Pourquoi vous présenter un vélo à pignon fixe ? C’est une spécialité en pleine expansion en Europe… et j’en pratique à haut niveau !

La marque Cinelli a été créée en 1947 par Cino Cinelli, qui compte dans son palmarès une victoire à Milan-San Rémo en 1943. Reprise par Antonio Colombo (patron de la célèbre marque de Colombus), la marque propage le charme italien sur toute la gamme et se révèle être l’une des marques phares du pignon fixe.

Mais c’est un vélo de piste !

Absolument, bien que les courses de pignon fixe soient relativement nouvelles, ce sport prend ses racines dans les grands jours du cyclisme sur piste, à l’image des épreuves telles que les Six Jours. L’innovation a fait que les vélos à pignon fixe ont été remplacés par des vélos à vitesses et roues libres sur la route. Cependant, la pratique du pignon fixe n’a pas totalement disparu sur les routes. En effet, de nombreux cyclistes professionnels s’entraînent encore l’hiver en pignon fixe, afin de reprendre les bases pour la saison à venir. Le pignon fixe est une transmission où le pignon arrière est unique, monté sans roue libre, d’où l’appellation « fixe ». Pour celles qui n’ont jamais essayé, nos jambes continuent d’être entrainées quand on veut freiner, il faut soit faire un dérapage de la roue arrière ou bien la faire sauter, si vous avez des pédales automatiques. Dans le cas contraire, pensez à mettre des pédales plates dotées de sangles, en cas d’urgence vous pouvez utiliser la semelle de votre chaussure comme frein mécanique sur la roue arrière.

 

Un peu d’histoire

La montée en puissance des messagers à vélo dans les années 1980-1990, aux États-Unis, donnent un regain au pignon fixe. Pour les messagers c’est un vélo fiable, facile à entretenir et fournissant de l’adrénaline quand il faut le piloter en ville. Une communauté s’est créée entre messagers et un nouveau format de compétition a commencé à être organisé, le Alleycat : une course qui se pratique sur la voie publique, tous vélos autorisés, tous sexes et âges également. Ce sont des événements qui existent toujours, même s’ils sont sauvages, et qui consistent à faire une course d’orientation dans la ville, les balises de collines étant remplacées par des mots codes, des images ou des objets à relever.

Pour son anniversaire en 2008, David Trimble a organisé une course de pignon fixe sur un circuit plus ou moins fermé dans le quartier du Red Hook à Brooklyn (New York), c’est à ce moment-là que la naissance des courses à pignon fixe doit être marqué.  Depuis, la course en circuit fermé s’est professionnalisée, la distinction entre les sexes a suivi. Pour anecdote, la première édition était mixte et a été remportée par une femme ! Le Red Hook Crit est devenu l’institution reine dans le monde du pignon fixe, à tel point que la série de courses se dispute à l’international (Londres, Barcelone, Milan, New York), réunissant les meilleurs athlètes du pignon fixe du monde.  Maintenant, la discipline se propage avec de nouvelles organisations dans le monde entier.

 

De la piste sur la route alors ?

J’utilise le Vigorelli sur la route comme sur la piste. La particularité de ces circuits en extérieur, c’est l’enchaînement de virages, dont certains en épingle, qui rendent la discipline « extrême ».

Vous présenter ce vélo est assez simple car c’est un vélo épuré. Un vélo de piste est un vélo à pignon fixe où l’essentiel est en place : un cadre, une transmission à pignon fixe, un poste de pilotage et une assise.

J’ai donc un cadre Cinelli Vigorelli, du même nom que le vélodrome de Milan, c’est le cadre le plus polyvalent de la marque. J’apprécie de le manier en criterium, en piste et également lors des sorties café en pleine ville, la veille des courses. Les sections surdimensionnées des haubans arrière en aluminium Colombus Airplaine donnent du cachet, et la garantie du passage de la puissance à travers ce vélo.

Mon poste de pilotage est composé d’un guidon 3T Ergonova de forme compacte et d’une largeur de 38 mm, couplée à une potence Cinelli Neos de 110 mm avec un jeu de direction Colombus, ce qui me permet de jouer efficacement dans les courbes.

Le train de roulement est composé d’une paire de roues hollandaises, des FFWD F6, assez hautes avec leurs 60 mm et montées avec des boyaux Continental Gatorskin. Les roues Fast Forward sont plébiscitées, que ce soit sur piste ou à pignon fixe, par contre je préconiserais une hauteur de jantes plus basse afin d’avoir plus de réactivité à la relance.

J’utilise un pédalier Vision, monté avec un plateau Miche plein en 51 et un pignon Dura-Ace 15 dents à l’arrière, bloqué par un contre-écrou de la même marque. Le plateau plein est censé mieux rendre l’effort appliqué sur la torsion, en tout cas il est très esthétique, il donne un look agressif au vélo.

En ce qui concerne l’assise, j’ai une tige de selle Cinelli Neos montée d’une selle San Marco Aspide Red Hook Crit Edition, qui a été produite en quantité limitée de 100 pièces. Je la mets fièrement en avant puisque je l’ai gagnée lors d’un podium sur une manche du Red Hook Crit. C’est une selle adaptée aux femmes grâce à son évidement, bien qu’elle conviendrait plutôt aux filles qui ont un écartement relativement étroit entre les ischions.

 

Nous ne formons qu’un !

C’est un plaisir de rouler au guidon de cette machine à pignon fixe, j’ai l’impression de faire corps avec le vélo ! Il n’y a pas de composants parasites, le transfert entre la puissance développée par mon pied et la roue arrière semble instantané, si bien que quand je veux stopper mon vélo, c’est tout mon corps qui doit se tendre pour créer le dérapage. De plus, les jantes hautes font résonner le bitume, ce qui donne une sensation de puissance à bord de cette machine, et j’aime les faire résonner encore plus fort en balançant mon guidon de part et d’autre de ma trajectoire. Je retrouve de l’adrénaline dans mes virages où je ne peux pas m’arrêter de pédaler, c’est la première chose qu’on apprend à ne pas faire en école de cyclisme ! Ne vous inquiétez pas, votre pédalier est plus haut que sur un vélo traditionnel, il est d’une hauteur mesurée de 280 mm environs par rapport au sol. Néanmoins, les plus funambules d’entre vous feront certainement crisser les pédales sur le sol, mais là encore, pas de stress, regardez droit devant vous, ça devrait passer. Sinon, on vous dira que c’est le métier qui rentre !

 

C’est parti !

N’ayez pas peur, l’entretien d’un vélo à pignon fixe est relativement simple, rapide et ne nécessite que peu d’outils, mais cela requiert un peu d’entraînement, tout comme la pratique. Faire du vélo à pignon fixe n’est pas sans risque car vous n’avez pas de freins, je vous suggère d’en ajouter un à l’avant si vous débutez, et surtout si vous pratiquez en agglomération. Il me semble qu’à l’achat d’un vélo complet, le vendeur devrait le monter avec des freins, ce serait plus raisonnable !

Petite note à propos du jargon : un vélo de piste, on le trouve sur un vélodrome, un vélo à pignon fixe on le croise sur les criteriums, chez les messagers et dans les Alleycats, et le Fixie, c’est le vélo qu’utilisent les hipsters sur 300 m pour aller prendre un café (et c’est leur droit).