L’aigle noir

Sorti il y a quasiment cinq ans, le Canyon Aeroad n’a pas pris une ride. À l’heure ou un nouveau modèle sort quasiment chaque mois, l’Aeroad fait figure de vétéran dans le monde des vélos de course. Pourtant il est adoré par les coureurs professionnels tout autant que par moi-même. Voilà pourquoi…

L’Aeroad, un vélo conçu pour la gagne

Entre les mains des coureurs des équipes Katusha et Movistar ou aux mains de cyclosportifs, l’Aeroad est un vainqueur. Conçu pour rouler vite, il est très aérodynamique mais aussi léger. Et si d’autres font désormais mieux que lui en matière d’aéro, l’Aeroad peut se targuer d’avoir un comportement au-dessus du lot. Grâce à sa construction légère, mais aussi à sa rigidité maitrisée et sa géométrie. Un vélo en avance sur son temps il y a cinq ans et toujours parfaitement actuel…

Un cadre novateur avec plusieurs années d’avance

C’est ce qui vient à l’esprit regardant l’Aeroad. Arrière très court et haubans positionnés bas, direction en forme de sablier, tubes aérodynamiques aplatis sur leur profil arrière, serrage de tige de selle parfaitement intégré, carbone à très haut module, freinage de type direct-mount ou à disque, boitier de pédalier press-fit et poste de pilotage en carbone totalement intégré. Nous en oublions certainement, mais visuellement l’Aeroad est caractérisé par sa simplicité. Un vélo aéro qui cache son jeu et ne dévoile pas tout. Enfin pas tout de suite.

Un vélo aéro disponible en sept tailles, à la finition parfaite (même si certains lui reprochent un manque d’âme, l’Aeroad reste une machine de série). Des tailles à « l’allemande » dont il faudra étudier la géométrie car un S équivaut plutôt à un M chez la concurrence. De même, il faudra s’accommoder de la longueur de potence unique en fonction de la taille ou alors acheter un autre Aerocockpit en accessoire. De mon côté je n’ai jamais eu de problème et me suis toujours senti parfaitement à l’aise sur les Canyon.

Équipé comme les pros

Le nouveau groupe Sram AXS n’était pas encore disponible lorsque nous avons commandé notre machine d’essai, notre choix s’est alors naturellement porté sur le Shimano Dura-Ace Di2. Il faut savoir que la gamme Aeroad 2019 est scindée en deux parties. D’un côté l’Aeroad CF disponible en variantes Ultegra ou 105 et la version SLX uniquement disponible avec les groupes les plus haut de gamme que sont le Sram Red eTap et le nippon Shimano Dura-Ace.
Un groupe Dura-Ace Di2 à son diapason. Il s’accorde parfaitement à notre Canyon tout de noir vêtu et l’association n’est pas dénuée de classe. On pourrait qualifier cet Aeroad d’Aigle Noir tant il s’apparente à une machine de guerre ! Pour revenir à l’équipement, Canyon a été l’un des premiers constructeurs de vélos de course à s’intéresser à l’intégration du poste de pilotage. Aujourd’hui c’est toute la gamme qui en bénéficie, mais l’Aeroad a été le premier à disposer de l’Aerocockpit.

La tige de selle est spécifique et son chariot est réversible. On peut le retourner afin d’obtenir un déport nul et bénéficier d’une position nettement plus en avant, le tout sans dénaturer la ligne du vélo. Bien vu ! La selle est une Fi’zi :k Arione R3. Une assise plate qui correspond bien aux petits gabarits qui aiment évoluer sur le leur selle. Pour ma part je la trouve très inconfortable, trop dure. À essayer, certains adorent, certains détestent…

Côté roues on est à la hauteur des ambitions aérodynamiques du cadre. En choisissant les DT Swiss ARC 1100 Dicut DB, Canyon a préféré tout miser sur l’aéro. Des roues que nous n’espérons pas trop dures et qui ne pénaliseront pas le cadre en montagne. Sur terrain plat en revanche ça promet d’envoyer !

SLX 9.0 ou SL 8.0 ?

Dur de s’y retrouver car visuellement les deux versions de l’Aeroad se ressemblent comme deux frères. C’est parce qu’ils partagent le même moule, ils sont donc visuellement identiques. Mais au-delà des 150 grammes d’écart entre les deux cadres, la principale différence vient de la fibre utilisée. Le SLX dispose de bien plus de fibre haut module, ce qui permet outre d’alléger le cadre, de gagner en rigidité. Le ratio poids/rigidité s’en trouvant de facto amélioré.

Nous disposons des deux machines à la rédaction (respectivement en version 9.0 Di2 et 8.0 Di2 ) et il est étonnant de constater que si le SLX Dura-Ace Di2 coute près de deux fois le tarif du SL en Ultegra Di2, on se casse le nez visuellement. Le train roulant DT Swiss est un poil moins profilé sur le SL et la selle Fi’zi :k Arione est une version R5 en place de la R3 sur le SLX, mais en dehors de ça c’est à peu près tout car l’essentiel vient du cadre.

Et bien qu’il soit certain que l’Aeroad CF SLX soit plus performant que le SL, nous ne saurions trop vous recommander de ne pas négliger le SL car il fait déjà parfaitement le job. Se pose alors la question de la limitation aux groupes top de gamme au SLX et de l’impossibilité de dépasser l’Ultagra sur le SL…

Sur la route

Le positionnement de l’Aeroad est particulier. Évidemment typé compétition, on s’y sent pourtant bien. Tout tombe sous la main. À commencer les commandes de l’excellent groupe Dura-Ace qui bénéficie de la même ergonomie que son petit frère à freinage classique (unique sur le marché). Le freinage à disque a l’avantage de se montrer vif dès les premiers tours de roues et même à basse vitesse on est surpris par sa puissance. Enfin, même équipé de jantes à très haut profil, la réactivité de l’Aeroad est indéniablement perceptible, même à basse vitesse. Des jantes à hautes qui imposent néanmoins une certaine vigilance en cas de vent latéral, d’autant plus que les disques offrent une prise au vent supplémentaire.

La version à patins n’ayant plus aucun secret pour moi, je constate que l’Aeroad disque, bien que plus lourd fait preuve du même comportement. Franchement léger à manipuler c’est un vélo joueur, pas seulement adapté pour tirer de longs bouts droits avec un braquet monstrueux. C’est même tout le contraire.

Si la première version de l’Aeroad (sorti en 2010 et baptisé « CF ») se montrait bridé et assez difficile à emmener hors des parcours plat, l’Aeroad actuel s’emmène sur tous les terrains et se permet même de faire de l’ombre à L’Ultimate. Justement, je décide de partir affronter un col assez long pour juger. Habitué à ce que les meilleures machines passent avec le grand plateau je m’y engage sans grande peur, les quelques kilomètres d’échauffement m’ont conforté.

Et en effet, ça passe bien. Très bien même. Une montée du Mont Ventoux ne devrait pas effrayer un vélo du calibre de l’Aeroad, même avec des roues très hautes. Essayé avec des jantes plus basses, il peut même se targuer de faire partie des meilleurs grimpeurs du peloton, c’est dire !

En descente et à part en cas de vent de côté vous pourrez vous lâcher pleinement. Le freinage disque apporte une sécurité indéniable surtout pour les plus lourds d’entre vous. À ce propos, le freinage de la version classique de l’Aeroad faisant appel à des étriers de type Direct-Mount ne souffrait pas de reproches, mais là on est clairement plusieurs tons au-dessus.

Je termine sur le comportement du vélo par quelques mots sur son confort. Étonnant sur un vélo si performant, l’Aeroad n’est pas trop dur. En tout cas jamais cassant. Il tape un peu à basse vitesse mais se révèle plutôt confortable passé les 30 km/h. En même temps, un tel vélo est fait pour rouler vite sans se retourner, n’est-ce pas ?

Hautement recommandable

Vous avez une bonne forme physique ? Il serait vraiment dommage de se priver de l’Aeroad. Si vous êtes prêt à accepter une position sportive, le Canyon vous comblera par son comportement au tranchant aiguisé et sa capacité à évoluer quel que soit le terrain. Livré dans cette version avec des jantes DT Swiss à très profil, il ne rechigne pas à grimper, et équipé de roues plus adaptées il se permet même de donner des leçons en la matière à son frère l’Ultimate. Alors oui, l’Aeroad est bien le vélo parfait pour qui désire une machine aéro et aime la sportivité !

Cadre Canyon Aeroad CF SLX Disc – Fourche Canyon Aeroad CF SLX – Groupe Shimano Dura-Ace Di2 Disc – Roues DT Swiss – Pneus Continental – Cintre Canyon Aerocockpit H31 – Potence Canyon Aerocockpit H31 – Assise Canyon et Fi’zi :k Arione R3 – Poids : 7kg – Tarif : 6999 euros

Sur le circuit d’essai Top Vélo

Je connais bien le Canyon Aeroad qui a été le vélo que j’ai utilisé lors de ma dernière saison de courses. Les repères reviennent vite et je peux pleinement me concentrer sur mon effort…

Un effort qui s’annonce intensif. L’Aeroad est une machine très performante et j’ambitionne de réaliser un bon temps à ses commandes. Départ sur les chapeaux de roues, la première portion plane est une formalité pour l’Aeroad. Ici il creuse tout de suite l’écart avec les purs vélos de montage, c’est très sensible.

Avant d’attaquer la première montée j’arrive sur la route défoncée. Le confort est indéniablement plus « dur » que sur l’Ultimate mais je ne suis pas malmené. Je pense que les composants tels que la tige de selle et l’Aerocockpit ne sont pas étranger à cela car je sens qu’ils travaillent beaucoup. En effet, à l’arrêt j’avais noté que le flex (sous contrainte) de la tige de selle était assez important.

J’attaque la montée, toujours sur le grand plateau de 52 dents. Derrière je croise un peu la chaîne, le groupe Dura-Ace est parfaitement silencieux. Le boitier de pédalier press-fit autorise l’usage d’un braquet important sans donner l’impression d’être planté. Je relance au sommet et garde mon allure dans la seconde partie. En léger manque de forme je dois repasser sur le petit plateau juste avant le sommet. Les roues ne m’ont pas plus handicapé que ça, mais il est certain qu’avec un profil de 40 mm l’Aeroad se prêterait encore mieux à cet exercice.

Portion plane avant la descente et léger vent latéral. La prise au vent est sensible, mais un cycliste habitué n’aura aucun mal à faire face. Bon point, dans ce cas la direction n’est pas hyper sensible et il y a peu de risque de faire de gros écarts. Dans la descente je peux une fois de plus ressentir la supériorité du freinage disque en termes de puissance. La décélération est forte et très progressive. Le dosage est aisé même avec un seul doigt.

À l’entame de la dernière montée j’ai retrouvé toutes les sensations que je connaissais de l’Aeroad. Pas trop exigeant, pas inconfortable, une position parfaite et une machine agréable à emmener. Allez la route s’élève pour la dernière fois, j’y vais. Devant moi un cycliste à cent mètres, j’essaie de le rattraper. Chose faite rapidement, je conserve ma vitesse jusqu’au sommet sans fléchir. Il va de soi que je suis à bloc…

Ah, je remarque que Canyon a supprimé les commandes déportées du creux du cintre qui étaient auparavant inclues sur tous les Aeroad en Shimano Dura-Ace Di2. Dommage pour quelqu’un qui roule souvent les mains en bas du cintre ! C’est la descente finale, très rapide et ne réclamant aucun freinage. La stabilité est exemplaire, je peux me concentrer pleinement sur mes trajectoires dans un sentiment de sécurité.

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