Feu rouge grillé, sens interdit emprunté, refus de priorité, absence de lumière, absence de casque, tenue non visible…

Combien de fois a-t-on entendu dire que « les cyclistes font vraiment n’importe quoi » ? 

À l’occasion d’un sondage récemment publié, 88 % des cyclistes interrogés ont reconnu avoir commis une infraction à l’occasion d’une sortie vélo. Certains assureurs souhaiteraient ainsi trouver des arguments afin de remettre en cause la loi Badinter de 1985 qui instaure une responsabilité des automobilistes dans quasiment tous les accidents impliquant un vélo. Ben voyons… Mais connait-on véritablement la problématique des cyclistes sur la route ?

Confusion entre vélos et autos :

De nos jours, vélos, motos et voitures sont utilisés pour les mêmes usages de déplacements quotidiens et empruntent les mêmes équipements de voirie. Mais il s’agit de véhicules totalement différents ayant une perception de l’environnement également très différente.

N’oublions pas que les règles du code de la route ont été promulguées pour la voiture et non pour les vélos. Mais désormais, ces règles doivent s’appliquer à tous les véhicules. Il convient donc de les adapter. Or, force est de constater que tel n’est pas le cas…

Pourquoi griller un feu rouge ?

Griller un feu rouge est particulièrement dangereux. Cela ne sert à rien. Soit. Mais encore faut-il comprendre que le cycliste se déplace avec ses muscles, c’est là son seul « moteur ».

Or la synchronisation des feux de signalisation est pensée depuis cinquante ans afin de s’adapter à la vitesse moyenne d’un véhicule à moteur, l’objectif étant de fluidifier la circulation en l’accélérant, d’où le danger pour les cyclistes.

Au feu rouge, en vélo, on ne se sent pas vraiment en sécurité. Pourquoi dès lors ne pas prévoir certains aménagements afin de diminuer la dangerosité des carrefours ? La question demeure posée.

Pourquoi remonter un sens interdit ?

Les rues en sens interdit ont été conçues dans les années 1960, ici encore pour fluidifier le trafic auto. Aujourd’hui, nos ingénieurs sont revenus sur le concept motorisé de la mobilité urbaine.

Ainsi au Japon, en Belgique, en Autriche et en France depuis 2010, on encourage les trajets à vélo en régularisant l’emprunt de certains sens interdits.

Dès lors, pourquoi ne pas prévoir un aménagement identique sur toutes les voies en sens interdit, ce qui assurerait aux cyclistes un trajet plus rapide et beaucoup moins dangereux ?

Être vu :

Nous savons tous que les lumières installées sur un vélo permettent d’être visible. Or, c’est juste après le passage à l’heure d’hiver que l’on déplore le plus d’accidents.

En effet, un nombre important de cyclistes ne perçoit pas la nécessité de s’éclairer afin d’être vu. Il convient donc de nous éduquer sur ce point.

Peu importe l’esthétisme, il en va de notre vie.

Le port du casque :

Il n’est pas obligatoire mais il peut vous sauvez la vie. Cependant, et aussi étrange que cela puisse paraître, il ne protège pas contre la plupart des accidents recensés qui touchent les membres inférieurs ou supérieurs, le bassin et la colonne vertébrale.

Par exemple aux Pays-Bas, pays le plus sûr au monde pour les trajets à vélo, très peu de cyclistes portent le casque. Même les conducteurs de deux-roues à moteur en sont dispensés lorsque l’engin ne dépasse pas 25 km/h.

Curieusement, on apprend que ce sont les constructeurs automobiles qui plaident pour le port du casque. Devinez pourquoi …

Pourquoi porter des vêtements voyants et réfléchissants :

Ce n’est pas obligatoire, comme le casque, mais ça peut être grandement utile et les fabricants de textiles l’ont bien compris. Cependant, dans la plupart des accidents, le vêtement réfléchissant, pas plus que le casque, ne présente une réelle protection.

Il s’agit là de statistiques et il vaut mieux être vu par les automobilistes. Mais en surprotégeant le cycliste, usager vulnérable, ne le considère-t-on pas comme illégitime sur la voie publique ?

Le débat est ouvert.

Sentiment d’impunité :

Les infractions cyclistes sont rarement sanctionnées. Cela nous est régulièrement reproché par les automobilistes. Mais c’est aussi le cas de la plupart des infractions dites « mineures » occasionnées par ces mêmes automobilistes : stationner sur un trottoir, un passage zébré, une piste cyclable…

Dès lors, et contrairement à ce que l’on croit, les cyclistes ne sont donc pas privilégiés par les forces de l’ordre.

La mise en danger d’autrui :

Selon certaines études, 56 % des personnes interrogées estiment être moins dangereuses à vélo qu’en voiture ou sur un deux-roues.

Le sondeur affirme ainsi que le cycliste se sentant invulnérable va prendre des risques se traduisant par un nombre élevé d’accidents (46 % des cyclistes ont déjà subi un accident). Le cycliste serait donc souvent à l’origine de ses propres dommages.

Cette prise de position est éminemment contestable. En effet, ce sondage confond cause et conséquence. Nous n’avons jamais vu un cycliste renverser un automobiliste !

Dans la plupart des cas, lorsqu’un accident survient entre cycliste et automobiliste, c’est le cycliste qui subit les plus gros dégâts quoiqu’en disent les sondages. Il convient donc de le protéger.

Voilà soumis à votre sagacité quelques éléments de réflexion, vous rappelant également que 150 cyclistes meurent chaque année sur les routes et 5 000 sont gravement blessés.

En outre, les cyclistes représentent 5 % des morts sur nos routes et 15 % des blessés graves.

Pascal Consolin, Avocat au Barreau de Marseille –  04 91 13 44 34 – www.burzio-consolin-avocats.fr

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