuleux qui n’hésitaient jamais à s’engager. Avec des entraineurs et des directeurs sportifs qui savaient ce que la guerre signifie. Une race en voie de disparition hélas. »

Un long silence. Un sourire navré. Un geste d’impuissance. Puis une parole d’espoir. Johan aime tant le cyclisme qu’il veut y croire encore. D’autant que certains jeunes l’enthousiasment.
« Écoutes, il y a encore Peter Sagan. Un vrai guerrier qui semble s’être trompé d’époque. Et puis ces jeunes qui arrivent avec du défi dans le regard et une envie folle de tout faire exploser. A commencer par les conventions. Van der Poel évidemment, mais aussi Evenepoel, Alaphilippe et Bernal. Espérons qu’ils ne soient pas bientôt contaminés… »

Sur le stand Ekoi aux Velofollies de Courtrai. Johan Museeuw avec J.C Rattel et Gérard Mistler.

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