Et si le vélo idéal existait ?

Modèle phare de la marque de Coblence, l’Ultimate se décline désormais dans une large gamme. Aluminium, carbone, carbone ultraléger et maintenant freinage à disques. La ligne est conservée et le disque merveilleusement intégré, mais le comportement se montre-t-il à la hauteur de l’Ultimate classique ?

L’Ultimate CF SLX, un vainqueur dans l’âme 

Descendant direct du F10, l’Ultimate est un vélo né pour la compétition. S’il a été pensé pour les coureurs, la marque de Coblence n’oublie pas que la majorité des clients sont des cyclosportifs. Et l’Ultimate a montré à maintes reprises qu’il savait contenter les deux.

La version carbone qui nous intéresse (CF) est disponible en deux versions, SL et SLX. Si 100 grammes les séparent sur la balance, on peut dire que côté ligne, le SL s’est beaucoup inspiré du SLX. Le SLX qui dispose d’une fibre plus haut de gamme (moyen, haut et très haut module) et d’une meilleure répartition de la résine, permettant de gagner du poids sans perdre en rigidité. La conception de l’Ultimate a franchi un cap lors de la sortie du modèle actuel, en proposant pour la première fois un cadre de montagne étudié tant aérodynamiquement que pour le confort du cycliste.

En résultent des traits qui ressemblent à l’Aeroad, une fixation de tige de selle placée très bas, une fourche à la finesse incroyable (qui intègre pourtant un pivot spécifique de 1 pouce ¼) et des tubes au profil bombé sur la face avant et plat sur la face arrière. Le tout mêlant un profil de tubes assez gros sur la partie avant du vélo qui contraste avec la finesse de la fourche et de l’arrière du cadre. Définitivement un vélo d’ingénieurs. Pour s’en persuader, il suffit de s’appuyer sur l’arrière du vélo par la selle et d’observer la déformation complète du tube de selle. C’est fait exprès. Pour les sceptiques, les tout juste 800 grammes de l’Ultimate CF SLX auront tôt fait de vous rappeler que Canyon ne rigole pas, demandez à Alejandro Valverde…

Un cadre de montagne aérodynamique qui conserve une grande élégance grâce à la pureté de ses lignes et de sa décoration. Ici pas d’artifice dans la peinture ou les formes, seulement de l’utile. À ce propos, les haubans arrière qui se passent de « pont » à la place des habituels étriers de freins, témoignent de la très grande pureté du cadre. L’intégration du freinage à disques est parfaite et n’altère en rien la vision du vélo. Le passage des gaines est interne et bien réalisé, elles ressortent quelques centimètres avant les étriers, se faisant totalement oublier.

Parlons poids, Canyon annonce ce vélo à 6,9 kg sans pédales, nous avons pu vérifier notre exemplaire d’essai à 6,84 kg, ce qui fait un vélo tout monté à 7,05 kg. Environ 500 grammes supplémentaires imputables directement au freinage à disques. Sachez qu’en troquant les roues DT pour des Campagnolo Bora One 35T, le poids repasse sous la barre des 7 kg avec 6,75 kg complet. Ça fait réfléchir, on peut de nos jours sans problème être à la limite du poids légal avec un freinage de dernière génération et un groupe électrique…

Avec sept tailles, Canyon ne se mouille pas et propose une offre dans la bonne moyenne de ce qui se fait sur le marché. Les géométries sont très bien étudiées et vous devriez trouver votre mesure correcte sans trop d’efforts. À ce propos, par rapport à la version classique du SLX, le Disc diffère par ses douilles un peu plus basses et ses bases 5 mm plus longues. C’est tout ! Aucun problème de position selon nous, et l’assurance de disposer d’un comportement identique quel que soit le type de freinage que vous choisirez. La finition est irréprochable. Pas de fantaisie dans le domaine (ah, les Allemands !), mais avouez que le Gran Turismo Blue de notre vélo d’essai a de quoi plaire…

Le Dura-Ace Di2 en point d’orgue

Il impose le respect. Le Dura-Ace Di2 dans sa version R9170, qui combine Di2 et freinage à disques, incarne bien la suprématie de l’ensemble haut de gamme de Shimano. Une suprématie qui n’est plus à démontrer tant le Dura-Ace est présent dans les pelotons professionnels et cyclosportifs. L’assurance d’un fonctionnement irréprochable et d’une ergonomie travaillée. Sachez qu’on peut aussi entièrement personnaliser le fonctionnement du groupe via l’application Shimano E-Tube (uniquement sur PC, c’est bien dommage). Réglage des boutons, rapidité du changement de vitesses, mode semi-automatique, il y en a pour tous les goûts. C’est aussi ça, un groupe haut de gamme de nos jours. Notez que l’Ultegra Di2 en bénéficie aussi…

À l’image d’autres grands constructeurs, Canyon dispose de ses propres composants, développés spécifiquement pour ses vélos. Ainsi son poste de pilotage en carbone monobloc, baptisé Aerocockpit sur les Aeroad et Ultimate, et Ergocockpit sur l’Endurace, propose une ergonomie adaptée à chaque cadre en particuler. Sur l’Ultimate, sa forme est plutôt compacte avec un drop peu prononcé et une profondeur contenue. Cela favorise évidemment sa prise en mains « mains en bas ».

La tige de selle est aussi maison. Baptisée S13 VCLS, son lay-up est spécifique et, couplé à son faible diamètre de 27,2 mm, permet une grosse déformation de celle-ci sous contrainte, ce qui augmente sensiblement le confort. Comme quoi, même les composants les plus simples d’apparence peuvent avoir un impact notable sur le ressenti et le comportement du vélo.

La version 9.0 Di2 de l’Ultimate CF SLX Disc est équipée de roues DT Swiss PRC 1400 Spline de 65 mm de hauteur. Un train roulant qu’on verrait plutôt sur terrain plat, voire adapté aux critériums. Mais connaissant les qualités du cadre Ultimate à freinage classique, cette version à disques risque bien de nous surprendre…

À l’épreuve de la route

Je connais bien l’Ultimate CF SLX pour avoir roulé sa version à patins pendant une saison. Si côté ligne, l’Ultimate à disques diffère peu de son frère « classique », le montage de roues DT Swiss à très haut profil a de quoi intimider, surtout sur une machine comme celle-ci destinée à grimper et rouler sur tous les terrains.

Comme toujours chez Canyon, le vélo est impeccablement monté et réglé. Sur commande spéciale, j’ai même pu obtenir le montage du frein avant à droite, c’est dire ! Comme quoi, Internet est aussi capable d’assurer un service. La géométrie est sensiblement identique entre les deux versions de l’Ultimate, la taille S me convient parfaitement. Les sensations sont identiques, merci au groupe Shimano Di2 qui intègre merveilleusement le maître-cylindre de frein. Pas de protubérance, une ergonomie du levier identique à la version normale. Bravo Shimano !

Bonne nouvelle, Canyon n’a pas cédé aux sirènes du marketing en montant des pneus trop larges. Ici les Continental Grand Prix 4000 S II sont en 25 mm, ce qui garantit une bonne vivacité au vélo dès les plus basses vitesses. Les roues hautes ne semblent pas poser problème, je ne ressens pas d’inertie négative. Le confort m’impressionne toujours. Se retrouver aux commandes d’un vélo si performant et sentir qu’il ne me condamne pas est toujours surprenant. Au fond, comme si on s’attendait à ce que les meilleurs vélos (comprenez les plus rapides) soient des bouts de bois. Ça n’est absolument pas le cas avec ce Canyon, bien au contraire. Sans compter qu’on peut améliorer encore la filtration de l’assise en montant la tige de selle VCLS 2.0 en double partie, qui équipe en série les modèles Endurace et Ultimate EVO. Alors, est-ce que l’Ultimate équipé de disques a perdu de sa superbe en bosse ? Je vous vois venir… Non !

Quel que soit le braquet utilisé, l’Ultimate grimpe aux arbres avec une facilité déconcertante. Je peux écrire sans problème que par rapport aux mauvais élèves du secteur, on passe avec deux dents de mieux, sans problème. C’est dit, vous connaissez maintenant la différence entre les meilleurs vélos et les autres… Sur le plat, le ressenti est identique grâce au train roulant à haut profil. S’il ne se montre pas handicapant lorsque la route s’élève (évidemment des 35 mm seraient quand même plus à l’aise), il se révèle tout aussi facile sur des routes au profil totalement horizontal.

Ayant emmené l’Ultimate dans le Ventoux, l’ascension s’est déroulée sans encombre, je me réjouissais de la descente pour mettre à l’épreuve le freinage. Je n’ai pas été déçu, il se montre surpuissant. Bien trop pour mes moins de 60 kg. Surtout à l’arrière, alors que je m’en sers d’habitude pour stabiliser le vélo, ici je me retrouvais à bloquer. Le passage à un disque de 140 mm (d’une simplicité enfantine) a solutionné mon problème. Qu’on se le dise ! La tenue de cap est sans reproche, je qualifierais l’Ultimate de très neutre, voire sécurisant. Impossible de se faire peur, et il ne rechigne pas à attaquer.

Garder en mémoire

Après avoir roulé sur un Ultimate, il faut absolument sauvegarder son ressenti et ses sensations, car peu de machines offrent un tel degré de plaisir à l’utilisation, de facilité et de satisfaction. Après cela, on peut se demander si le vélo parfait existe ? Canyon nous donne sa réponse, elle est très convaincante. Mais l’humain n’est pas parfait et certains d’entre nous aiment les imperfections… À vous de voir !

Cadre Canyon Ultimate CF SLX – Fourche One One Four SLX Disc – Groupe Shimano Dura-Ace Di2 – Composants Canyon – Selle Fi’zi:k Antares R3 – Roues DT Swiss PRC 1400 Spline DB 65 – Pneus Continental Grand Prix 4000 SII – Poids 6,84 kg – Tarif 6499 euros –  Informations : www.canyon.com/fr

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