L’homme qui a imposé FSA en Europe c’est Claudio Marra. Cet Italo-Français qui a fait ses armes chez Columbus est aujourd’hui l’homme qui dirige la marque sur notre continent. Voici ses confidences à Top Vélo

Alexandre Lombardo : Comment voyez-vous le cyclisme et nos vélos dans quelques années ?

Claudio Marra :

Je vois ça comme la moto il y a trente ans. Je ne sais pas si vous vous souvenez, il y avait à l’époque le cadre de la marque du constructeur puis le moteur d’une autre marque, puis les freins et la fourche d’une autre encore… La moto était un patchwork, un assemblage de pièces fabriquées et siglées par plusieurs sociétés.

Tout doucement cela a évolué et maintenant on ne trouve généralement plus qu’un seul nom sur les motos. Suzuki, Yamaha, Piaggio… Je pense que le vélo va suivre cette évolution.

On voit que des marques comme Specialized, Canyon, Giant ou Trek proposent déjà leurs composants tels que roues, cintres, potences ou selles. Il ne reste pratiquement plus que la transmission que se partagent Shimano, Campagnolo et Sram.

Si demain une marque comme Specialized vient me voir en me demandant des groupes sérigraphiés « Specialized », je ne pourrai pas refuser. Je pense que c’est une question de temps. Les marques veulent proposer des vélos complets et ça passe par les groupes, évidemment.

Et le succès du vélo électrique va dans ce sens. Peut-être que dans 7-8 ans, 70 % des vélos vendus seront motorisés, car même les coureurs peuvent être intéressés par ce type de machines. Quel que soit le niveau du pratiquant, il y aura un vélo adapté à ses besoins.

Alexandre Lombardo : À propos des vélos électriques, pensez-vous qu’ils vont encore évoluer ?

Claudio Marra :

Il y a encore beaucoup de travail à réaliser, notamment sur les pertes lorsque le moteur n’est pas utilisé. Sur les vélos limités à 25 km/h, il est pratiquement impossible de rouler à 30 km/h sans fournir un effort surdimensionné par rapport à un vélo traditionnel, ce qui est anormal.

Alexandre Lombardo : FSA travaille sur un moteur électrique ?

Claudio Marra :

Bien sûr ! Mais actuellement nous orientons tous nos efforts sur le groupe K-Force WE.

Je peux cependant vous dire que le marché est fait de telle manière qu’on sait déjà que trois types de vélos électriques perdureront.

Pour la ville city bike, pour le VTT mountain bikeavec le moteur dans le boîtier de pédalier, et puis le vélo de route. À ce propos, le plus intéressant aujourd’hui est le moteur dans le moyeu arrière.

Une société espagnole propose un bon produit et travaille déjà avec Orbea et BH. Une fois monté, on ne voit quasiment rien. Le point positif est que ce système ne modifie pas le Q-Factor et n’ajoute qu’entre 3 à 4 kg au poids total du vélo, ce qui est peu comparé aux autres systèmes. Et sur le plat, aucun problème pour rouler normalement, on n’est pas limité par l’entraînement du moteur.

On pourrait d’ailleurs imaginer la création de salons comme l’Eurobike mais spécialisés dans les vélos électriques, car vous savez, cette nouvelle catégorie de vélos amène de nouveaux investisseurs dans le monde du cyclisme. Les sociétés de câblage, de batteries… Le fait que Yamaha, Panasonic ou Polini s’intéressent au vélo me plaît beaucoup !

Alexandre Lombardo : Les magasins vont arriver à se former sur toutes ces nouvelles solutions techniques ?

Claudio Marra :

Il va y avoir des changements à ce niveau. L’approche de chaque détaillant sera très importante. Les magasins traditionnels ne pourront pas s’occuper de toutes les marques. J’imagine bien des « centres » spécialisés pour chaque type de moteurs, sous formation directe du fabricant.

Je pense aussi que le vélo électrique citadin peut prendre des parts de marché aux scooters. Plus confortable, plus facile à utiliser, plus économe et ne faisant pas de bruit. Dans les grandes villes, on va certainement voir les gens adopter ce type de moyen de transport. Donc je vois bien les vendeurs de scooters vendre les vélos électriques, d’autant plus qu’ils sont déjà habitués à gérer l’électronique présente en masse sur les scooters.

Alexandre Lombardo : Et comment FSA se prépare à cela ?

Claudio Marra :

C’est très simple. À mon avis, nous allons devenir le « Brembo » de la situation. Brembo est dans la Formule 1, le championnat Moto GP et équipe plus de 80 % du plateau. Ensuite ils sous-traitent le système de freinage pour la voiture de madame et monsieur tout-le-monde. Si vous achetez une BMW, une Mercedes ou une Maserati, il y a de fortes chances que les freins soient fabriqués par Brembo.

Aujourd’hui l’équipe Cannondale roule avec FSA, demain nous allons peut-être fabriquer 5 000 groupes sérigraphiés Cannondale, allez savoir. Nous fabriquons déjà des pédaliers Cannondale, pourquoi pas des groupes après ça ?

Alexandre Lombardo : Ce type de raisonnement, Shimano doit le faire également, j’imagine ?

Claudio Marra : (Rires) Ils ont des moyens bien supérieurs aux nôtres ! Ils font ce qu’ils veulent. Et puis Shimano a déjà suffisamment de marques pour proposer tous les composants nécessaires au montage d’un vélo…

Alexandre Lombardo : Parlez-moi de l’intégration. Je crois que FSA est pionnier dans ce domaine.

Claudio Marra : Oui ! C’est clairement l’un des prochains pas en avant pour les vélos. Sur ce point aussi nous n’en sommes qu’au début, mais je suis certain qu’un jour tous les câbles passeront à l’intérieur des cadres, même sur les machines d’entrée de gamme.

Nous proposons d’ailleurs un système clés en main pour les fabricants de cadre. Parce que tout le monde ne s’appelle pas Specialized et ne peut pas se payer un bureau d’étude composé de dizaines d’ingénieurs. Nous pouvons donc collaborer étroitement avec un fabricant pour l’aider à intégrer les câbles et gaines grâce à ce système que nous avons développé (il sort sur la table un prototype et me le fait voir).

Alexandre Lombardo : Il sera indiqué FSA sur ces cadres ?

Claudio Marra : Ce sera un choix stratégique entre le constructeur et FSA. Et aussi une histoire de SAV. Si le fabricant ne se sent pas capable d’assurer le SAV, alors il y aura certainement écrit FSA. Ce sera au cas par cas.

Alexandre Lombardo : Vous comptez être présent sur des vélos de tous budgets ?

Claudio Marra : Le cœur de cible, ce sont les machines autours de 3 000 euros qui sont pour la plupart montées en Ultegra. On trouve des vélos en Ultegra à partir de 1 600 euros et jusqu’à plusieurs milliers d’euros. À côté de ça, on trouve des roues en aluminium ou carbone et même chose pour les composants. Mais le consommateur se réfère toujours au groupe pour positionner son vélo par rapport aux autres.

Nous voulons proposer plus. L’image de FSA doit pouvoir qualifier un vélo instantanément, comme Brembo.

Alexandre Lombardo : Et l’aftermarketperdurera ?

Claudio Marra : Aujourd’hui c’est très important, ça représente globalement 30 % de notre chiffre d’affaires. Je pense qu’il en restera toujours une part.

Regardez les vélos avec le freinage à disques. Les roues de série sont rarement de grande qualité et bien souvent les premières remplacées. Les consommateurs ne se trompent pas. Il faut donc être présent.