Ah ! Que cette marque fait parler d’elle ! Il y a les adeptes et les réfractaires, mais au fond bien peu d’entre vous ont déjà enfourché un B’Twin. De là à dire que beaucoup parlent sans savoir, il n’y a qu’un pas… que je ne franchirai pas.

Le 940 CF est le modèle le plus haut de gamme du constructeur français (B’Twin n’est pas moins français que Look ou Origine) et ce vélo qui équipe les coureurs du B’Twin Racing Team U19 a même été développé avec leur collaboration.

L’attente fut longue, suivez nous…

Un cadre conçu en France, avec l’aide de vrais coureurs

Cette fois B’Twin n’y est pas allé de main morte en se servant du ressenti des coureurs de son Team U19 pour concevoir son cadre haut de gamme. En effet, les coureurs qui enchaînent des milliers de kilomètres quelles que soient les conditions climatiques sont un très bon banc d’essai pour un nouveau vélo.

Le résultat est là avec une ligne suggestive, bien loin des anciennes créations de la marque. Si l’Ultra 940 CF semble aérodynamique, sachez cependant qu’il n’a pas été étudié en soufflerie. Ce sera certainement pour son successeur, mais d’ici là le nom de la marque aura changé !

Alors que la fabrication de ce nouvel Ultra 940 CF est asiatique (comme la plupart des concurrents), la conception du cadre est entièrement française. B’Twin s’est doté avec son village éponyme lillois d’un lieu à la mesure de ses ambitions.

Annoncé à 850 grammes (un poids inédit pour la marque), le cadre est fait de fibres haut et moyen module selon l’emplacement et les contraintes appliquées. Le design des lay-upest entièrement réalisé par la marque.

Si les anciens modèles comportaient un frein arrière placé sous le boîtier de pédalier qui posait de multiples problèmes, la nouvelle version de l’Ultra voit son frein repasser sur les haubans, comme de coutume. On peut noter que le frein avant est de type Direct-Mount. Le boîtier de pédalier est au standard Press-Fit 86 mm, ce qui assurera une parfaite compatibilité avec l’ensemble des pédaliers du marché. Ceux d’entre vous qui souhaiteront s’équiper d’un capteur de puissance pourront le faire sans problème.

On reste dans l’excellent avec une intégration des câbles réussie et un serrage de selle intégré parfaitement réalisé. D’ailleurs la qualité perçue est d’un niveau inédit pour la marque, qui place d’office l’Ultra 940 CF dans la catégorie des vélos haut de gamme.

Décathlon propose cinq ans de garantie sur le cadre et la fourche, ce qui laisse le temps de voir venir. D’autres grands constructeurs proposent moins bien…

Je ne pouvais terminer cette description du cadre sans parler de la couleur. Ou plutôt des couleurs de ce vélo.

Pas franchement ma tasse de thé, je sais que certains adorent, d’autres détestent. Si vous faites partie de ce groupe, rassurez-vous, dès l’année prochaine la marque devrait proposer une déclinaison moins « voyante ».

Équipement royal

Ouch ! Ça fait mal, surtout aux concurrents. Pensez donc, notre vélo d’essai à 3 800 euros est équipé d’un groupe Dura-Ace au complet (chaîne et cassette compris), de roues Zipp 303, de pneus Vittoria Corsa et de composants Deda haut de gamme. C’est simple, il n’y a absolument rien à jeter de cet équipement. B’Twin frappe ici un grand coup.  

La dernière version du Dura-Ace mécanique nommée R9100 s’approche encore plus de la perfection. La rigidité de son pédalier est exceptionnelle et son fonctionnement du même acabit. Ça n’est pas pour rien que Peter Sagan préfère courir Paris-Roubaix avec ce groupe plutôt qu’avec un Di2 ! La marque a choisi des développements de 52 x 36 et 11-28 qui conviendront à un public large. Il est vrai que les coursiers auraient préféré un plus commun 53 x 39, ils devront changer de plateaux, chose facilitée par les 4 branches du pédalier Dura-Ace.

Les composants Deda sont de gamme M35. Le cintre carbone pèse tout juste 180 grammes (parmi les plus légers du marché) et son diamètre de 35 mm lui garantit une rigidité incroyable. Attention cependant avec les supports de compteur, tous ne sont pas compatibles. Rien à dire sur la potence en aluminium, elle aussi spécifique avec son diamètre de 35 mm.

La tige de selle carbone est conçue pour ce cadre, elle adopte une forme en goutte d’eau sur sa face avant.

Le train roulant est assez exceptionnel à ce niveau de tarif puisque les roues Zipp 303 sont vendues aux alentours de 2 200 euros normalement. C’est dire les efforts qui ont été faits sur ce point !

Et même les meilleures roues du monde ne pourraient s’exprimer sans des pneus au niveau. Pas de crainte, les Vittoria Corsa Graphene sont aussi parmi ce qui se fait de mieux à l’heure actuelle.

L’équipement de ce vélo est une vraie bonne surprise, j’espère vraiment que le cadre sera à la hauteur !

Un comportement au-dessus de toute critique

J’ai essayé ce vélo plusieurs fois à un mois d’intervalle, respectivement en Espagne et sur mes routes provençales.

C’est entouré de Jean-Christophe Péraud que je parcours mes premiers kilomètres sur l’Ultra 940 CF. Le parcours est assez cassant avec plusieurs montées dont une sévère à plus de 15 %. Une belle descente aussi, et du plat. De quoi tester allègrement la machine !

Habitué des vélos à la géométrie sportive, je ne suis pas déstabilisé aux commandes du B’Twin. À ce propos, la selle Fi’zi:k Antares est vraiment de qualité et permet une assise confortable et efficace. Elle me convient parfaitement. La géométrie du vélo, assez compacte, lui donne un comportement vif et nerveux. J’aime beaucoup.

Sur le plat et à n’importe quelle allure, on est emmené facilement. Côté confort, il faut cependant dépasser les 25 km/h pour ne plus sentir de vibrations dans le poste de pilotage.

Bien que Jean-Christophe se soit récemment retiré du peloton pro, il n’en garde pas moins une belle forme physique et c’est à rythme très soutenu que nous arrivons dans la principale difficulté de notre sortie. Une côte en deux parties avec un final très pentu. Emmené et carrément lancé par JC, je suis monté à bloc. J’ai pu apprécier la rigidité du cadre qui est désormais excellente et sa capacité à ne pas me planter, même avec un trop grand braquet (le 36 x 28 était limite sur la fin). A contrario, les roues Zipp que j’appréciais sur le plat et dont je rends habituellement louanges me sont apparues un peu « surdimensionnées » pour l’exercice. Certainement que des 202, plus légères, ou des 303 à boyaux seraient plus appropriées. Toujours est-il que le vélo fait le job et avec brio. Mais si vous manquez un peu de peps, les Zipp 303 pourraient se révéler un poil dures à emmener.

Dans la descente, j’ai pu me faire plaisir. Le freinage surpuissant de l’étrier avant Shimano Direct-Mount offre des décélérations sans à-coups et la géométrie course me permet de passer à la corde et de placer le vélo au millimètre. De plus les pneus Vittoria mettent vraiment en confiance.

Une fois rentré et le vélo reçu à la rédaction, j’ai pu le réessayer sur des routes que je connais bien. Mêmes commentaires concernant le confort, sous 25 km/h, on est un peu secoué. J’ai surtout pu essayer le vélo avec d’autres roues pour sentir la différence en côte. Des Zipp 202 en l’occurrence, histoire de rester fidèle au choix de marque de B’Twin. Le gain de poids est important, plus de 300 grammes. Il se ressent tout de suite au maniement du vélo, mais une fois en selle, il est bien difficile de sentir la différence. Sur parcours plat, les 202 sont même moins performantes que les 303. Je ne ressens plus cette facilité à garder la vitesse. Par contre, bon point, le confort évolue favorablement.

Si sur le plat on ne gagne pas grand-chose, voire le contraire, en côte c’est tout autre chose. Plus facile à tous les niveaux, le vélo se montre bien moins exigeant. En descente, aucun changement.

À l’heure du choix, je conserve quand même les 303, plus à l’aise sur tous les terrains, mais le montage de roues plus basses et plus légères (surtout) permet de rendre le B’Twin plus facile. N’oubliez pas que c’est un vélo de course !

Une machine au champ d’action plus large que prévu

À qui se destine ce vélo ? C’est la question que je me suis posée en descendant de selle la première fois que j’ai pu l’essayer. Et il m’a fallu rouler un peu plus pour cerner complètement ce B’Twin. Bien évidemment, les coureurs l’apprécieront à sa juste valeur et pourront assurément en tirer pleinement parti. Mais j’imagine très bien que les cyclosportifs pourraient être intéressés par ce B’Twin au rapport qualité-prix-rendement imbattable. Qu’ils se rassurent, pourvu qu’ils aient un minimum d’entraînement couplé à une bonne condition physique (pour la géométrie sportive), ils se régaleront à ses commandes. Voilà un vélo qui fait bien plaisir à voir et à rouler !

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