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la Maison Tamboite

par | Mar 9, 2020 | Magazine, Reportages

À l’instar de l’automobile avec Bentley ou Rolls-Royce, à l’instar aussi de la moto avec Brough Superior ou MV Agusta, la perfection ultime existe aussi dans le domaine du vélo. Nous en avons trouvé un exemple édifiant et hallucinant à Paris avec les créations de la Maison Tamboite.

Un absolu de classe et de beauté

Un passage discret, très balzacien, au cœur de l’un des quartiers iconiques de la capitale. C’est là, entre hier et demain, que l’équipe de Maison Tamboite a installé son nouveau show-room et son atelier. Y pénétrer c’est voyager dans le temps. En une époque bénie où le savoir-faire artisanal et artistique touchait au sublime. Antithèse exactement de ce marketing pseudo universel qui impose sa logique arrogante et niaise à une clientèle otage. L’histoire, édifiante, remonte à Léon. Ce grand père artiste né en 1879 à Ucel au cœur de l’Ardèche industrieuse. Son père le destinait à la prêtrise, mais lui ne rêvait que de création artistique et d’évasion. Il voulait peindre et vivre de sa peinture. Une passion qui fait de lui un rebelle séduisant qui va s’enfuir avec Joséphine. A Tunis d’abord, puis à Paris où le couple s’installe en 1904. C’est dans la capitale que Léon découvre avec enthousiasme la beauté de la Petite Reine lors d’une visite au salon du cycle. C’est le coup de foudre. Il entre à la Française Diamant, l’une des marques les plus importante de l’époque. Un an plus tard il en devient le directeur. Sans pour autant oublier la peinture. Ses amis sont André Derain et Maurice Vlaminck. Des artistes de renom qui eux aussi nourrissent une passion pour le vélo. Le sport à la mode, synonyme de liberté et d’aventure. Ce qu’il est redevenu aujourd’hui. Léon quitte bientôt la Française Diamant pour fonder sa propre marque. Les cycles Rych. Nous sommes en 1912. Le succès est au rendez-vous. Au point de permettre le rachat, en 1928, de l’affaire montée au peu plus tôt par la star du Vel d’Hiv, Maurice Tamboite. La Maison Tamboite vient de naitre. Ses clients portent des noms célèbres. Joséphine Baker, Marlène Dietrich, Sarah Bernhardt, Maurice Chevalier, Fréhel, Charles Trenet, Édith Piaf, Bourvil, Lino Ventura et même Coluche.

La recette du succès est à la fois simple et radicale. Offrir le meilleur à ses clients esthètes. Rien que le meilleur ! Sans ostentation mais avec un style définitivement chic et parisien.
Recette pérennisée par l’équipe animée de nos jours par Frédéric, l’arrière-petit-fils du fondateur.
« Notre idée de base c’est de demeurer fidèle aux fondamentaux de la Maison Tamboite. Utiliser les meilleurs matériaux, les meilleurs composants, les plus beaux accessoires et surtout prendre le temps de dialoguer avec le client. Chez Maison Tamboite il n’y a jamais eu et il n’y aura jamais deux vélos identiques. Même s’il s’agit du même modèle. L’exécution est systématiquement personnalisée aux côtes et aux gouts du client. Nous ne faisons que du sur mesure. Chaque vélo est une création unique et exceptionnelle. Hugo, notre cadreur, soude chaque cadre comme si c’était le dernier. Nous sommes dans le domaine de l’exceptionnel et de l’ultime. »

Aux côtés de Frédéric, maitre d’œuvre et directeur artistique, l’équipe est réduite. Il y a Patricia, qui gère l’administratif ; Vincent, l’homme du relationnel ; Hugo, le cadreur artiste. Avec cependant de nombreuses collaborations avec des artisans d’art, des designers et des ingénieurs.
Course, fixie, tourisme et même électrique, un vélo signé Maison Tamboite est le résultat admirable d’une émotion partagée. Depuis le fournisseur des tubes aciers spéciaux ultra légers, Columbus généralement, jusqu’à l’émailleur et au chromeur. Avec souvent un détour par l’atelier de l’ami maroquinier-artiste qui n’utilise que des cuirs nobles issus d’un tannage végétal qu’il coud au point sellier.
Vincent parle non seulement de savoir-faire, mais aussi de dextérité, et même de paroxysme.
« Il faut au minimum trois mois pour donner vie à un vélo Maison Tamboite. Autant dire que les mots précipitation et consommation sont exclus de notre vocabulaire. Frédéric peut passer des heures et des jours à dialoguer avec un client puis à dessiner et à définir le projet. Quant à Hugo il va dédier des dizaines et quelquefois des centaines d’heures à la réalisation d’un cadre. Chaque raccord est fait main. Ciselé comme un bijou ancien. Chaque brasure est un acte de bravoure. »

Après une première approche, entrée en matière autour du choix du modèle, l’amateur se voit proposer différentes options de montage et de finition. Tout est possible chez Maison Tamboite. Même une rencontre à domicile chez le client, partout en France et dans le monde. Une démarche résolument à contre-courant de l’uniformisation conceptuelle actuelle. Socialement il s’agit d’aller bien au-delà du banal concept de relation commerciale client-vendeur. Et de la mise en œuvre d’une authentique démarche de partage de valeurs. Une philosophie commerciale qui est pour l’équipe Tamboite une raison d’être. Et surtout pas un argument mercantile. D’ailleurs leur vision de la pratique du vélo s’apparente à l’existentialisme littéraire et social. Cet existentialisme natif des cafés parisiens. Au cœur du quartier Bastille Faubourg Saint-Antoine, Frédéric et les siens œuvrent à la redéfinition d’un marché depuis trop longtemps accaparé par le mercantilisme acculturé. Choisir un vélo signé Maison Tamboite n’est pas un geste d’achat banal. C’est l’affirmation d’une identité, d’une liberté et d’un retour aux valeurs du sport cycliste. Dans ce contexte, les modèles proposés sont autant de manifestes existentiels. Et de défis esthétiques mirifiques.

Chicissimes, les porteurs parisiens. Dalou, le mixte. Hervé, la version homme. Tous deux avec raccords taillés sculptés et polis main, tubes Columbus light, garde-boue en hêtre vernis et ruban de guidon en cuir de buffle. Cultissime, le Marcel. Un fixie authentique qui se veut une évocation des exploits sur piste du mythique Maurice Tamboite. Tubes ultra-légers Columbus, jantes en hêtre verni et freins à double pivot pour faciliter l’usage en ville. Le coup de cœur du Team Top Vélo. Elégantissime, Le Fauve. Un vélo urbain et extra-urbain qui se veut le couteau suisse de l’amateur. Capable avec ses 11 vitesses et sa transmission par courroie de donner un plaisir fou aussi bien à la ville qu’à la campagne. Ici le vélo redevient ce sport noble pratiqué dès le début du siècle dernier par les esthètes et les artistes. Avec l’affirmation d’une green attitude confortée par le choix de la proximité franco-européenne des matériaux et accessoires. Tout juste renaissante, la Maison Tamboite réinvente l’art d’être cycliste.

MAISON TAMBOITE – 20, rue Saint Nicolas. 75012 Paris. Tel : 01 40 21 94 18

De 11.000 à 16.000 euros. Possibilité de version Hybride pour plusieurs modèles.

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