Édito Septembre 2019

par | Sep 13, 2019 | Editos

Le cyclisme comme un art de vivre et de rêver

Je l’écris sans trembler. Top Vélo, désormais web magazine, est engagé dans une quête permanente de qualité, de performance et d’absolu. Une volonté manifeste qui se traduit au quotidien par une manière différente d’aborder le cyclisme. A contre-courant sans doute, en contradiction évidemment, avec le convenu et le soumis.
En recherche de la photo qui symbolise cette volonté rédactionnelle rebelle, je songe naturellement aux champions universels dont la renommée ou la légende donneront sens à cette décision d’offrir à nos lecteurs autre chose qu’un sempiternel rabâchage convenu autour de nouveautés marketing aussitôt débattues-oubliées.

J’avais sous les yeux plusieurs propositions spectaculaires, avec pour protagonistes Jacques Anquetil, Louison Bobet, Bernard Hinault, Eddy Merckx, Felice Gimondi ou Fausto Coppi. Images en noir en blanc souvent, en couleurs quelquefois. Contours flous et visages hiératiques de héros poétiques dans l’esprit christique d’un colonel Lawrence ou d’un commandant Massoud. Instantanés surannés venant révéler, au-delà de l’événement du jour, la toute puissance émotionnelle d’un sport devenu fait culturel et social. Au point de donner prétexte littéraire à quelques-uns des plus grands noms de l’écriture et du journalisme. Accompagnant l’actualité historique, puisque l’on célèbre cette année le centenaire de sa naissance, mon choix s’est porté sur une image du Campionissimo Fausto Coppi. Non seulement le plus grand de tous les grands, y compris Merckx, mais surtout le plus iconique. Le plus moderne. Le plus métaphysique. Le plus ultime. Le seul capable à 20 ans de remporter le Giro et le titre de Champion d’Italie de poursuite. Le seul, retour de guerre, à être certain de s’échapper régulièrement en créant des différences hallucinantes avec ses suivants. Le meilleur grimpeur et le meilleur rouleur et le meilleur poursuiteur de son époque. De quoi faire apparaître encore plus pathétiques certains pseudos champions d’aujourd’hui qui avouent sans honte ne pas pouvoir envisager une attaque avant le dernier kilomètre du dernier col.
Je songe alors à mes amis créateurs Hans Hartung et Lucien Clergue. L’un peintre, l’autre photographe. Tous deux me disaient créer pour eux et pour d’autres eux-mêmes. C’est ce désir, cette vérité qui m’anime désormais. Vérité que je partage avec l’équipe Top Vélo.
Sur cette image, vision lancinante d’un athlète surréel s’attachant à dépasser sa propre gloire par le geste, Fausto arbore le célèbre maillot « bianco-celeste » de la Bianchi. Il porte le casque de cuir à boudins sur lequel il a fixé ses lunettes d’aviateur. Son corps est maculé de poussière et de boue accumulées au fil des kilomètres. Comme toujours il est seul en tête, « uomo solo al comando ». Son regard se porte sur le lointain. Indifférent à la foule qui exulte sur son passage. Lui ne songe qu’à l’arrivée qu’il franchira avec plusieurs minutes d’avance. Inventant son propre espace-temps en marge des basses combinaisons et des intrigues. Transformant son vélo, œuvre d’art mise au point avec son mécano-artiste Pinella De Grandi, en machine infernale. Frein avant à droite, dérailleur Campagnolo Gran Sport et leviers au guidon. L’alternative ? Quelle alternative ? Il n’y a qu’à rêver puis à rouler, rouler, rouler. Sans jamais prêter attention aux tergiversations et aux atermoiements. Nous laissons ça aux autres… De notre côté nous allons une fois encore tenter l’échappée. Avec comme compagnons de route ces héros que sont les coureurs et les constructeurs. De Coppi à Bianchi, de Merckx à Colnago ou De Rosa, il n’y a qu’un pas. Franchissons-le ensembles. Avec à l’esprit cette sentence de Malaparte :
« La preuve que Dieu existe c’est Coppi ».
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