Jean-Christophe Rattel

Jean-Christophe Rattel

Il y a une dizaine d’années seulement, évoquer la marque Ekoi provoquait le plus souvent un signe d’incompréhension. Ekoi quoi ? Aujourd’hui Ekoi est le numéro un français du textile cycliste. Mais aussi le fournisseur en lunettes, en casques et en chaussures de quelques-uns des champions du Tour. Et pas les moindres. Jean-Christophe Rattel, fondateur de la marque et infatigable animateur Ekoi au quotidien, se retourne avec plaisir sur l’incroyable aventure qui est la sienne. En toute humilité, comme à son habitude.

L’incroyable Aventure Ekoï

« La première chose à comprendre, ou à savoir, c’est que pour moi le vélo c’est une passion. D’ailleurs c’est en passionné que je roule aussi souvent que je possible sur mon Colnago C64 Emirates équipé en Campagnolo Super Record. Un vélo en forme d’œuvre d’art qui porte en lui toute l’histoire du cyclisme. » Installé dans son bureau, au cœur de l’open space Ekoi de Fréjus, Jean-Christophe Rattel semble presque surpris que l’on s’intéresse à lui. Thomas Davy, ex-équipier du grand Miguel Indurain et aujourd’hui chargé de communication Ekoi dans les pelotons, me l’avait dit en souriant. « Faire parler JC de lui-même c’est presque mission impossible. Mais il te parlera volontiers de Ekoi et de ses rapports privilégiés avec les coureurs. Et pas seulement avec les champions. » JC, puisque c’est ainsi que son équipe l’appelle, avec amitié et respect, se présente donc comme un passionné. Mais un passionné décidé depuis toujours à changer les choses du marketing cycliste. Pour le rendre plus lisible, plus cohérent, plus abordable et plus fun à la fois. « Mission impossible », lui disait-on. Pas pour lui. Pas pour ces milliers de cyclos en quête de vêtements cyclistes sympas mais abordables. ABORDABLES. Ce qui dans l’esprit de Jean-Christophe Rattel ne devait pas être synonyme de cheap ou de bas de gamme. « Dès le départ j’ai demandé à mes équipes de ne pas penser seulement en termes de prix de revient et donc de vente, mais d’abord en termes de style et de confort. Il y a dix ans le cycliste avait le choix entre des textiles haut de gamme horriblement chers ou des vêtements vraiment pauvres tant du point de vue look que du point de vue confort. Or je suis d’abord un cycliste. Et je porte les vêtements que je vends. Donc la recette Ekoi ça n’a été qu’un respect absolu du cycliste-client. Nous lui avons proposé des tenues biens coupées, confortables, sympa à porter et le tout à des tarifs extrêmement abordables. En peu de temps nous avons trouvé notre voie et notre public. Aujourd’hui Ekoi est numéro Un sur le marché français et dans le peloton de tête en Europe. Après les vêtements hommes et femmes, Ekoi s’est lancé dans les casques. Puis les lunettes. Et enfin les chaussures. Une évolution logique selon JC. Qui découle d’une demande. Car le problème du ratio style-qualité-confort-prix était dans ce contexte encore plus important que pour le textile. « Il y avait une demande de nos clients. Une demande forte et continue. Alors nous avons travaillé avec les meilleurs bureaux d’étude pour proposer des produits sérieux, beaux, agréables à porter. Le tout à des tarifs corrects, abordables, que certains concurrents jugent agressifs. Sans comprendre que notre choix de vendre uniquement sur le net, exceptés nos show-room de Fréjus et Bédoin, nous permet de faire profiter nos clients d’un gain de compétitivité. En ne rognant jamais sur la qualité. C’est d’ailleurs cette qualité reconnue qui nous a permis d’entrer dans le cercle très fermé des fournisseurs officiels de teams professionnels. A commencer par celui du numéro Un Mondial Julian Alaphilippe à qui nous fournissons les lunettes. Vous imaginez bien que cet accessoire-là n’a rien d’accessoire. Il n’est pas question pour Patrick Lefevere, le patron de Deceuninck Quick Step de faire porter de mauvaises lunettes à ses coureurs. »
Actuellement Ekoi équipe pas moins de cinq équipes professionnelles. Et, outre Julian Alaphilippe, des champions de la réputation de Romain Bardet, Fabio Arù, Nacer Bouhanni, Andrei Greipel et le nouveau Champion de France Warren Barguil. Avec chacun Jean-Christophe Rattel a des relations suivies. Techniques certes, mais surtout amicales. Même dans les moments difficiles. Une attitude rare dans le milieu absolument impitoyable des courses pro. « Moi j’aime les coureurs. Je les admire. Je les respecte. Je les soutiens autant que je peux. Ce type de relation fait la force d’Ekoi. Autant que nos produits. Même si en définitive rien ne serait possible sans la qualité et les performances de ces mêmes produits. » Côté produits justement, Ekoi donne désormais le ton. Par exemple avec son superbe casque Légende porté par Romain Bardet. Une réminiscence esthétique des casques vintage à boudins, devenue un best-seller que chaque cyclo peut personnaliser lors de son achat sur le net en choisissant son casque en fonction d’une pléiade d’options graphiques. JC s’amuse de ce succès auquel certains de ses collaborateurs ne croyaient pas. « Notre force c’est le dialogue, l’échange. Mais à la fin je décide si je crois vraiment à un produit. Le Légende est un casque à part esthétiquement. Son succès s’inscrit dans la vague du vintage. Et ce succès nous vaut quelques copies côté concurrence. Ce qui indique bien que nous avions vu juste. Comme d’ailleurs pour notre proposition de personnalisation qui ne touche pas que les casques mais aussi les lunettes et les chaussures. Le style, toujours le style. La signature Ekoi ! »
Betty Kals

Betty Kals

Recordwomen du nombre d’ascensions du Mont Ventoux en 24 heures, la cyclo belge revient sur le théâtre mythique de ses exploits. Avec en tête l’idée d’un nouveau record fou à proposer au jury des Guinness.

La reine du Ventoux est de retour

Huit grimpées du Mont Ventoux en vingt-quatre heures. C’est le record établi par la reine Betty Kals en 2015. Record qui tient toujours et que la Reine du Ventoux se sent à nouveau prête à pousser plus loin. Mais pas tout de suite. Car c’est une autre idée de record qui trotte actuellement dans sa tête blonde. Elle en parle avec enthousiasme. Comme toujours.
« Ce sera quelque chose d’un peu plus dur encore. Et surtout d’un peu plus fou. Le vélo pour moi c’est une affaire de défi personnel. De challenge perpétuel à relever. Comme une œuvre d’art en perpétuelle évolution. Une poésie que j’écris jour après jour. »
Betty ne va pas plus loin dans ses explications. La crainte sans doute que son idée folle ne soit récupérée ou reprise par d’autres. La seule certitude c’est qu’elle a repris l’entrainement et que le coup de pédale est en train de revenir. Ses multiples grimpées du Ventoux ces dernières semaines sont là pour servir de mètre étalon.
« Après des problèmes de santé qui m’ont bloquée durant deux saisons, je reviens peu à peu à mon meilleur niveau physique. Mon programme d’entrainement, entre la Provence et les Alpes, je le suis rigoureusement. Et ça marche. Je grimpe de mieux en mieux. Peut-être même plus fort qu’en 2015. »

Entre une halte réparatrice chez l’ami Thierry à l’Auberge Provençale, un shooting photo pour Top Vélo et l’enregistrement d’une émission TV avec Gérard Holtz, Betty peaufine le planning des stages qu’elle propose désormais aux cyclos avec sa structure Betty Kals Concept.
« Les cyclos, femmes et hommes, sont constamment à la recherche d’une amélioration de leurs performances. Avec mes stages je leur permets de faire le point, de corriger leurs points faibles et de parvenir à leurs objectifs. Pour moi c’est tout à la fois une activité professionnelle complémentaire de mes saisons, mais aussi la concrétisation de mon désir de partage. Le vélo ce n’est pas un sport comme les autres. Il est surement le plus dur. Mais aussi le plus générateur de valeurs et d’émotions. C’est ce que j’entends mettre en valeur avec mes stages. »
Retour à l’actualité et aux projets. A sa nouvelle campagne de records d’abord.
« Ce sera en 2020, sans doute au printemps. Et il y aura des côtes. De quoi mettre en valeur ma capacité à grimper vite et longtemps. Je ne peux pas en dire plus aujourd’hui. Sinon de vous demander de relayer mon appel de recherche de sponsors. J’ai besoin de soutiens techniques et financiers. En retour, à l’heure où le cyclisme se conjugue de plus en plus au féminin pluriel, mes sponsors auront largement de quoi communiquer. J’ai parfois l’air d’une artiste, mais je suis avant tout une pro. »

Alcide Basso

Alcide Basso

Il a le look et la parole d’un chanteur italien des années rauques. Entre Vasco Rossi e Albano, Alcide Basso est un éternel enthousiaste. Fort de 40 ans d ’expérience et de défis, il dirige son entreprise avec le charisme mélancolique d’un patriarche devenu leader. L’époque et le temps semblent n’avoir aucune prise sur ses rêves ou sur ses souvenirs. Il mêle d’ailleurs les uns et les autres pour construire au jour le jour un avenir peuplé de vélos extraordinaires. Rencontre…

Le vélo est un art

« Vous voulez connaître nos motivations ? Savoir qui nous sommes vraiment ? Je vais vous répondre avec quelques mots essentiels.
Identité. Beauté. Élégance. Artisanat. Qualité. Performance. Détail. Soucis du détail ! Car la somme des détails donne l’élégance. Voilà tout. Rien de mystérieux. Rien d’artificiel. Dès le premier cadre soudé en 1975, pour un ami de grande taille qui voulait un 59, ces mots étaient mon credo. Ma raison de me lancer seul dans la carrière de constructeur. J’avais 17 ans seulement. Quatre décennies plus tard, rien n’a changé.»
Installé en tête de table dans la monacale salle de réunion, Alcide Basso aime assurément parler juste et clair. Sans s’embarrasser avec des explications marketing en forme de prétexte comme c’est trop souvent aujourd’hui la mode dans les rencontres avec les journalistes. D’ailleurs, le fondateur de la marque Basso sourit lorsqu’on lui parle de marketing. Et il avoue préférer parle de passion familiale.

« Chez les Basso nous sommes des passionnés de cyclisme. Mon frère Marino a été un très bon coureur pro. Vainqueur de 15 étapes du Giro et de 6 étapes du Tour. Et surtout Champion du Monde en 1972. Moi c’était la technique qui m’intéressait. Nous sommes de Vicenza, la ville de Campagnolo. J’ai toujours admiré Tullio Campagnolo. Et de la fenêtre de mon premier atelier j’apercevais les bâtiments historiques de Campagnolo. Cela me motivait. Me donnait plus d’ardeur encore au travail. Plus d’idées aussi. Je soudais comme dans un rêve. J’imaginais le vieux Tullio en train d’arpenter ses ateliers en dialoguant avec ses ouvriers. Qu’était-il en train d’inventer tandis que je limais mes tubes avant d’assembler un cadre sur le marbre ? »

Autodidacte absolu, Alcide aime insister sur son expérience acquise au prix d’un travail permanent. Travail de tous les instants durant des années. Travail singulier, basé sur le partage avec chacun des membres de son équipe. Il se lève, quitte sa place et me demande de le suivre dans le show-room.
« J’ai étudié tout seul. J’ai lu tout ce qui a été écrit sur la soudure, la brasure. Notamment des livres d’ingénieurs et de techniciens français. J’ai réalisé moi-même mes propres outils. J’ai beaucoup improvisé. Je soudais le jour et je lisais la nuit. C’est à ce prix que je suis parvenu à réaliser mes rêves de vélos absolus. A la fois beaux, performants, fiables, originaux. La signature Basso s’est ensuite peu à peu imposée. Par le bouche-à-oreille. Sans qu’il me soit nécessaire de faire de la publicité ou de la com. Mais alors que nous maitrisions parfaitement l’acier puis l’alu, un super matériau injustement oublié actuellement, j’ai vu arriver la folie du carbone. Un autre Monde. Et un nouveau défi à relever. Nous y sommes parvenus au prix d’un formidable travail d’équipe. Et j’ai pu appliquer au carbone mes règles géométriques et mon souci du détail. Avec toujours à l’esprit le désir d’imposer l’artisanat face à l’industrie. Une industrie qui allait progressivement renoncer à son identité pour faire appel à des sous-traitants asiatiques. Des sous-traitants travaillant indifféremment pour toutes les marques. J’ai voulu vous amener dans le show-room pour vous montrer cette vitrine où figurent les résultats de mes recherches. Un manifeste à l’usage de tous les membres de l’équipe Basso. De la famille Basso plutôt. Car nous formons réellement une famille. Chacun a son rôle. Chacun a ses qualités. Chacun est important. Autant que moi. Et chaque vélo Basso est le fruit de ce travail commun. 100% Basso et 100% italien. »

Basso, l’autre légende italienne

Basso, l’autre légende italienne

Depuis 1977 Basso propose aux amateurs comme aux champions des vélos d’exception. Machines rares, rêvées, conçues et fabriquées à 100% en Italie dans les ateliers de la marque. Pour Alcide Basso, le fondateur et toujours acteur, le prétexte marketing doit s’effacer devant les réalités techniques, esthétiques et stylistiques. C’est sur cet ensemble de valeurs que Joshua Riddle, nouveau directeur des ventes et de la communication de Basso Bikes, entend baser son offensive sur les marchés internationaux.

Nous sommes au pied du Monte Grappa, haut lieu du cyclisme italien. Marqué encore par les exploits de Coppi, Merckx, Hinault ou Pantani. C’est ici que s’est installée la marque Basso depuis quelques années. Fondée à Vicenza, patrie de Campagnolo, alors que le cyclisme était encore monopolisé autour de l’acier, Basso c’est véritablement l’autre légende italienne. Sans doute moins connue internationalement, mais tout autant réputée pour l’extrême qualité de ses productions. Avec une gamme, 100% made in Italy, qui ne fait aucun distingo de qualité entre ses modèles. « C’est ainsi, nous explique en souriant Joshua Riddle, que dès l’entrée de gamme chaque vélo est traité avec la même scrupulosité artisanale, la même rigueur technique et la même ambition stylistique. Chaque vélo, qu’il s’agisse d’un modèle à 2000 euros comme d’un modèle à 12.000 euros, est conçu puis fabriqué dans nos ateliers avec le même soin. D’ailleurs les non-spécialistes peuvent s’y tromper. »

Avant le départ pour le Monte Grappa pose devant la voiture d’assistance Basso.

Avant la sortie de rigueur vers le Monte Grappa, en dépit d’une température saharienne, visite du show-room pour parfaire la connaissance avec des vélos présentés ici comme des œuvres d’art. Une exigence devenue une habitude pour une marque qui a basé depuis le départ son identité sur la dimension artistique et culturelle du sport cycliste.
Au sommet de gamme, le formidable Diamante SV, son carbone Torey haut module T800 et T1000 et son groupe Campagnolo Super Record 12. Un chef d’œuvre de design et une démonstration du savoir-faire artisanal des techniciens maison. 6 kilos 400 sur la balance et un coup de cœur pour Joël, notre photographe artiste. Cette arme de guerre existe évidemment en version disque avec usage du seul T1000, une nécessité puisque le freinage disque est plus exigeant avec le cadre.
Son alter ego le Diamante, à la forme plus traditionnelle mais à la réalisation également effectuée avec le même carbone Torey T800 et T1000. 6 kilos 600 sur la balance et un peu plus de souplesse et de confort.
Puis viennent l’Astra, typé granfondo, et le Venta, une beauté réellement accessible avec un prix de vente de 2100 euros en montage disque Shimano 105. Qui a dit qu’il fallait passer par la Chine pour avoir droit à un vélo carbone performant ?
Également disponibles un Gravel très performant et un impressionnant modèle de chrono.
« Basso couvre la totalité des demandes du secteur vélo de route, explique Joshua Riddle, et nous conservons même une production de cadres acier vintage pour les amateurs de cyclos du type Eroica ou Mitica. Des cadres sublimes que notre fondateur et toujours patron Alcide Basso se charge de souder en personne. Pour lui il est important de conserver ainsi le lien avec les racines de l’entreprise. »
Ces vélos d’un autre temps, mais pas d’un autre âge, Basso en produit seulement quelques centaines chaque année. Une fierté légitime pour le boss, une manière aussi de faire le lien entre tradition et modernité. Car la marque Basso aura pris très vite le grand virage du carbone. Mais sans choisir la facilité de la sous-traitance asiatique qui permet à 90% des marques de proposer aux cyclistes des vélos certes performants mais souvent trop semblables et totalement dénués d’âme.
« Rien de tout cela ici, insiste Joshua Riddle. Chacun de nos vélos est dessiné par nos ingénieurs. Puis construit par nos techniciens. En Italie. Chez Nous. Dans nos ateliers de Bassano et de Vicenza. Pas à Taiwan, en Chine ou au Vietnam. Et à chaque stade de la
conception et de la fabrication on peut parler de travail d’équipe. Alcide Basso y tient depuis toujours. Et c’est notre caractéristique première. Notre culture. Notre identité. »

Alcide Basso, l’homme passionné qui écrit l’histoire de Basso Bikes depuis quatre décennies.

Tandis que je récupère mon Diamante rosso, Joshua me parle des spécificités comparées des deux chefs de file de la gamme Basso. En insistant sur leurs capacités exceptionnelles d’accélération et sur leur incroyable tenue de route en descente.
« Ton Diamante est vraiment idéal pour la montagne. Il est à la fois nerveux, léger et facile à emmener à toutes les allures. Et en descente c’est un rail ! Le Diamante SV possède les mêmes qualités avec en prime une touche aéro qui le rend également très performant sur le plat. Mais aujourd’hui nous avons le Monte Grappa à escalader. J’ai donc opté moi aussi pour un Diamante. Le Basso des grimpeurs. »
Dès les premiers tours de roues la nervosité, voire l’explosivité, du Diamante est évidente. Ce vélo, pourtant monté avec un groupe Shimano milieu de gamme, un Ultegra, est une machine à sensations et à plaisir. Des sensations que je retrouve alors que la route s’élève en lacets. Se mettre en danseuse est naturel. D’une facilité rare. Et, en dépit de ma forme loin d’être optimale, je monte au rythme avec deux dents de moins que ce que j’imaginais à l’amorce du col. Mon diamante donne le moral et assume son travail avec aisance. Pour mon plus grand bonheur. Il y a longtemps que je n’avais ressenti pareille facilité globale. Depuis la prise en main du King Black Label De Rosa. Comme par hasard un autre vélo 100% italien.
Il y a des vélos plus légers, plus rigides aussi, mais rares sont ceux qui peuvent offrir autant un tel mix entre performance et confort.
La descente ne va faire que confirmer les impressions de la grimpée. Le Diamante est d’une aisance exceptionnelle. Stable, directif, agile, sûr, il me permet de négocier les courbes les plus rapides avec une maestria digne d’un Richard Virenque ou d’un Paolo Savoldelli.
Cette capacité à avaler les virages à haute vitesse, alliée à une vraie capacité d’accélération en bosse, fait du Basso Diamante l’arme idéale du cyclosportif en quête de performance pour ses campagnes de Granfondo.
Retour à l’Officina Basso, j’en parle tout sourire avec Joshua qui se souvient de l’enthousiasme d’Alex lors d’un premier Supertest Basso il y a deux ans.
« Dans les pentes les plus rudes, avec des passages à plus de 20%, Alex nous avait parlé de son plaisir à grimper avec le Basso Diamante. Ce même plaisir dont tu me parle aujourd’hui. Le plaisir c’est le cadeau de Basso aux cyclistes. L’authenticité en prime. »

En Janvier 2018 Alex le responsable des tests de Top Vélo avait essayé longuement le premier Diamante SV. On le voit ici en action dans une pente terrifiante à plus de 20%. Le Basso s’en était tiré avec les honneurs. Alex l’avait tout simplement jugé exceptionnel.

Alcide Basso y tient. La marque Basso produit toujours quelques centaines de vélos acier assemblés dans ses ateliers suivant les règles de l’art. Et c’est le boss lui même qui brase les cadres.

La Mitica

La Mitica

La huitième édition de la cyclo vintage s’est déroulée dans le cadre magique des mélancoliques collines de Fausto et Serse Coppi. Avec pour épicentre le mythique village piémontais de Castellania, devenu officiellement Castellania Coppi en cette année du centenaire de l’illustre Campionissimo.

Un voyage vintage au pays des merveilles de Coppi

Des couleurs et des rires, des vélos et des maillots d’une autre époque, des paysages romantiques, des centaines de passionnés venus du Monde entier pour célébrer l’amour du cyclisme héroïque et rendre hommage à Fausto Coppi, la Mitica 2019 faisait tout à la fois figure de grand-messe et de kermesse. Au rendez-vous des années cinquante et soixante, avec quelques incursions sympathiques avant-guerre, on ne parlait pas de vélos américains, chinois ou allemands. Pas plus que de composants japonais ou taiwanais. Mais seulement de vélos italiens, français ou suisses. Et de Campagnolo, Simplex ou Universal.
Les vélos, en majorité Bianchi et Colnago, mais aussi Bartali, Cinelli, De Rosa, Peugeot, Mercier, Heylet ou Coppi, donnaient déjà une idée du panorama. Mais avec les maillots Bartali, Legnano, Carpano, Tricofilina, Peugeot, Saint-Raphaël, Faema, Bic ou Molteni, c’était le kaléidoscope grand écran en prise directe avec la nostalgie.
Deux journées de flash-back merveilleux, deux journées d’émotion, deux journées de bonheur, deux journées de rencontres et de découverte

Sergio Vallenzona, l’hyperactif maire de Castellania Coppi, et ses amis de l’association Fausto et Serse Coppi, dont le passionnant Giampaolo Bovone, se multipliaient et accueillaient chacune et chacun avec le sourire. Fort de cette volonté de partager émotions et passion autour d’une région ancrée dans le culte du cyclisme.
Au départ des 4 parcours, nous étions 300 fous. A l’arrivée 300 bienheureux.
Il faut dire que derrière les voitures de direction de course, une sublime Alfa Romeo Giulietta d’époque de l’équipe Salvarani et une Fiat Ballila découvrable ayant appartenue à Fausto Coppi, nous pouvions nous prendre pour Anquetil ou Gimondi, d’autant que le directeur de course n’était autre que le glorieux Aldo Moser. Et que l’impression née du diner de la veille, pris en plein air dans le jardin de l’ancienne Casa Coppi, ne s’était pas encore dissipée. On parlait de Girardengo, de Coppi, de Moser, de Bobet, de Géminiani et d’Anquetil. En savourant le risotto au safran local, extraordinaire de saveur, et le vitello tonnato accompagné d’un vin blanc ou rosé issu des vignobles alentours.
Au petit matin de la course, ce dimanche 30 juin 2019, je serais fort les freins Record de mon vélo des années soixante-dix. Un survivant des productions paternelles. Et je souriais à mon ami Faustino Coppi venu donner le départ.

Autour de moi 299 autres cyclistes étreints par l’émotion et portés par une musique venue de si loin. Puis ce départ tant attendu. Et ces retrouvailles pour moi avec des sensations oubliées depuis des décennies d’alu et de carbone. Pas même une hésitation. La main est immédiatement retombée sur les manettes au cadre. Renouant avec des automatismes nés de l’enfance.
Une belle descente vers Tortona, des routes secrètes, des pistes miraculeuses de beauté, des grimpées enfin. Rudes. Très rudes. Surtout avec un 42X24. Puis l’arrivée. L’arrivée. L’arrivée ! Avec cette ligne tracée devant la Casa Coppi.

La Mitica - Portfolio

Tour de France 2019 : dossier spécial

Tour de France 2019 : dossier spécial

Le Tour 2019

Dossier spécial

Par Gérard Mézadourian et Salvatore Lombardo

Photographies : Joël Lombard / Sirotti

Illustrations originales : Claudio Pesci

Un Français en jaune à Paris

Le forfait inattendu de Chris Froome, victime d’une lourde chute sur le récent Critérium du Dauphiné, permet d’envisager désormais tous les scénarios. A commencer par une victoire française 34 ans après le dernier succès tricolore. C’était un certain Bernard Hinault.

Par Salvatore Lombardo – Photos Sirotti

Déjà 4 fois vainqueur de la grande boucle, le britannique Chris Froome ne revient pas pour ce qui aurait pu être le dernier grand défi de sa carrière. Ajouter un 5ème maillot jaune à sa collection. Vainqueur surprise en 2018, suite à l’effacement (volontaire ?) de son leader, Geraint Thomas revient lui aussi. Avec quelles ambitions réelles ? Et quels moyens physiques ? Et quelle liberté ?
De son côté, le jeune Bernal, troisième étoile du team INEOS (ex SKy) a dû déclarer forfait sur le Giro où il était annoncé comme l’épouvantail en montagne. Qu’elle sera au juste son rôle dans le team. Gregario de luxe en montagne ou formidable joker ? Voire favoritissime…
L’opposition au team « Portal » viendra en tout premier lieu du camp français. Avec le duo (pas tandem) Bardet-Pinot. Deux atouts maitres pour leurs équipes respectives. Même si l’on ne sait pas vraiment où en sont moralement les deux tricolores.
Et puis il faudra compter sur Adam Yates, l’autre le frère, et sur l’éternel Nibali qui vient juste de se classer second sur le Giro.
Le premier vient pour gagner. Et il a en le potentiel.
Le second vient pour le maillot à pois (comme il nous l’avait déclaré en exclusivité il y a quelques mois chez ses amis de FSA à Milan). Faut-il le croire ?
Pour la rédaction de Top Vélo, qui n’hésite pas à s’engager, le trio majeur devrait être constitué de Thomas, Bardet et Pinot. Soit côté vélos, Pinarello, Merckx et Lapierre. Avec des outsiders du calibre de Quintana, Nibali ou Martin. Avec côté vélos, Canyon, Merida ou Colnago. Sans parler évidemment de Yates et de son Scott.
Dédié tout entier au grand Eddy Merckx dont on célèbre cette année les 50 ans de la première victoire en jaune, ce Tour 2019 s’annonce palpitant et très ouvert. Tiendra-t-il ses promesses ?
Peut-être…Mais pas sûr !
Lorsque l’on voit que sur le récent Giro le peloton a une nouvelle fois négligé les sublimes parcours proposés par les organisateurs pour ne lancer la vraie bataille que dans les derniers kilomètres du dernier col, on peut se permettre de douter. Les directeurs sportifs ont beau jeu d’expliquer que c’est la faute aux mercenaires de Sky, pardon INEOS, qui bloquent la course en empêchant ainsi les grandes manœuvres chères à Coppi, à Merckx ou à Hinault. Comme si à l’époque bénie de ces campionissimi la supériorité » de telle ou telle équipe avait empêché le mouvement.

CAMPAGNOLO ET SHIMANO EN POLE

Par Salvatore Lombardo

Le cyclisme, et trop de commentateurs l’oublient, est aussi un sport mécanique. La guerre sportive se double donc d’une guerre technologique et marketing où l’histoire et le futur se mêlent pour le plus grand plaisir des amateurs. Sur ce Tour de France 2019 la bataille fera rage sur deux niveaux. D’une part entre les marques de vélos. D’autre part entre les manufacturiers de composants. Entre Pinarello, Canyon, Lapierre, Merckx, Specialized, Merida, Bianchi, Colnago, Scott, Kuota, Ridley, Cube … Ou entre Campagnolo et Shimano.
Ces derniers mois Campagnolo semble avoir retrouvé toute sa superbe. La légendaire marque italienne peut en effet se targuer d’avoir imposé ses groupes Super Record et ses roues Bora aussi bien sur route que sur piste. Avec outre la victoire sur le récent Giro d’Italia avec Carapaz et Canyon, le titre mondial sur route avec Valverde et Canyon, le titre mondial de poursuite avec Ganna et Colnago, le record du Monde de l’heure avec Campanaerts et Ridley.
Évidemment Shimano, titillé dans sa suprématie, devrait pouvoir répondre. Les favoris du Tour étant globalement équipés par leurs groupes Dura Ace mécaniques ou électroniques. A commencer par les Pinarello du team INEOS, les Merckx du team AG2R La Mondiale, les Merida du team Barhain ou les Lapierre du team Groupama La Française des Jeux. A vrai dire, logique industrielle et marketing oblige, plus de 80% du peloton est désormais équipé en Shimano. Alors, même si cette année 2019 a déjà été marquée par une étonnante succession de problèmes de dérailleurs côté Shimano, la marque japonaise semble bien placée pour renouveler son bail avec le maillot jaune.

Les vélos des favoris

Thibaut Pinot

Lapierre Xelius Ultimate

L’équipe de Thibaut Pinot peut compter sur un cadre Lapierre Xelius Ultimate ultra efficace tandis que sur terrain plat c’est le Aircode qui officie. Uniquement disponible à la vente publique sous forme de kit cadre, le Xelius Ultimate est une bombe dédiée à la montagne et aux terrains vallonnés. Il est parfaitement secondé par l’excellent groupe Shimano Dura-Ace Di2 que l’on ne présente plus et par les composants Pro ainsi que les dernières roues Shimano Dura-Ace C40.

Naïro Quintana

Canyon Ultimate CF SLX

L’Ultimate CF SLX de Movistar évolue peu par rapport à l’année dernière et ça n’est pas un mal : il fait partie des meilleurs vélos du monde ! Son cadre ultra léger et ultra rigide garantit un rendement sans faille et le dernier groupe transalpin Campagnolo Super Record EPS à 12 vitesses est ce qui se fait de mieux à l’heure actuelle côté transmission. Mêmes commentaires sur les roues Bora 35 et 50 mm.

Geraint Thomas et Egan Bernal

Pinarello Dogma F12

Grosse nouveauté pour le Team Ineos ! Outre son changement de nom (ex Sky) ; Pinarello a développé un tout nouveau vélo pour succéder au Dogma F10. Baptisé F12, ce nouveau Dogma s’allège encore, se montre plus aérodynamique et plus confortable. Il conserve son arrière totalement asymétrique et sa fourche Onda qui lui donne une incroyable capacité de descendeur. Couplé au groupe Shimano Dura-Ace Di2 et roues du même nom voici la bête de course qui risque bien de l’emporter !

Romain Bardet

Eddy Merckx Stockeu69

Alors que le 525 ressuscité ne se montrait pas au niveau, les coureurs de l’équipe AG2R ont donc jeté leur dévolu sur le Stockeu69, un Ridley Helium rebadgé. En attendant la sortie du nouvel Eddy Merckx qui a pris du retard et devrait avoir lieu après le Tour. On peut dire que les coureurs ont eu fort à faire car ils ont changé plusieurs fois de machines depuis le début de saison. Du premier 525 équipé en Campagnolo au Stockeu69 équipé en Shimano il a fallu s’adapter…
Et que dire de l’association du groupe Shimano, du pédalier Rotor et de la chaine KMC ? Difficile de faire fonctionner tout cela mais les mécaniciens semblent y parvenir. Nous avons noté que la plupart des coureurs utilisaient des freins et des cassettes Ultegra à la place des Dura-Ace. Pour ne pas avoir des vélos trop légers ou par économie ? Le train roulant Mavic Cosmic Ultimate assure, quoi qu’il arrive.

Adam Yates

Scott Addict RC

Tout laisse à penser que le nouvel Addict RC sera utilisé par les coureurs de l’équipe Michleton-Scott, dont Adam Yates, grand favori du Tour. Il y a aussi le Foil pour les rouleurs, évidemment. Côté composants c’est groupe Dura-Ace Di2, composants Synchros (marque appartenant à Scott) et Shimano pour les roues. Un cocktail détonnant !

Julian Alaphilippe

Specialized Tarmac S-Works Disc

Julian Alaphilippe et ses équipiers pourront compter sur l’une des meilleures machines du peloton avec le S-Works Tarmac. On note le choix du Team de s’équiper en freinage à disque. Un choix qui n’handicape nullement les hautes performances du Tarmac. C’est toujours le groupe Shimano Dura-Ace Di2 qui officie avec la gamme de roues Roval qui tutoie aussi les sommets de la performance. Un avion pour Alaphilippe !

Vincenzo Nibali

Merida Scultura Team-E

C’est à l’un des tout premiers constructeurs mondiaux que le Team de Vincenzo Nibali peut faire confiance avec Merida. Et le requin de Messine roule la plupart du temps sur le Scultura Team-E, le vélo de montagne. Les rouleurs choisissent le Reacto, plus aérodynamique et plus rigide. Le groupe Dura-Ace Di2 assure des changements de vitesse millimétrés tandis que les roues Fulcrum Speed 40 et 55 se démarquent de la concurrence avec leurs rendement exceptionnel, digne des meilleurs.

Fabio Arù et Dan Martin

Colnago C64

Le chef-d’œuvre du Peloton ! Celui que Top Vélo a élu « Top Vélo de l’année 2019 » est utilisé par la plupart des coureurs du Team UAE. Ce cadre est le dernier représentant d’une classe encore fabriqué en Italie et disponible de surcroit sur-mesure. Il offre en plus un comportement absolument ultra performant et une solidité à toute épreuve. Couplé au dernier groupe Super Record EPS et aux roues Bora, voici certainement le vélo le plus prestigieux du peloton professionnel.

Retour sur les Top vélo Awards

1ère place

Colnago C64

La victoire éclatante du dernier opus Colnago se sera dessiné très tôt dans la compétition qui opposait avec éclat vingt des meilleurs vélos du Monde. A la vérité, dès la première vision de la machine confiée par le service course Colnago Emirates, le jury aura manifesté son enthousiasme.
Enthousiasme d’abord pour la beauté d’un vélo que l’on pourrait reconnaître même sans le fameux trèfle devenu une légende.
Enthousiasme ensuite devant l’ensemble incroyable de nouveautés, de savoir-faire, d’imagination et surtout de perfection artisanale qui font du C64 un chef d’œuvre digne d’un musée d’art moderne.
Enthousiasme enfin lié au rendement, à la tenue de route et au confort d’un vélo littéralement hors normes face à la réalité asiatique proposée avec pragmatisme par une majorité de constructeurs.
Imaginé, dessiné, conçu, fabriqué par Colnago chez Colnago en Italie, le C64 est la concrétisation magnifique de l’ultime rêve du Maestro Ernesto. Cet artisan-artiste qui poursuit à près de 87 ans sa quête mirifique et métaphysique du vélo ultime.
Contre-exemple exactement de la propension actuelle au réalisme industriel et commercial, la dernière création signée Ernesto Colnago est l’affirmation éclatante du droit-devoir à la différence.
Lors de sa présentation aux Canaries il y a un an déjà, Alex avait déclaré sa stupéfaction
devant la somme hallucinante de qualités novatrices d’un vélo présenté par le Maestro en personne à des journalistes internationaux triés sur le volet. Un Maestro n’hésitant pas à prendre place dans le fourgon Ammiraglia afin de pouvoir répondre en direct aux questions de ses invités.
Aboutissement de décennies d’expérience, le C64 propose une métaphore éblouissante de l’évolution-révolution du vélo de course depuis les années cinquante du siècle dernier.
La géométrie d’abord. Définie dès les premiers temps de la collaboration d’Ernesto Colnago avec le « Lion des Flandres » Fiorenzo Magni. Et finalisée sur les cadres acier de Motta, Merckx et Saronni. Avec comme résultat un mix unique entre capacité d’accélération, rendement global et tenue de route.
L’utilisation du carbone ensuite. Ernesto Colnago ayant été le premier, avec son mythique C40, à oser le carbone sur Paris-Roubaix. Avec le succès retentissant que l’on sait.
La maitrise du process artisanal de fabrication, enfin.
Nous sommes là dans la logique rédactionnelle d’un article dédié à un vélo de course. Mais cette logique, aussi importante soit-elle, doit s’effacer devant l’évidence artistique. Authentique chef d’œuvre, Capolavoro comme nous avons titré dans le Supertest qui lui était consacré dans le Top Vélo n°253, le C64 est un manifeste esthétique à l’usage des vrais amoureux du cyclisme. Ces passionnés qui n’hésiteront pas à exposer leur Colnago, à l’instar d’une sculpture, dans l’angle le plus en vue de leur salon ou de leur bureau. Œuvre d’art offerte à l’histoire du cyclisme par un génie réinventant la Renaissance italienne, ce vélo établi un lien poétique entre les années légendaires du Campionissimo, les années de feu du Cannibale et les années folles de l’époque contemporaine. Comme un trait magique fait de lumière et d’amour, entre deux âges. Deux modernités. Deux Mondes.
Le C64 Top Vélo 2019. Une évidence !

2ème place

Origine Axxome 2 RS

La marque française vient se classer deuxième de l’élection 2019 des Top Vélo Awards. Une très belle récompense due à la grande qualité du vélo présenté et à la ferveur des internautes-votants qui classent l’Axxome 2 RS premier du vote par internet, comme l’année dernière.
Le nouvel Axxome ressemble de loin comme deux gouttes d’eau à l’ancien. De près c’est pourtant une toute autre machine avec des lignes plus acérées et des arrêtes tranchantes. La géométrie a été revue et offre enfin plus de sportivité pour un comportement très sain, toujours facile et digne des meilleures machines du monde.
Le confort progresse aussi avec une évolution de la technologie maison CCT+ qui consiste à faire courir le même fil de carbone des bases aux haubans avec ici une nouveauté : le fil de carbone vient encercler le tube de selle pour une meilleure dispersion des vibrations. À l’usage c’est vraiment bluffant et couplé à une tige de selle au diamètre plus petit qu’auparavant (27,2mm) c’est une très grosse progression par rapport à l’ancien modèle. Pour le reste on retrouve la très exclusive fibre Textreme utilisée aussi en Formule 1 et une peinture ainsi qu’un montage totalement sur-mesure. De quoi s’offrir vraiment le vélo de ses rêves.
La haute couture à la française… Merci Origine !

3ème place

Ridley Noah Fast

En combinant une belle performance au vote des internautes et un cadre muni de réelles qualités qui a emballé notre jury, le Noah Fast se hisse à la troisième place des Top Vélo Awards 2019. Un résultat encore inespéré il y a un an… Comme quoi les choses changent vite dans le monde du cyclisme et il suffit de concevoir un vélo moderne, novateur et efficace pour retrouver le soutien du public.
Lors de notre essai le Fast nous avait convaincu à plus d’un titre. Bien plus léger et plus aérien visuellement, cette impression se confirmait aussi sur al route. Autrefois incapable de grimper un pont d’autoroute, le nouveau Noah Fast est désormais apte à vous emmener dans les cols munis des bonnes roues. Une machine qu’on peut donc sans problème envisager comme unique et principale là où avant il fallait un autre vélo pour les parcours montagneux.
La qualité de la peinture nous a également bluffé, tant la finition est de haut niveau. Entièrement personnalisable qui plus est, comme le montage. Bref, Ridley a compris l’attente des cyclistes et a réalisé un vélo aérodynamique sans défaut.

Un Col, un Vin, un Resto…

AU SOLEIL DU VENTOUX

Le mois dernier, à l’occasion du Giro, nous rendions hommage au grand champion Fausto Coppi et son Italie natale. C’est aujourd’hui à travers le grand rendez-vous du tour de France et d’une personne en particulier qu’il va falloir se tourner. Ce monsieur aura marqué, par sa clairvoyance, la grande boucle avec son compère Bernard Thévenet. Un très grand professionnel, soucieux du meilleur, un perfectionniste de talent. J’ai cité Patrick Chêne, ancien directeur des sports à France Télévision.

Par Gérard Mézadourian – Photos Joël Lombard

Une reconversion fulgurante.

Plusieurs grands passionnés ont une carrière professionnelle bien remplie. Souvent, celle-ci ne s’arrête pas forcément là où ils l’avaient prévue… Certains entendent un message… Une sorte d’appel qui va les guider vers d’autres horizons, avec cette certitude très convaincante qu’ils pourront encore avoir des choses à dire dans bien d’autres domaines. Sa voix légèrement rocailleuse résonne encore dans ma tête, les après-midi de juillet ce n’était pas piscine, mais tour de France. Pendant quelques années où ce tandem de rêve sévissait sur le petit écran, j’ai pu apprécier étapes après étapes, la justesse des commentaires et toute la perspicacité que dégageaient ces deux hommes. Mais après tant de temps passé auprès des fans, l’usure commence à se faire sentir et l’on aspire à autre chose. Pour Patrick, ce sera la viticulture.

Après avoir trainé des pieds pour quitter les studios… Patrick pense s’installer dans le bordelais. Puis, une brève visite au pied du mont Ventoux finit par bousculer tous ses projets. Il tombe sous le charme de cette magnifique région, conscient que ce terroir renferme des trésors. Il prétend qu’ici, il va pouvoir s’exprimer à sa guise, tout en trouvant la paix qu’il recherche. Les sols du Ventoux vont lui pardonner cette impertinence. Tout sera bio, calculé, pesé, assemblé avec amour, au rythme des saisons. Ici, chez Laurence et Patrick on ne bluffe pas ! C’est de l’authentique ! Une théorie de la simplicité. Cette théorie, d’après les travaux de Nick Chater et d’autres, fait l’hypothèse que les situations intéressantes sont celles qui apparaissent de manière inattendue comme les plus simples aux yeux de l’observateur que je suis. Au domaine Dambrun, c’est comme ça que l’on voit les choses et c’est parfait. C’est vrai aussi, que la famille Chêne n’est pas venue les mains vides… mais quand les moyens investis, deviennent de vrais outils, il y a fort à parier que ce regard sur l’avenir revendique un sérieux inattaquable. Patrick est fier de nous faire découvrir son domaine très récemment installé, tout a été construit au milieu des vignes, cave, lieu de dégustation etc… le cadre est absolument magnifique. Après quelques problèmes de santé, c’est un homme rayonnant qui s’impatiente à l’idée de nous faire déguster ses dernières productions.

Du rêve à la réalité.

« Pour atteindre la vérité, il faut une fois dans la vie se défaire de toutes les opinions qu’on a reçues, et reconstruire de nouveau tout le système de ses connaissances. »
Je trouve que cette citation de notre cher Descartes va à ravir à cet homme simple et ambitieux qu’est Patrick. A la découverte de ses vins, je (nous) sommes subjugués par l’extrême délicatesse qui se dégage de ces flacons magiques. Que ce soit le Rosé, le Blanc, ou le Rouge, les trois couleurs font preuve d’un équilibre étourdissant. Longtemps j’ai imaginé, à tort, que l’on ne trouverait jamais de vrais grand crus au pied du géant de Provence, mais plus je m’y promène et plus les choses se précisent. A la mise en bouche, le palais révèle instantanément le souvenir de quelques grands vins rarissimes que j’ai pu déguster dans ma vie. Je ne suis plus trop jeune mais suffisamment expérimenté pour me rendre compte que je vais pouvoir continuer à boire des vins somptueux sans attendre des décennies pour les apprécier. Le rouge cuvée 2015 est mûr à souhait. Il développe ses arômes avec une linéarité magistrale sur tout le spectre, du début à la fin, avec des tannins biens fondus, un miracle de générosité. Pour le 2016, un nectar qui n’a que trois ans, on est dans un autre monde, une cuvée d’extraterrestre. Si ces derniers débarquent un jour, ils sauront apprécier le savoir-faire de nous autres terriens. Bref, vous m’avez compris, on touche au sublime. Le plus curieux, c’est que Patrick, même avec une voix aussi attachante, ne m’aura nullement impressionné par la personnalité publique qu’il a été et qu’il est toujours. C’est son incroyable reconversion qui étonne… En tous cas, il faut une sacré dose de ténacité pour obtenir ce résultat. Comprenez que tout ce que je vous dis là sort du cœur, avec une franchise que je ne puis cacher. Je me suis senti par contre très petit devant cette volonté d’offrir le meilleur. Chapeau bas monsieur ! Après pas mal d’années passées dans le service public, j’ai eu le plaisir de vous rencontrer, ça me semblait suffisant. Mais cerise sur le gâteau, vous m’avez comblé de bonheur par votre enthousiasme et votre travail. Longue vie à votre projet.
Après ce bon moment, une autre rencontre toute aussi intéressante nous attend chez Thierry au carrefour de la route de St Pierre de Vassols.

L’Auberge Provençale ou l’Auberge de la bonne humeur ?

On pourrait aussi l’appeler « Carrefour des cyclistes… » Ça défile à tour de bras du matin au soir, surtout des groupes venus de différents pays : Pays Bas, Belgique, Canada, etc… Et puisqu’aujourd’hui nous sommes à la rencontre de phénomènes, nous faisons la connaissance de Betty Kals, la recordwoman qui détient un nombre incroyable de montées du Ventoux côté sud, 8 ascensions en 24 heures… Qui dit mieux ? Décidément, la vie nous apporte toujours son lot de surprise. On en reparle un peu plus tard. D’autant que cette wonderwoman sera notre guide durant la grimpée photo sous l’objectif de l’ami Joël.

Thierry est un homme chaleureux, un vrai, qui aime partager, rigoler et surtout qui aime les cyclistes. Ces derniers temps, sur les routes du Vaucluse et ailleurs, on constate une certaine animosité envers ces derniers. On pourra trouver toutes les excuses du monde à certains automobilistes qui s’impatientent derrière un groupe circulant à vélo, mais cette petite guéguerre est malsaine. Fut un temps, c’était les piétons qui étaient mis en cause… Ils ne laissaient pas la route libre aux ‘’Rois de la bagnole’’… Il a fallu quelques décennies pour comprendre qu’a un moment ou un autre on pouvait devenir piéton… On constate maintenant la même chose pour les vélos, il est dramatique de voir resurgir ce type de comportement inadmissible vis-à-vis de gens qui se déplacent écologiquement. Pour corser le tout, on a même vu des milliers de clous déposés sur les routes menant de Bédoin au Ventoux… . Ça fait vraiment mauvais genre pour la capitale côté sud qui est arrosée économiquement par les cyclos de tous bords. Je m’en remets à la conscience de chacun qui devra forcément évoluer afin de pouvoir renouer le dialogue. Thierry a compris cela depuis longtemps, lui qui exploite l’établissement créé par ses arrières grands parents et vraiment, qu’est-ce que ça fait du bien de rencontrer des gens pareils ! Il a hérité de l’Auberge Provençale, un établissement qui a été transmis de père en fils, respecte avec honneur le travail de ses aïeux et éclaire par son accueil, la tradition conservée du bon aubergiste. Située à un carrefour où toutes les routes mènent au Ventoux, cette magnifique bâtisse respire la Provence. Une vaste terrasse ombragée est à votre disposition. Une salle plus à l’intérieur pour les jours de pluie ou de canicule est également disponible. Les menus sont sans prétentions mais tout est très bon et fait-maison. Ici le cycliste est roi. Je vous conseille sans réserve, surtout après un gros effort, un arrêt avec vos amis. Thierry aura des tas d’histoires à vous raconter. De plus, il devrait proposer prochainement les vins du Domaine Dambrun. Pensez aussi à réserver… Et dire que vous venez de la part de Top Vélo.
L’adresse : Café Restaurant Glacier L’Auberge Provençale Rte de St Pierre de Vassols 84410 Crillon le Brave www.auberge-de-crillon.fr 04 90 65 66 42.

La montée du Ventoux côté sud par Sault.

Pour vous retrouver vers 13 h, confortablement assis pour l’apéro à l’auberge Provençale, je vous conseille de vous rendre très tôt sur le parking de notre rédaction, à côté des écoles primaires de Mormoiron. Tout est indiqué et vous pourrez également venir nous dire bonjour et pourquoi pas partager un café. Une ligne est tracée pour le top départ juste devant nos bureaux.
Je vous propose un très très beau parcours en rejoignant soit St Estève pour l’ascension classique, soit Sault pour une autre ascension vers le Ventoux. C’est celle que nous vous conseillons aujourd’hui. Avec notre amie Betty Kals comme guide.

Méthamis est un village surprenant, perché sur une colonne rocheuse, vous y arriverez en prenant la D942 en bas de Mormoiron puis la D14 sur votre droite, direction Saint-Estève. A Méthamis prendre sur Sault par la D5, c’est la route des cerisiers avec une magnifique vue du Ventoux sur votre gauche, j’adore cette montée par laquelle on peut rejoindre Murs, juste derrière le Col de la Ligne par la D15. Mais arrivé au terme d’une bonne grimpette de 14 km on laisse la D15 à droite pour descendre sur Monieux, toujours par la D5. Attention ! Paysages sublimes qui méritent un arrêt ! Point de vue spécialement aménagé à Saint-Hubert sur votre gauche en descendant. Plus loin, toujours à gauche, c’est la D96 pour rejoindre Monieux. Si vous souhaitez vous y arrêter, c’est au milieu de ce magnifique village que se trouve un des meilleurs Bar Restaurant du coin. Une terrasse ombragée sur laquelle on pourra vous servir à boire avec une vue imprenable sur la vallée de Sault. Ensuite on pique sur la D 942 à la sortie vers Sault. Dépassé le lieu-dit La Loge prenez une petite route sur votre gauche pour attaquer votre ascension par ce côté qui est le plus abordable des trois. Ce sont 21 kms d’une montée assez facile qui vous attendent par la D164 pour vous rendre jusqu’au Chalet Reynard.

La célèbre cyclo belge Betty Kals, recordwoman du nombre d’ascension du Ventoux en 24h (8), nous servi de guide de charme (et de performance), côté grimpée comme côté descente. Il est vrai que depuis 2015 le Mont Ventoux est son royaume. Elle s’y entraine actuellement en vue d’un prochain record.

Il m’est toujours difficile d’expliquer ce que vous allez vivre et je préfère vous laisser le privilège de le découvrir par vous-même, mais à coup sûr, des paysages qui ne manqueront pas de vous étonner. C’est une région qui a été créée pour les cyclistes… Ce n’est pas possible autrement. Lorsque les champs de lavande sont en fleur, (fin Juin à la mi-août) on assiste à quelque chose qui ne peut se vivre qu’ici. Après 1h30-2h d’efforts, arrivé cette fois au Chalet Reynard, on rejoint les cyclistes qui effectuent l’autre montée sud qui est très difficile car plus courte. Il est fort possible que beaucoup arrivent de Mormoiron en suivant notre circuit inauguré par Yoann Bagot, beaucoup plus attractif que le départ de Bédoin. Maintenant, c’est à vous de décider d’aller jusqu’au sommet (6 kms très difficiles) ou redescendre sur Mormoiron par la D974. Souvent, ce sont les conditions climatiques et la fatigue qui décident… n’oubliez pas d’être à l’heure à l’Auberge Provençale, Thierry vous y attend. Quelques recommandations pour la descente qui est dangereuse car fréquentée par de nombreux véhicules ou autres animaux de la forêt, assurez d’avoir des freins en bon état et d’être conscients d’avoir gardé une bonne lucidité. Ne prenez aucun risque, on tient à vous et bonne ballade sur les routes du Ventoux. Arrivés au bas de la descente, à la sortie de Sainte Colombe, prendre à gauche vers Flassan, le pays d’Éric Caritoux où deux routes vous permettront, sans problème, de rejoindre votre point de départ.

Les livres du Tour

Par Salvatore Lombardo

Dédié au grand Eddy Merckx à l’occasion du cinquantenaire de sa première victoire en 1969, ce Tour de France 2019 aurait tout aussi bien pu être dédié au Campionissimo Fausto Coppi dont on célèbre cette année le 70ème anniversaire du premier doublé Giro-Tour en 1949 et le centenaire de la naissance. Ces deux évènements et le souvenir du dernier vainqueur français Bernard Hinault, nous ont valu de recevoir plus d’une vingtaine d’ouvrages. Voici notre sélection. Bonnes pages à tous et toutes avec ce Top Bouquins de l’été !

EDDY MERCKX

Entre 1965 et 1976, Eddy Merckx, justifiant sa réputation de Cannibale, aura remporté plus de 600 courses. Extraordinaire. Même si ce palmarès fou demeure encore assez éloigné de celui gargantuesque d’un certain Costante Girardengo pour qui fut inauguré le surnom glorieux de Campionissimo. Gira, comme l’appelaient les frères Pélissier, remporta en effet plus de 900 victoires durant les quelques 20 ans de sa carrière.
Retour sur Eddy le grand, donc, aujourd’hui Baron du royaume de Belgique. L’universitaire Jean Cléder, grand amateur de cyclisme, nous propose une relecture circonstanciée de sa carrière. Comme un hommage à un champion qui aura été durant plus d’une décennie de toutes les batailles sur tous les fronts. Classiques, courses à étapes, courses de côte, contre la montre, piste, rien n’échappait à son appétit de victoire. Même si en 1966 le Grand Prix des Nations permit à Jacques Anquetil, alors au crépuscule de sa gloire, de remettre les montres à l’heure. Il s’imposait avec autorité et style devant ses jeunes successeurs Felice Gimondi (2ème) et …Eddy Merckx (3ème).
Jean Cléder analyse, décrit, raconte, met en perspective, les principaux épisodes de la vie sportive d’un Merckx incomparable. Guerrier polymorphe et homme de défis.

Eddy Merckx. Par Jean Cléder. Mareuil éditions. 224 pages. 22 euros

COPPI PAR COPPI

Une autre histoire du Campionissimo. C’est ce que nous offrent Faustino Coppi, le fils de Campionissimo, et son ami écrivain et journaliste Salvatore Lombardo (Directeur de la rédaction de Top Vélo). Alors que des centaines d’ouvrages ont déjà évoqué son histoire et son palmarès sans jamais parvenir à percer le mystère de sa vie d’homme et de héros, Faustino Coppi raconte l’autre histoire d’un père dont la présence à ses côtés est permanente. Plus qu’un banal livre de sport, une ode poétique au champion ultime dont l’Italie célèbre cette année le centenaire.
Celui que Jacques Goddet, légendaire directeur du Tour de France, considérait à jamais comme le plus grand athlète mondial, ce Fausto qui survolait le peloton en infligeant à ses adversaires des écarts hallucinants, nous est ici révélé.
A noter que ce livre a été distingué par le prix CONI du livre de sport décerné par le Comité National Olympique Italien.

Coppi par Coppi, une autre histoire du Campionissimo. Par Faustino Coppi et Salvatore Lombardo. Mareuil éditions. 160 pages. 16 euros.

LE TOUR DE FRANCE

Le Tour de France, vaste programme…C’est pourtant ce que se propose des nous offrir Christian Laborde dans un abécédaire flamboyant qui va du A d’Anquetil Jacques au Z de Zaaf Abdelkader, en passant par le B de Bobet Louison, le C de Campionissimi, le F de Froome Christopher, le R de Robic Jean et le V de Van Steenbergen Rik Imperator.
Laborde a fait son choix. Celui de la variété. C’est ainsi que Jean Giono, Douglas Fairbanks, Joséphine Baker, Louise de Vilmorin, Ray Sugar Robinson, Line Renaud ou Léon Zitrone viennent côtoyer les champions. Et c’est ainsi aussi qu’apparaissent au fil de l’ouvrage et donc de l’abécédaire, ZZ Top, Zouave, Vodka, Rimini, Radiola, Probénécide, Pontiac et Lucky Strike.
Le nouvel opus de Laborde est amusant parfois, évocateur toujours, pittoresque aussi et surtout diablement passionnant.
Un seul regret, il n’a fait qu’évoquer Coppi (au chapitre Campionissimi) mais il ne lui consacre pas de texte particulier. Surprenant !
Un satisfecit côté cyclisme féminin au chapitre palmarès. Laborde précise avec malice que le plus gros palmarès français n’est pas détenu par Bernard Hinault mais par Jeannie Longo avec un total (provisoire) de 1198 victoires…

Le Tour de France. Par Christian Laborde. Éditions du Rocher. 380 pages. 21,90 euros.

HINAULT, LA BD !

Bernard Hinault, dernier vainqueur français du Tour, s’est largement impliqué dans la réalisation de cette sympathique BD proposée par Jeff Legrand et Fabien Ronteix chez Mareuil éditions. L’album, publié juste avant le départ du Tour, retrace avec brio les débuts du Blaireau. Ce jeune coureur à fort potentiel et forte tête (breton oblige…) qui dès ses débuts fera l’admiration du public par sa volonté, sa hargne, sa combativité et son humanité. A offrir aux jeunes pousses pour leur faire prendre conscience de qui était (et est encore…) Bernard Hinault, à s’offrir pour se remémorer avec plaisir une époque qui fut l’une des plus belles du sport français.

Hinault, objectif maillot jaune. Par Bernard Hinault, Jeff Legrand et Fabien Ronteix. 52 pages. 14 euros..

MES COUREURS IMAGINAIRES

Troisième opus de la carrière d’écrivain de notre confrère Olivier Haralambon, ce livre sans concession, sinon à la beauté de l’écrit, est le coup de cœur de la rédaction qui se l’arrache depuis son arrivée à Top Vélo. Après « Le versant féroce de la joie » et « Le coureur et son ombre », « Mes coureurs imaginaires » vient clôturer et parfaire une étonnante trilogie littéraire dont le cyclisme ne serait finalement que le prétexte. Tant est délié le style, tant est magnifique l’inspiration, tant est profond le souffle.
Haralambon le dit lui-même dans son avant-propos, chaque portrait tracé ou esquissé est un archétype de l’époque qui fut et de l’époque qui vient.
La mélancolie, l’angoisse même, la jubilation, les regrets, la mesure du temps et des temps, le cyclisme en fond d’écran et de teint, tout nous amène à surlire comme certains surjouent. Avec une évocation mirifique de la Bible et de la fameuse phrase du Christ ressuscité à Marie-Madeleine : Noli me tangere. Traduit depuis des siècles comme Ne me touche pas. Mais réadapté de nos jours suivant une autre traduction latine : Noli me tenere. Soit Ne me retiens pas.
Haralambon applique la citation à ce coureur d’un autre temps, d’un autre âge, d’une autre époque qui vient de surgir de l’improbable, commissures blanchies, jambes noircies, le suif révélant la cartographie des muscles. Une silhouette qui n’est qu’un frisson. Un Tour qui n’est qu’un grand cercle de vie et de mort.

Mes coureurs imaginaires. Par Olivier Haralambon. Premier Parallèle éditeur. 155 pages. 16 euros.

LES LANTERNES ROUGES DU TOUR DE FRANCE

Didier Béoutis, écrivain et historien, s’attache ici à mettre en lumière la saga des derniers du Tour de France. Ces « inoubliés de la gloire » qui participent de la légende de la grande boucle au point d’être devenus eux aussi des vedettes à l’applaudimètre.
Personnages pittoresques et coureurs attachants, les Lanternes rouges du Tour de France, comme les Maglie nere du Giro, ont toujours suscité sympathie et intérêt de la part de public. Ainsi que l’écrit Jacques Augendre dans la préface, « la lanterne rouge ne s’inscrit pas seulement dans le folklore du Tour. Elle fait partie de de sa mythologie, et rappelle le message de Pierre de Coubertin : l’essentiel est de participer. »
De Millochau Arsène, dernier du premier Tour en 1903, loin derrière le 1er Maurice Garin. Jusqu’à Lawson Craddock, dernier du Tour 2018 à plus de 4 heures du vainqueur Geraint Thomas, une succession d’anti-héros qui resurgit du néant de l’actualité sportive et sociale.
Passionnant !

Les lanternes rouges du Tour de France. Par Didier Béoutis. Préfaces de Jacques Augendre et Serge Laget. 160 pages. 25 euros. (Contact : didierbeoutis@yahoo.fr)

LE JAUNE VERSION CHAVANEL

Maillot jaune du Tour, trois fois vainqueur d’étapes, six fois Champion de France du contre la montre, chouchou du public français, Sylvain Chavanel a pris sa retraite fin 2018. Il revient sur sa belle carrière et propose à la foule de ses fans une biographie où il revient sur ce que fut sa vie depuis sa prime jeunesse dans le Poitou jusqu’à ses derniers coups de pédales sur le vélodrome national de St Quentin en Yvelines à l’occasion du gala des stars organisé par le Challenge Assurances vélo en partenariat avec Top Vélo. Il portait ce soir-là le dossard n°1 avec l’inscription Top Vélo. Un objet de fierté pour notre rédaction qui admire depuis toujours l’homme et le champion.
Co-écrit avec le journaliste Éric Richard, ce livre est un panorama passionnant sur la réalité d’une carrière sportive à la fois hors du commun et parfaitement conforme à la vérité du peloton professionnel.
Enfant rêveur, adolescent passionné, homme de conviction, champion charismatique, Sylvain Chavanel fit irruption dans l’imaginaire du grand public lors d’une formidable échappée solitaire dans Paris Tours. Il avait 21 ans et 30 minutes d’avance sur le peloton.
Comme le raconte Christian Prudhomme dans une préface qui ne doit rien à la convention et tout à la conviction : « Sylvain avait ainsi crevé l’écran : en une après-midi, il avait fait de son nom, Chavanel un synonyme de courage, d’audace et d’épopée, à la manière du preux chevalier qu’il fut sur la route. »

Toute une histoire, toute mon histoire. Par Sylvain Chavanel en collaboration avec Éric Richard. Mareuil éditions. 185 pages. 19 euros.

UN TOUR DE BRICOLOU

Un roman délirant (mais pas tant), un style décoiffant(évident), une volonté manifeste de déranger (évidente aussi), une histoire folle (pas vraiment), une comédie burlesque (réellement), voilà ce que nous offre Ian Ourik pour nous faire supporter les longs après-midis d’ennui dans l’attente improbable d’une attaque d’un favori sur la route du Tour.
Un Tour dans la roue des bricolou, c’est l’histoire abracadabrantesque d’une plongée au cœur de l’équipe la plus déglinguée du peloton. Une équipe composée d’individualités aussi théâtralement dérangée que ne le sont aujourd’hui certains mercenaires à la petite semaine. Vous savez bien, ces coureurs exotiques recrutés pour faire le nombre et le spectacle…
La galerie de portraits est édifiante. Il y a Bernard Larnac Jr, big boss de l’empire Bricolou. Gérard Géfin, directeur sportif. Jason Lahouine, leader sur-affuté. Pablo José Manuel Javier Miguel Quantes-Comzbar, grimpeur débarqué pour le mois de juillet. Robbie O’Mclaykann, fidèle équipier aux gros mollets…et même Didier Fignolle, baroudeur médicolégal et fils de pharmacien.
L’univers de Benoit Poelvoorde n’est pas loin…Mieux qu’une parodie, un roman picaresque !

Un Tour dans la roue des Bricolou. Par Ian Ourik. 440 pages. Disponible sur EBook à 4,99 euros et en livre papier à 14,99 euros sur Amazon.fr

MAILLOTS JAUNES
1919-2019, UN SIECLE DE VICTOIRES

Le Tour 2019 célèbre, entre autres anniversaires, les cent ans du Maillot Jaune.
Claude Droussent fête l’événement de belle manière avec un livre littéralement
encyclopédique relatant l’histoire du plus célèbre maillot de leader.
Eddy Merckx, à tout Seigneur tout honneur, Bernard Hinault et Miguel Indurain font l’ouverture avec de superbes double-pages. Ne manque étrangement que Jacques Anquetil. Qui lui aussi, en successeur annoncé du campionissimo Fausto Coppi, aura remporté le Tour à 5 reprises. Oubli ? Déni ? Coppi lui-même n’apparaît que de manière anecdotique compte tenu de sa légende et de son immense talent. Choix rédactionnel étrange alors que l’on célèbre aussi cette année le centenaire de celui que Jacques Goddet considérait comme le plus grand de tous.
Claude Droussent n’est hélas pas le seul à négliger Coppi et Anquetil…
Reste un ouvrage de haut niveau. Remarquablement illustré et fort bien maquetté. L’amateur de cyclisme y retrouvera un beau panorama historique. Nourri d’une documentation impressionnante et d’anecdotes révélatrices.

Maillots Jaunes. Par Claude Droussent. Gründ éditions. 240 pages. 24,95 euros.

HISTOIRES INSOLITES DU TOUR DE FRANCE

Journaliste sportif, passionné de cyclisme, Sylvain Letouzé a voulu offrir au grand public l’histoire insolite de la grande boucle. Il nous révèle notamment que le Tour de France cycliste fut créé par un journal qui était dédié à l’automobile. Il nous parle aussi des dessous du peloton, côté soigneurs-sorciers. En une époque où on ne parlait pas d’EPO mais de cocaïne et d’amphétamines comme le rapporte Albert Londre dans ses Forçats de la route. Mais Letouzé ne parle pas que de dopage ou de scandales. Il nous rapporte des faits simples mais étonnant qui ont pu changer le visage du Tour et bouleverser la vie de ses héros. Ainsi le genou de Fantinato, ce coureur italien qui devait prendre le départ du Tour 1965 dans l’équipe Salvarani de Luciano Pezzi. Appelé d’urgence pour remplacer Fantinato, blessé au genou, le très jeune Felice Gimondi va gagner le Tour face à un Raymond Poulidor qui pensait enfin son heure venue avec l’absence d’Anquetil.
Anecdote croustillante cette fois avec la colère mémorable du Maire de Marseille Gaston Defferre qui manque l’arrivée de Son étape car l’attaque de Merckx et la poursuite folle d’Ocana ont permis une arrivée sur le Vieux Port avec 1 h 45 d’avance sur l’horaire le plus optimiste.
Livre de vacances et de détente, l’ouvrage de Sylvain Letouzé est à savourer à l’ombre des pins de Méditerranée. Avec délice. Comme un petit rosé bien frais. Mais sans modération…

Histoires insolites du Tour de France. Par Sylvain Letouzé. Éditions City. 240 pages. 17, 50 euros.