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FFC, le cri d’alarme de Guimard !

par | Juil 25, 2020 | Actualité

Cyrille Guimard. 94 victoires chez les professionnels, dont 7 étapes du Tour de France. Un Tour qu’il remportera à 7 reprises comme Directeur Sportif avec Van Impe, Hinault et Fignon. Personnalité absolument incontournable du cyclisme français, un temps membre du bureau exécutif de la FFC, puis sélectionneur national de l’équipe de France, celui que l’on a surnommé le Druide pour son charisme et sa propension à exprimer son savoir et sa vérité, vient aujourd’hui d’entrer clairement en dissidence vis à vis d’une fédération qu’il estime coupée tout à la fois de la base et de l’élite. De là à devenir l’un des acteurs majeurs d’un mouvement de rébellion…
Entretien autour d’un doute.

« la FFC s’est coupée des pratiquants »

Top Vélo : Cyrille, vous avez longtemps participé à la direction de la FFC alors que vous semblez être devenu le leader d’un vaste mouvement de rébellion. N’y va-t-il pas contradiction ?

Cyrille Guimard : Je ne suis le leader de rien du tout. Disons que je suis un observateur attentif, un témoin éclairé et peut-être éclairant. Et surtout je sais de quoi je parle et je ne suis pas décidé à me taire devant les périls qui menacent tout à la fois le Fédération elle-même et le cyclisme français tout entier. L’heure est grave. Très grave même. Et du côté de la FFC on ne veut rien entendre, rien changer, rien faire d’autre que de continuer vers le mur. Comment peut-on rester de marbre alors que l’on perd 20.000 licenciés ? Comment demeurer droit dans ses bottes alors que les organisateurs s’en vont les uns après les autres ? Comment demeurer sourds aux appels angoissés des clubs ?
Lorsque j’étais au bureau exécutif, entre 2008 et 2012, j’ai bien tenté de faire bouger les choses. Mais en vain. Ni Lappartient ni Callot n’ont rien voulu entendre. Et pire que cela, ils ne me demandaient jamais mon avis. Ne serait-ce qu’à titre de technicien. Alors en 2014, alors que j’étais encore membre du Conseil Fédéral, j’ai préféré partir. Jugeant ma présence inutile. J’ai repris du service comme sélectionneur national en juin 2017. Et j’ai eu le bonheur de mener au plus haut niveau une formidable équipe de France. Avec au final une médaille d’argent pour Bardet lors des Mondiaux d’Innsbruck. Valverde était imbattable. Mais l’équipe a livré une superbe bataille. Pour me remercier on m’a remercié. C’est ça la FFC. Vous parlez trop fort ? Vous dérangez ? Vous dégagez ! Peu importe que vous soyez performant et indiscutable.

Top Vélo : Aujourd’hui vous apparaissez nettement comme le leader de la contestation. Allez-vous présenter votre candidature à la présidence face à Michel Callot ?

Cyrille Guimard : À 29 ans j’ai été le plus jeune Directeur sportif de l’histoire vainqueur d’un Tour de France. En 2009 j’étais candidat face à Lappartient et Callot. Mais le jeu était verrouillé. Et rien n’a changé. Tout est toujours bloqué par un système électoral ubuesque et anti-démocratique. Je le dénonce mais je ne vais pas repartir au combat à 73 ans. Par contre je peux aider et soutenir au maximum de mes possibilités et de mes connaissances. Si cela est nécessaire évidemment. Il faut que de plus jeunes que moi prennent leurs responsabilités. Et pas seulement des hommes. Car le cyclisme féminin français est également en crise profonde. J’en parle avec Jeannie Longo. Elle est tout autant catastrophée que moi.

Top Vélo : Cyrille vous dites que la FFC est antidémocratique. Comment se passent donc les choses ?

Cyrille Guimard : Écoutez, Callot a été élu avec 97% des voix. Vous appelez ça de la démocratie ? On se croirait en Roumanie à l’époque de Ceausescu. Ce n’est plus même un plébiscite mais un aveu d’échec démocratique. Comment est-ce possible ? Pourquoi les licenciés ne peuvent-ils élire directement leur Président ? On se croirait encore sous le troisième République avec les tristement fameux arrangements entre partis. Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Tout est ficelé en liaison avec les Comités. Il n’y a aucune place pour l’opposition et encore moins pour la contestation. Nous allons d’ailleurs en parler avec le Défenseur des droits. Cette atteinte à la démocratie ne peut plus durer. Ces dirigeants
inconscients ne se rendent pas compte que la Fédération court à la catastrophe. Et le cyclisme français avec. Dans les organismes qui gèrent le sport comme dans la nature, faute de renouvellement on meurt.

Top Vélo : C’est donc si grave ? Vous parlez de mort annoncée.

Cyrille Guimard : Il y a d’abord la mort financière. Avec 20.000 licenciés en moins et des charges de fonctionnement de plus en plus élevées, la Fédération tente de maintenir ses recettes en augmentant les coûts. Absurde mais véridique. Et ce sont les clubs et les licenciés qui trinquent. A l’heure de la réduction drastique des subventions municipales, départementales et régionales, nombre de clubs sont contraints au mieux de réduire la voilure au pire de fermer leurs portes. Regardons autour de nous ! C’est le désert qui avance chaque jour un peu plus. Absurde à l’heure où le vélo est redevenu un sport majeur et une alternative écologique. Alors la FFC n’a pas vraiment conscience du danger. Elle peut se retrouver en banqueroute du jour au lendemain pour peu que les clubs décident de changer de Fédération et que les organisateurs ne prennent l’indépendance que leur accorde depuis deux ans la législation européenne. Plus de recettes. Plus de FFC. C’est aussi simple et aussi mortel que cela.

Top Vélo : Quelles solutions suggérez-vous ?

Cyrille Guimard : Il faut immédiatement se préoccuper de changer les relations entre la base et le sommet. Entre le licencié, le club et la Fédé. En introduisant réellement la démocratie participative sans laquelle rien n’est ni possible ni légitime. Ce qui signifie entendre la base. Et lui apporter des réponses. Concrètes, satisfaisantes et rapides.
Il faut ensuite changer les règlements avec une prise de conscience du nouveau cyclisme. Par exemple en mettant fin aux limitations absurdes de braquets chez les jeunes. Pour les minimes et les cadets ce sont les fédérations nationales qui décident. Alors décidons de tordre le cou aux ridicules limitations actuelles. On a depuis trop longtemps privilégié la vélocité au détriment de la force. Or c’est la force qui détermine aujourd’hui de plus en plus les meilleurs. Cette capacité à pousser de braquet. Pas seulement sur le plat. Mais en côte aussi. Un grand rouleur pousse du braquet. Un grand grimpeur aussi. Nos jeunes sont actuellement les otages d’un règlement obsolète. Nous ne sommes plus en 1921, l’époque où l’on limitait les braquets à 44X14.
Toujours chez les jeunes, il faut arrêter avec les Under 22 ou 23. Aujourd’hui les champions se détectent jeunes. Entre 19 et 20 ans. Pas entre 22 et 25 ans. Si on ne perce pas à 20 ans il faut passer au cyclotourisme. Anquetil gagnait les Nations à 18 ans en survolant les 140 kilomètres contre la montre. Coppi gagnait le Giro à 20 ans. Dites-moi à quel âge se sont révélés Quintana et Bernal ?
Et puis il faut vraiment soutenir et développer le cyclisme féminin. Les femmes sont de plus en plus nombreuses à pratiquer. Mais quel soutien leur apporte la FFC ?
Enfin il faut soutenir les clubs et les comités départementaux en limitant les coûts.
Et évidemment il y a urgence !

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