C’est dans la banlieue est de Milan que se trouve Gruppo, le siège d’un des plus célèbres couples cyclistes Columbus-Cinelli.

Le temps est maussade, gris, froid et la pluie fine prend aux tripes. Un grand mur d’enceinte et un portail qui s’ouvre à notre arrivée. Derrière, l’antre du cyclisme, mélange d’art et de passion.

J’attendais depuis longtemps cette visite. Non pas que mes reportages soient ternes ou monotones, au contraire. Cependant il y a parfois des jours où l’on se lève avec plus d’entrain et il me tenait à cœur depuis longtemps de découvrir la fabrique Columbus et d’en savoir plus sur Cinelli.

Si Columbus et Cinelli font aujourd’hui partie du même groupe, il n’en a pas toujours été ainsi.

Créée en 1919 par Angelo Luigi Colombo, la société A.L. Colombo, devenue Columbus à partir de 1930, fabrique des tubes, pour bicyclettes mais aussi pour les armatures des avions et même pour des meubles rationnels très en vogue à l’époque. Et si les meubles de Le Corbusier, Charlotte Perriand, Jean Prouvé ou Sottsass sont aujourd’hui côtés, sachez que la plupart de ces meubles sont réalisés en tubes métalliques provenant de chez Columbus.

Dans les années 50, les voitures de course Maserati et Ferrari utilisent des châssis tubulaires (les caisses autoporteuses monocoques n’existaient pas encore) réalisés à partir des tubes Columbus et c’est à cette époque que les progrès commencent à se faire sentir pour les bicyclettes.

L’allègement est alors le principal point d’intérêt des cyclistes, et c’est pour cela que Columbus développe l’étirage des tubes. Technique qui permet d’augmenter les propriétés mécaniques d’un tube en l’allongeant et l’affinant, en lui donnant plusieurs épaisseurs. On parle alors de tubes coniques à épaisseur différenciée. De deux épaisseurs au début à trois aujourd’hui, on parle alors de triple butted.

De son côté Cino Cinelli, ancien coureur pro vainqueur notamment de Milan-San Remo en 1943, fonde sa marque Cinelli en 1947. S’il n’a pas de formation technique d’ingénieur, Cinelli est un fin technicien et son expérience d’ex-coureur lui permet de concevoir des produits qui feront fureur comme les postes de pilotage, la première selle en plastique Unicanitor et le cadre Supercorsa, toujours en production actuellement.

En 1979, Cino vend Cinelli à Columbus et Antonio Columbo en prend la direction.

C’est l’explosion. Colombo transforme la marque en lui donnant une image plus attirante, plus fashion. La première étape est la création d’un nouveau logo par le célèbre designer Italo Lupi, puis le cadre aérodynamique Laser.

C’est aussi en rapprochant l’art et la bicyclette qu’Antonio Colombo distingue Cinelli des autres marques du secteur. Plus de 70 ans après sa création, Cinelli est une référence tant en termes de standing, de technique et de beauté. Rouler sur un vélo Cinelli fait de vous quelqu’un de différent, comme l’a toujours souhaité Antonio Colombo. 

Des bureaux où il fait bon travailler

Du bureau d’étude (commun à Columbus et Cinelli) à la salle de réunion, du show-room au bureau d’Antonio Colombo, les œuvres d’art jalonnent notre visite. Elles égaient et illuminent ces bureaux qui pourraient très bien être l’office d’un magazine d’art.

Même chose dans le bâtiment d’en face qui abrite l’usine des tubes et le montage des vélos Cinelli.

Les cadres Cinelli ne sont pas fabriqués sur place. Ceux en acier sont exclusivement soudés sur le territoire italien par des artisans dont Cinelli désire garder le secret, tandis que les cadres en carbone sont fabriqués en Asie (sauf le Laser réalisé en Italie).

L’entrée de l’usine se fait par une grande porte peinte par l’artiste américain Zio Ziegler. On entre, l’air est chaud et sent le métal. Des vélos Cinelli, des portraits de champions, des anciennes affiches et des œuvres d’art. Encore…

Une fabrique de tubes tout droit sortie des années 50

Visiter la fabrique de tubes Columbus c’est faire un bond en arrière de 70 ans. Comme si rien n’avait changé depuis. Comme si le temps s’était arrêté et tout était resté identique. J’imagine Fausto Coppi et Faliero Masi rendant visite à Angelo Colombo et récupérer quelques séries de tubes pour le prochain vélo du Campionissimo… C’était hier.

Les techniques ont évolué, l’acier aussi. On parle maintenant de séries XCR, Spirit et Life. L’inox permet désormais de fabriquer des cadres acier de très haut niveau qui n’ont rien à envier aux productions carbone actuelles.

La matière première, en grande majorité de provenance italienne, est livrée sous forme de tubes épais et longs d’une dizaine de mètres. Les tubes sont ensuite taillés et allongés, étirés. Chaque série a sa propre recette. De 3-4 étirements pour les Spirit et Live à une quinzaine pour l’inox XCR.

Bien que chauffés lors de l’étirement, les vrais traitements thermiques sont effectués en amont. Une fois la forme et l’épaisseur voulues obtenues, seul un nettoyage intérieur et extérieur est effectué, puis les tubes sont stockés huilés. Du côté de la coupe, le tube se parera d’une peinture rouge, tel un signe de fabrique de Columbus.

Share This