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Colnago Ottanta 7

par | Mai 20, 2019 | Les essais

À l’occasion de son 87ème anniversaire Ernesto Colnago a présenté au Monde un vélo unique. C’était à Londres en petit comité. Nous y étions. Seuls français présents aux côtés du Maestro pour découvrir en compagnie de Giuseppe Saronni l’Ottanta 7. Vélo ou testament spirituel, un palimpseste émotionnel qui appelle à lui la quintessence des temps glorieux où la technologie ne tenait jamais lieu de génie.
Cette machine réalisée à un seul et unique exemplaire, synthétise toute la classe et toute l’histoire des bicyclettes de la marque au trèfle. Au-delà de toute notion réelle et commune, un cadre acier plaqué or 24 carats équipé du groupe le plus légendaire qui soit : le Campagnolo du cinquantième anniversaire.
Voici le vélo qui restera certainement comme l’oeuvre ultime de l’éternel Ernesto. Nous vous offrons son essai en scoop absolu grâce à la confiance et à la générosité d’un collectionneur français fou de Colnago au point d’en posséder plus de 200, Gérard Abadie. Qu’il en soit remercié.

L’ESSAI ULTIME

C ertains coureurs m’ont fait rêver. Marco Pantani et Lance Armstrong. Pavel Tonkov aussi. Mais dans ma carrière de cycliste, un seul homme m’a fait plus rêver que tous les autres : Ernesto Colnago.
Ayant eu la chance de le rencontrer à de nombreuses reprises et ayant aujourd’hui le bonheur de le côtoyer, je peux affirmer qu’il est bien le Pape du cyclisme. Aucune autre personne n’aura autant révolutionné notre sport. Pas un champion, pas un autre constructeur, pas un ingénieur. Personne.
Personne selon moi ne possède sa sagesse, sa vision des choses, ses connaissances, son intelligence et son savoir-faire. Personne jamais n’a rêvé aussi haut et aussi loin.

Et je dois dire que sa rencontre a changé ma vie. Entre prise de conscience des réalités de notre sport, tant au niveau sportif que mécanique ou marketing, on ressort bien différent de sa rencontre avec celui qu’on surnomme simplement il maestro.
Car à 87 ans passés il aurait bien des leçons à donner à certains coureurs, constructeurs ou ingénieurs bien plus prétentieux qui ne possèdent certainement même pas ne serait-ce qu’une infime part de son talent.
Alors dans tout cela l’Ottanta7, rebaptisé C87, n’est qu’un simple rappel de la réalité.
Un retour à la réalité nécessaire aujourd’hui où certains rêvent devant des bouts de carbone mal construits et mal réalisés. Mais au fond ça n’est pas leur faute, les mêmes prétentieux dont je parle plus haut sont devenus des as du marketing, aptes à faire passer un poster Ikea pour un Chagall ou un De Chirico.

À ceux qui ne voient dans l’extraordinaire Ottanta7 que le remake d’un vélo vintage et dépassé et ajoutent « encore du clinquant chez Colnago », je leur réponds personnellement qu’il est inutile de continuer à lire ces lignes, s’ils ne peuvent apprécier le geste d’artiste et d’esthète d’Ernesto Colnago, ils ne pourront apprécier cet article.

Dans ce contexte j’ai essayé le Colnago Ottanta7 et je suis le seul au monde.

Oui, personne d’autre que moi n’a chaussé les cales-pieds dorés des sublimes pédales Campagnolo, polies. Tout comme personne d’autre n’a pu admirer les reflets du ciel dans les reflets dorés du cadre. Pas même son propriétaire actuel qui m’avoue ne pas réaliser encore toute la beauté de cette machine. Et ne pas même oser l’utiliser. Une question de respect certainement pour celui qui envisage prochainement d’offrir à ses quelques 200 Colnago un Musée qui serait simplement nommé Musée Ernesto Colnago. Avec comme joyau absolu cet Ottanta7 unique.
Alors ce jour où j’ai chaussé mes chaussures Detto Pietro, enfilé mon maillot laine fabriqué en italie et posé mes lunettes Vuarnet sur mon nez, je m’en souviendrai toute ma vie.
Car le chuintement des boyaux FMB neufs – collés sur ces jantes dorées Nisi à tomber – m’a donné la chair de poule. Et je me souviens de chaque seconde à ses commandes. Il est certain qu’aucun autre vélo ne m’a donné autant de frissons et dans l’avenir aucun autre ne m’en donnera plus.

La rigidité du cadre est plus que suffisante. Si Eddy Merckx était capable de rouler à 50 km/h avec un Mexico dans les années 70, pourquoi pas moi aujourd’hui ? En fait tout est comme ça sur l’ Ottanta7. Évidemment les derniers vélos en carbone, tels le C64 sont plus légers et plus rigides. Mais le plaisir en selle n’a pas progressé.
Le confort est simplement exceptionnel. Aucun autre vélo de production n’arrive à la cheville de l’Ottanta7 en la matière. Et ne me parlez pas des machines pseudo-endurance au confort soit-disant étudié par des armées d’ingénieurs et d’ordinateurs…
Même chose pour le groupe Campagnolo du cinquantième anniversaire. Il fonctionne à merveille ! Je ne dis pas qu’il faut obligatoirement revenir au changement de vitesse sur le cadre (au contraire, l’évolution des groupes est bénéfique à la performance, c’est indéniable) mais on s’y fait très bien. Cela me fait penser au retour en arrière de certains constructeurs automobiles qui avaient abandonnés les fameuses grilles de sélection au profit des boites séquentielles à palettes au volant. Après le mécontentement de beaucoup de clients on a pu observer le retour de ces fameuses grilles de sélection. C’est la même chose concernant le choix d’équiper l’Ottanta7 du groupe du cinquantenaire. Pas un retour en arrière, mais un retour aux sources. Un retour à l’essentiel.
Et c’est bien ce qui ressort de mon essai de cette machine extraordinaire. L’Ottanta7 est une machine essentielle dans l’histoire du vélo de course. Qui mériterait d’être exposée au MoMa de New York aux côtés de la Jaguar Type E. Où comment marquer l’histoire.

Vous pourrez bientôt admirer l’Ottanta7 et toute la collection de Colnago (près de 250 machines d’exception) de Gérard Abadie dans son musée qui devrait être inauguré à Rivesaltes en présence du Maestro en personne.
Mais à ce jour, n’hésitez pas à vous rendre au magasin Les Cycles Moreno pour admirer une partie de cette extraordinaire collection. Vous y serez accueillis par des passionnés et des experts de la marque Colnago. Une adresse à visiter absolument !

Contact : Cycles Moreno – 18 avenue Alfred Sauvy, Mas garrigue Nord
66600 RIVESALTES (Perpignan) – cyclesmoreno.com – Tél. 04 68 61 35 43

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