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Les Champions des Champions

Gino Bartali

par | Avr 13, 2020 | Les champions des champions

Grimpeur d’exception, puncheur assassin, homme profondément pieux et fidèle, le toscan à la voix rauque et au style inimitable représente la quintessence des temps anciens et de l’époque moderne du cyclisme. Des années durant il fut l’adversaire majeur du Campionissimo Fausto Coppi. Proche du Vatican, il passa une partie de la seconde guerre mondiale à participer au sauvetage de centaines de juifs pourchassés par les nazis ayant envahi l’Italie à compter de 1943. Ce qui lui vaut de voir son nom figurer sur le Mémorial de Yad Vashem.

Le pieux et le juste

« Juste parmi les nations ». C’est à ce titre que le mélancolique Andrea, fils de Gino Bartali, se rendit un jour en Israël pour recevoir l’hommage rendu tardivement à son immense champion de père. Gino Bartali, star incontestée du cyclisme mondial, passa la période de guerre loin des pelotons mais toujours sur son vélo. Une machine Legnano qui lui servait d’alibi face aux miliciens fascistes et aux SS dont il passait les multiples barrages sans trop de problème, sinon la signature d’un autographe.
Dans les tubes du vélo des documents émanant du Saint Siège qui permettraient de faire évader des centaines de juifs. Champion et rebelle, Champion et homme de foi et d’honneur. Tel était Gino Bartali !

Ce Champion je l’ai connu, bien connu même, grâce à mon père Luigi qui était son ami. Notre première rencontre eut lieu lors d’une soirée mémorable aux Six Jours de Milan. La vraie vedette n’était pas sur la piste mais sur la pelouse. Une vedette généreuse, souriante, iconoclaste et drôle qui n’admettait pas que l’on compare son Coppi à ce Merckx qui s’imposait régulièrement à la manière du campionissimo.
« Pour moi il n’y a qu’un Campionissimo, c’est Fausto. Pour gagner une course il devait triompher de champions de la trempe de Magni, Bobet, Kubler ou Koblet. Et en plus il devait me battre moi. Gino Bartali. Le meilleur de tous les grimpeurs. C’est dire… »

Devenu moi aussi son ami, j’eu le privilège de tester sur quelques centaines de mètres son vélo du Tour de France 1938. Un Tour que le leader de la squadra nazionale domina en montagne à la manière d’un seigneur. Comment diable Gino avait-il pu gravir les cols à une telle allure sur une pareille bicyclette ? Lui poser la question aurait été indécent. Mais je m’y risquais finalement. Et la réponse fut à la hauteur du personnage : « Le vélo ne compte pas. Ce qui compte c’est l’homme ! »
100% italien mais opposé au fascisme, Bartali aura sans doute perdu, comme son ami-ennemi Coppi, plusieurs dizaines de victoires en étant sans courir durant les années de guerre. Ce qui ne l’empêchera pas, la paix revenue, de s’imposer à nouveau sur le Giro et sur le Tour.

Outre sa dimension de Champion d’exception en une époque où le cyclisme était le sport mondial numéro Un, Gino Bartali aura été un phénomène social et politique. Évitant par exemple à l’Italie une crise politique en 1948 avec sa victoire dans les Alpes lors de l’étape Cannes Briançon. La veille de la grande étape alpestre le Président du Conseil des ministres, Alcide De Gasperi, l’avait appelé à son hôtel l’implorant de réaliser un nouvel exploit pour éviter une révolution. Le leader communiste Palmiro Togliatti avait été victime d’un attentat et la guerre civile menaçait. Avec son triomphe, Bartali réunifiait l’Italie.

Amputé des années du guerre, son palmarès ne reflète pas toute l’étendue de son talent. Mais il est déjà largement évocateur. Avec 3 Tours d’Italie, 2 Tours de France, 4 Milan-San Remo, 3 Tours de Lombardie, 2 Tours de Suisse, le Tour de Romandie, le Tour du Pays Basque et 4 maillots tricolores de Champion d’Italie. On peut y rajouter 7 titres de meilleur grimpeur sur le Giro et 2 sur le Tour de France.

Retiré des compétitions comme coureur, Gino devint Directeur Sportif. Avec comme ultime projet celui de constituer une équipe autour de Fausto Coppi qui aurait ainsi terminé sa carrière à ses côtés. Peu avant Noël 1959 les bases de la future équipe San Pellegrino étaient établies. Les deux anciens adversaires posaient ensemble pour les photographes de la presse internationale. Hélas quelques semaines plus tard le Campionissimo s’éteignait à 40 ans, victime d’une crise de malaria contractée lors d’un critérium qu’il disputait avec Anquetil en Haute Volta.
La première Dream Team de l’histoire du cyclisme ne verrait pas le jour…
Né à Ponte a Ema, près de Florence en 1914, Gino Bartali s’est éteint en 2000 dans la même bourgade. Toujours aussi passionné, toujours aussi passionnant, toujours autant charismatique et rebelle. Une année après sa disparition, en 2001, une course à étape italienne est rebaptisée Semaine Coppi et Bartali, en hommage aux deux inséparables champions.

S.L.
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