Colnago C64

par | Fév 14, 2019 | Le Supertest

Au risque de m’attirer les foudres des habituels et redondants détracteurs qui reprochent à Top Vélo sa trop grande proximité avec la grande botte (oserait-on reprocher à un magazine automobile ses multiples essais d’autos au cheval cabré ?), je persiste et signe, il n’existe pas d’autres fabricants semblables à Colnago. Tout comme il n’existe pas d’hommes semblables à Ernesto Colnago dans le milieu du vélo. En réfléchissant, on pourrait le comparer à un Enzo Ferrari (son ami) ou un William Lyons. De même, on peut sans problème établir des points communs entre Cambiago, Maranello et Coventry, ces lieux d’où sont sortis les plus beaux engins fabriqués par l’homme. L’apposition sur un cadre de la signature reconnaissable entre toutes de Colnago transforme indéniablement une simple bicyclette en objet à part. Voilà pourquoi…

Capolavoro

J’écrivais en février dernier dans mon article consécutif au lancement du C64 que peu de bicyclettes m’avaient donné autant d’émotion que ce Colnago. Je parle là de passion et d’amour pour le beau matériel et pour ce que représente le fait de rouler dessus. Car on peut dire (et écrire) ce que l’on veut, rouler sur tel ou tel vélo, s’afficher sur telle ou telle marque fait de vous un porte-étendard.
Être le porte-étendard du vélo des soixante-quatre années de la marque Colnago, quoi de plus noble ? Car le C64 est l’aboutissement ultime des soixante-quatre (!) années de la marque Colnago. Soixante-quatre ans durant lesquels Ernesto Colnago n’a cessé d’étudier, de fabriquer et d’innover dans un seul but : proposer les meilleurs vélos pour les coureurs et cyclistes du monde entier. Voilà ce que le Maestro nous racontait il y a quelques jours lors de notre visite dans ses bureaux, à Cambiago. Une visite pour récupérer le joyau testé dans ces quelques pages. Une simple visite qui s’éternise, comme toujours avec Ernesto Colnago. Entre passionnés, les discussions dévient et n’en finissent jamais. L’homme de 86 ans est toujours dans une grande forme et a toujours quelque chose à dire, quitte à en froisser certains. Il a énormément contribué au cyclisme moderne et a bien raison de s’en targuer.
Que ce soit dit.
Dernier d’une grande lignée, le C64 compte parmi ses illustres devanciers des noms tels que Mexico, Master, C40, C50, Extreme C ou Power, EPS, et C60 pour ne citer que les plus connus. Des vélos encore très côtés alors que l’immense majorité des machines concurrentes de l’époque ne valent plus rien. Certains Colnago s’échangent à prix d’or, c’est aussi ça le mythe…

Techniquement

On en parle souvent comme le dernier vélo classique ultime, mais bien peu de personnes sont au fait de toute la technologie employée et développée pour le construire. Certains ne voient qu’une simple évolution du C60 qui lui-même était une évolution du C59 qui lui-même… Pas du tout. Pour les béotiens, le C64 conserve l’apparence d’un vélo classique. Ceux-là rêvent devant des vélos qui seront démodés dans six mois. Pas une leçon de ma part, mais un réel fait. Si vous lisez régulièrement Top Vélo, votre sensibilité pour les belles choses et les belles histoires vous fera comprendre tout ce qui fait du C64 une référence technologique et culturelle.
Par rapport à son devancier le C60, la masse est en baisse de200 grammes pour la version à freinage classique et 270 grammes pour la version à freinage disques sur l’ensemble cadre-fourche-tige de selle-jeu de direction, ça n’est pas rien ! Si la rigidité latérale est égale, par contre la rigidité verticale est inférieure afin d’obtenir plus de confort, là où le C60 pouvait paraître dur pour des cyclistes légers. Rigidité latérale égale donc et poids en baisse, ce qui permet d’augmenter le ratio poids/rigidité.
Toujours côté confort, le jeu de direction est doté de bagues en élastomère qui permettent une légère déformation à cet endroit, ce qui élimine les vibrations en provenance de la route. Autre point d’appui, côté tige de selle. Adieu la tige ronde, bonjour la tige profilée à serrage intégré dans le cadre. Une tige disponible en trois versions de recul (0 mm, 15 mm et 30 mm) et qui intègre un lay-up de carbone spécifiquement conçu pour autoriser une déformation de l’élément. Là encore, un élément à l’apparence classique joue un rôle très important dans le comportement du vélo… Une tige de selle profilée qui annonce un cadre profilé lui-aussi. Même si ça ne transparaît pas du tout lorsqu’on le regarde, le C64 est passé en soufflerie et bénéficie de tubes, d’une douille de direction et d’appendices destinés à favoriser l’écoulement de l’air. À cette fin, une potence a été créée spécifiquement pour faire passer la câblerie à l’intérieur. Câblerie qui chemine ensuite dans le cadre grâce à un pivot de fourche expressément conçu pour. Il n’est plus rond et voit sa face arrière aplatie de manière à laisser la place à la câblerie. Renforcé en son milieu, il assure aussi une rigidité de premier ordre à la direction, particulièrement perceptible en descente. Toujours côté aérodynamisme, la fixation du porte-bidon sur la poutre transversale est étudiée avec un léger renfoncement dans lequel se fixe le porte-bidon. Notez la plaque métallique comportant le numéro de série du cadre à cet endroit, du plus bel effet.

L’élément qui ressemble le plus au C60 est certainement le tube de selle. Pourtant celui-ci ne fait désormais qu’un avec le raccord supérieur. Le but est encore une fois d’optimiser la rigidité verticale (confort) et le gain de poids (15 grammes). Et comme le C64 est disponible et 14 tailles, il existe 14 tubes de selle différents. Pour le sur-mesure, ils sont fabriqués à l’unité et comme je l’avais écrit en février, les techniques sont comparables à de l’artisanat, comme dans une manufacture. Un cadre adapté aux pneumatiques jusqu’à 28 mm qui se conforme ainsi à la tendance actuelle, même si Ernesto Colnago reste fidèle aux 23 et 25 mm.

C’est une première chez Colnago, le boîtier de pédalier et tout l’arrière du vélo est asymétrique. Le boîtier se voit légèrement décalé sur la droite (côté transmission) et les bases sont de diamètre différent. Afin d’optimiser le transfert de puissance, on retrouve deux systèmes complètement opposés selon le freinage à disques ou patins. Sur notre vélo en freinage à patins, les bases et haubans sont en une seule partie et les bases sont considérablement renforcées (diamètre supérieur, bien visible à l’œil) par rapport au cadre à freinage disques bénéficiant d’axes traversants de 12 mm qui augmentent la rigidité. Pour retrouver le même comportement, Colnago a donc augmenté le diamètre des bases sur les cadres à freinage patins et pour la transmission de puissance, la base droite est aussi plus grosse sur tous les cadres.

Le boîtier de pédalier reste au standard ThreadFit 82,5 mm. Inventé par Colnago sur le C60, ce boîtier de pédalier comporte un insert aluminium dans le cadre dans lequel viennent s’insérer les cuvettes press-fit, ce qui évite le contact cuvettes-carbone. La fiabilité s’en trouve améliorée, typiquement Colnago. Un boîtier de pédalier qui intègre le passage de gaine directement dans le carbone, le traditionnel guide câble en plastique passe ainsi aux oubliettes. Il n’y a pas de petits détails.

Du Campa sinon rien

À chaque essai de vélo Colnago c‘est la même chose, comment peut-on penser équiper une machine au trèfle autrement qu’en Campagnolo, tant l’histoire et le mythe de ces deux marques se complètent… Ici en plus, le vélo est celui de l’équipe pro UAE- Abou Dabi, donc équipé comme tel avec groupe Super Record EPS et roues Bora Ultra 50 mm à boyaux. Ça ne rigole pas !

Les composants sont issus de chez Deda avec un cintre et une potence Superleggera. Cintre et carbone et potence aluminium. À ce propos, s’il y a quelques années les potences en carbone étaient à la mode, elles se montraient en réalité plus lourdes et pas forcément plus rigides, au contraire. Côté fiabilité ça n’était pas non plus la panacée. Le combo cintre carbone et potence aluminium semble donc aujourd’hui le plus performant. On retrouve aussi l’assise Prologo qui sponsorise l’équipe, une vraie selle de pro, qui ne vise pas le gain absolu du gramme mais le confort. La performance passe aussi par là.

Sur la route

L’émerveillement.

Équipé de la sorte, le C64 subjugue dès les premiers tours de roue. Sa rigidité n’est pas en reste, malgré ses tubes à l’apparence ronde (ce qu’ils ne sont absolument pas en fait), la rigidité est de très haut niveau et le confort a indéniablement progressé, tant côté poste de pilotage qu’assise. Le flex de la tige de selle se ressent tout comme l’absence de vibrations en provenance de la direction. Quelle évolution par rapport au C60 ! Avec ses roues à haut profil, le C64 donne sur le plat des sensations qui sont d’ordinaire réservées aux purs vélos aérodynamiques. On enroule sans effort, il suffit de tourner les jambes, il fait le reste.

Même chose lorsque la route s’élève, j’ai le sentiment d’avoir entre les jambes une machine ultralégère (ce que le Colnago n’est pas, il est léger mais sans plus) qui jouit d’une incomparable vivacité. Vivacité qui ne pénalise pas le vélo dans les relances tant sa rigidité est de haut niveau. Bref, un comportement bluffant. Je peux en dire tout autant dans les descentes où le toucher de route propre aux vélos de la marque au trèfle est présent. Ressenti fidèle du grain de la route, parfaite sensibilité de la direction et comportement sain lors des changements d’appuis, même brusques.

C’est clair, il sait tout faire.

Après le C60, la révolution C64

Car le C64 en offre bien plus que le C60.

Plus confortable, plus facile à utiliser, son comportement démocratise le Colnago haut de gamme qui était autrefois réservé aux athlètes. Sa construction à raccord lui permet de proposer un nombre très impressionnant de tailles et d’offrir la possibilité du sur-mesure tandis que sa technologie lui offre le comportement des cadres monocoques qui ne peuvent se targuer d’une telle adaptation au cycliste. Rouler en Colnago C64 c’est bénéficier d’une machine où on se retrouve posé à la perfection. Vous aviez oublié que cela était possible ? Mieux qu’un vélo, offrez-vous une œuvre d’art ! Le Colnago ultime ? À l’heure actuelle, certainement.

Sur le circuit d’essai Top Vélo

Mon dernier (et tout premier) essai du C64 s’était déroulé en début d’année, sur l’île de Lanzarote, aux Canaries. Des routes casse-pattes, ventées et aptes à mettre à mal n‘importe quel vélo. Exactement comme notre circuit d’essai.

Cadre de course, roues de course pour pur bête de course. Je pars avec l’idée de réaliser un bon temps d’autant plus que les conditions sont idéales en ces premiers jours d’automne. Le braquet de mon vélo d’essai est celui utilisé par Manuele Mori dans le Tour de Lombardie cette année (nous avons récupéré sa machine le lendemain de l’épreuve), c’est-à-dire un vrai braquet de pro. 53 x 39 à l’avant, ça ne rigole pas ! Mais comme c’est aussi le braquet que j’utilise sur mes propres vélos, ça ne me change pas trop, j’ai l’habitude. La portion plane du départ est avalée. Le C64 n’est pas une pure machine aérodynamique, mais c’est tout comme tant il évolue avec facilité au-dessus de 50 km/h. Attention, il faut quand même s’employer, on ne roule pas à 50 km/h comme à 30 ! Mais il est assurément plus « facile » dans cet exercice que d’autres machines.

J’arrive sur la route en mauvais état, avant d’entamer la première (et très difficile) montée. À cet endroit je suis souvent malmené avec les purs vélos de compétition. Pas avec le C64, qui indéniablement offre plus de filtration verticale que son prédécesseur et que la plupart de ses concurrents. Rien à dire. Virage à droite, la pente se profile devant moi. Je choisis de rester sur le grand plateau pour cette première partie tout en croisant la chaîne. Je me retrouve sur 53 x 25, un développement qui m’offre un excellent couple. Ça passe sans encombre, même si en haut les jambes commencent à piquer. En tout cas, le vélo répond au doigt et à l’œil.

Petite récupération avant de recommencer dans la partie la plus pentue. Je repasse sur le petit plateau, c’est plus raisonnable. À ce propos, et je l’avais déjà écrit, faites les mises à jour de vos groupes EPS, le fonctionnement s’en trouve amélioré et le passage de vitesses (ou de plateaux) est fulgurant de rapidité. Autre style de pédalage, plus en souplesse. Le C64 s’accommode très bien à cela et les roues à haut profil de 50 mm suivent le rythme. Je monte vite.

Même en danseuse, je ne ressens pas d’inertie négative, pourtant avec ses 6,8 kg le Colnago ne fait pas partie des vélos les plus légers à passer sur notre circuit d’essai. Il faut dire que notre vélo est équipé d’un capteur de puissance Power2Max qui ajoute au moins 200 grammes au poids total. Je trouve même que précisément sur ce tronçon, il fait partie des machines les plus performantes sur lesquelles j’ai pu rouler. Replat après le sommet et léger vent de dos. Le chrono risque bien d’être très bon !

L’occasion de repasser sur le grand plateau et de repasser au-dessus des 40 km/h. Une vitesse qui me permet d’arriver vite dans la descente. Longue ligne droite et au bout, un gros freinage avant un virage à l’aveugle vers la gauche. Le freinage des étriers Direct-Mount se montre pour mon poids largement assez puissant. La piste de freinage « AC3 » des Bora renforce encore cette sensation de contrôle absolu du freinage. Comme quoi, pas besoin du disque (pour mon poids, je le répète). C’est la dernière montée, moins pentue que les deux premières, mais plus longue. Je passe avec un grand développement mais en me forçant à tourner les jambes. C’est-à-dire très vite. Je lis la puissance affichée sur mon compteur Wahoo : aux alentours de 400 watts.

C’est la dernière descente, je me lance à pleine vitesse. Assez rectiligne, elle ne requiert aucun freinage sauf en bas, en arrivant au croisement marquant la fin de notre circuit d’essai. La vitesse se cale aux environs de 80 km/h dans une stabilité assez irréelle. J’ai le sentiment de pouvoir aller 20 km/h plus vite si quelqu’un me poussait sans me faire peur. Incroyable.

Poids : 6,8 kg – Tarif : 12 050 euros – Renseignements : www.colnago.com

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