Ah le rêve à vélo ! Une question pour certains ou une affirmation pour d’autres. Avec bien souvent l’idée d’un col ou d’une route en bord de mer et toujours la même idée et définition du bonheur : se faire plaisir. Banal ? Non formidable ! C’est ce que j’ai vécu récemment lors d’un voyage au pays du soleil levant. Récit.

Et une fois n’est pas coutume, je vais commencer par la fin. Ou plutôt par l’épilogue de ce voyage. Car une fois dans l’avion qui nous ramène vers notre vie normale on se rend compte que le séjour a été de toute beauté. Entre émerveillement et dépaysement total, comme nulle part ailleurs. Le Japon est maître dans cet art, celui d’émerveiller, d’étonner et de faire regretter d’être reparti. Car on serait bien resté plus longtemps. Je serais bien resté plus longtemps.

Vous imaginez faire du vélo au Japon ? Pas vraiment, mais c’était avant mon voyage.

D’ailleurs, imaginez-vous partir en vacances au Japon ? Il se peut que vous vous posiez la question dorénavant. L’accueil est excellent. La cuisine aussi, et les routes sont en parfait état. Seule difficulté qui tient plus de l’exotisme, il faut apprendre à rouler gauche. J’entends par là, qu’au Japon on conduit et roule comme en Angleterre. J’y reviens un peu plus tard…

Un monde vraiment différent

Nul autre endroit ne m’a autant surpris et dépaysé. Le pays du soleil levant se révèle être un autre monde. Un monde où les gens font preuve d’une sympathie rare, et d’une empathie indéniable.

Il y a toujours des gens dans la rue, à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit c’est l’effervescence. Vous pouvez aller au petit supermarché du coin de la rue à minuit et trouver une dizaine de personnes en train de faire des courses. D’ailleurs ce petit supermarché qui reste ouvert toute la nuit existe-t-il chez nous ? Probablement plus…

À l’heure de sortie des écoles les élèves sont tous en vélo, vêtus du même uniforme bleu marine et blanc et des mêmes petites chaussures en cuir noir à chaussettes blanches.

Les gens rient, discutent et communiquent. La morosité semble bien absente dans ce pays qui se lève et se couche huit heures avant nous.

Culinairement parlant, la découverte

Je vous vois venir ! La découverte d’un pays passe aussi par sa nourriture et je choisi de commencer par là car, en bon cycliste et bon vivant, j’aime bien manger. Et partir au Japon est l’occasion d’expérimenter de nouvelles choses…

Le poisson au petit-déjeuner vous rebute ? Vous n’avez probablement jamais essayé. À mille lieues du traditionnel croissant-café au lait typiquement franco français, une fois sur place il faut s’adapter.

Manger avec des baguettes (on ne trouve pas de couverts dans les restaurants traditionnels), et apprendre à apprécier de nouveaux gouts, de nouvelles saveurs. De nouvelles sensations aussi. Les mets sont très fins (qui a dit que la finesse était réservée à la gastronomie française) et même si on ne sait pas toujours ce qu’il y a dedans tout est très bon. On mange typiquement local comme l’Onomichi Ramen, une soupe de nouilles spécialité d’Onomichi, près de la préfecture Hiroshima.

Le Sashimi est à l’honneur aussi. Oubliez tout ce que vous avez pu déguster en France, ici les poissons crus ont une saveur toute autre. Saveurs, texture, odeur, la cuisine japonaise éveille les sens et surprend à chaque repas.

La Shimanami Cycling – Ehime Hiroshima Japan

En dehors de la découverte de ce pays, le but de mon voyage était quand même de faire du vélo avec ma participation à la Shimanami Cycling2018. Une épreuve entre granfondo et randonnée sportive. Si le parcours est absolument plat, sa spécificité réside dans le fait que le Japon est constitué d’une multitude d’iles reliées entre elles par de gigantesques ponts et que la parcours passe d’une ile à l’autre. À la manière du Viaduc de Millau. Un terrain pour le moins inconnu pour le cycliste européen que je suis.

Les routes sont très larges (comme des autoroutes en fait) et en parfait état. Le départ au petit matin permet d’admirer la baie d’Imabari alors que le soleil se lève, tout doucement. Les températures sont plutôt clémentes, en tout cas bien plus qu’en France à cette époque de l’année

La ligne de départ est surprenante à plus d‘un titre, toutes les catégories de cycliste sont représentées. Du couple « tout en Rapha » en vélo de ville au cycliste affirmé aux commandes de son Giant aéro. Pour ma part je me suis fait remarquer avec mon De Rosa de couleur Orange. Les japonais aiment les vélos exotiques et pour eux un De Rosa est par définition exotique. Je pensais m’attirer les foudres en arrivant avec une machine équipée en Campagnolo, au pays de Shimano mais il n’en est rien. Par contre je peux affirmer qu’à l’autre bout du monde 99% des vélos sont équipés en Shimano. Sram est inexistant. Si le montage en Shimano est commun, celui en Campagnolo très chic.

L’organisation est simplement parfaite, les ravitaillements exceptionnels. Tout est minuté, ordonné et tout se passe bien. Pas de cohue, tout est prévu. Des pieds pour faire tenir les vélos évitent de parquer ceux-ci n’importe où comme c’est d’ordinaire le cas et sur les étals il y a même du produit pour se désinfecter les mains (incroyable). Voilà l’exemple même du Japon.

On repart profiter de l’incroyable vue sur la route « Shimanami Kaido », cette longue piste cyclable de 70 km qui à travers l’océan traverse pas moins de six îles. Plusieurs parcours sont disponibles, au choix des quelques 7000 participants. De 30 à 140 kilomètres il y en a largement pour tous les niveaux.

Le trajet de Mukaishima à Onomichi se fait sur un petit ferry pour traverser la lagune. Là encore, aucune faute d’organisation, le temps d’attente est minimal et aucune queue à l’arrivée. Un moment inoubliable où on oublie la performance pure pour se concentrer sur ce qui compte le plus : le bonheur de faire du vélo.

Les cyclistes sont les bienvenus au Japon !

Chose assez incroyable, durant tout mon séjour je n’ai cessé de voir des cyclistes. En ville d’abord ou le vélo est un moyen de locomotion très utilisé, et où on ne se sent pas constamment menacé par les conducteurs d’automobiles. Car je dois reconnaître les automobilistes japonais sont bien plus responsables et respectueux des cyclistes. Le contraste avec la vieille Europe est saisissant. Deuxièmement parce qu’en dehors des villes le nombre de cyclistes est très important. Seuls ou en groupe, les locaux sont friands de la petite reine. Avec une passion pour Pinarello et Colnago. Exotisme à rebrousse mémoire…

De passage à Imabari nous avons été visiter l’hébergement CYCLONOIE sur le thème du cyclisme.Un peu à la manière de Bed and Bike au pied du Mont Ventoux, cet hébergement tenu par deux jeunes personnes qui accueillent des cyclistes du monde entier avides de découvrir la fameuse route «Shimanami Kaido ». Et bonne nouvelle, il y en a pleins d’autres au pays du soleil levant, de quoi envisager quelques Road-Trips inoubliables…

Visite de lieux merveilleux

 La course étant le dimanche et comme le voyage est long, on passe quelques jours sur place. L’occasion de visiter, de papillonner et de se prendre pour un touriste (ce que je sais être à l’occasion). Quelques lieux remarquables ont marqué mon esprit, tel le château de Matsuyama, un édifice datant du 17esiècle. Détruit presque entièrement par la foudreen 1784, il fut reconstruit puis ravagé par les bombardements lors de la seconde guerre mondiale. Surplombant la ville de Matsuyama, c’est assurément un lieu à visiter, d’autant plus qu’on y accède en téléférique, ce qui ajoute un certain côté folklorique à la chose. Toujours à Matsuyama on s’attardera aussi sur les Thermes de Dògo, oùla famille royalevenait également. Vieux de 3000 ans, ils sont toujours actifs et on se presse pour se relaxer, se faire masser ou simplement y boire un thé. L’ambiance y est typique, un lieu où on se sent réellement protagoniste d’un roman de l’immense Soseki Natsume.

 Un peu plus au Nord, dans la ville de Fukuyama, dans la préfecture d’Hiroshima,arrêtez-vous vous ressourcer au musée Shinshoji Zenet ses jardins. Des jardins zen qui mêlent art, architecture et tradition. De la méditation à l’immersion dans un espèce de bateau flottant, aux balades dans les jardins (zen évidemment), vous avez de quoi passer une journée dépaysante et totalement relaxante.

 Et puis il y a le panorama exceptionnel sur les hauteurs de Imabari, parc Kirosantenbo. Une vue exceptionnelle sur la cité et le pont Kurushima-Kaikyo. Pour peu que le soleil soit sur le point de se coucher, le moment est inoubliable…

 Le Japon ? Pour la vie !

 Il y a des voyages qui vous marquent plus que d’autres. Ceux qui vous font ressentir un coup de blues au retour. En arrivant à l’aéroport de Francfort sous un orage diluvien le Japon me manquait déjà. Je sais que je ne ressentirai plus cette sympathie des locaux, ni même ne reverrai tous ces sourires. Je sais que je ne mangerai plus ces mets délicieux et que je ne roulerai plus sur ces magnifiques routes entre iles et océan. Mon souvenir est couché sur ce papier, en attendant je n’ai qu’une hâte, que le temps passe vite.

À l’année prochaine !

Aller au Japon :

Via Paris avec vol d’environ 12 h jusqu’à Tokyo. Correspondance à Tokyo pour l’île de Shikoku par vol domestique.