La dernière arme de l’autre continent

Le Gallium Pro est le cadre à tout faire chez Argon 18. Il convient aussi bien au coureur pro qu’au cyclosportif en forme décidé à se mesurer à ses copains. Le Gallium Pro, c’est un châssis très léger de seulement 790 grammes étudié pour être réactif, rigide et confortable. Le meilleur de chaque monde, en fait.

Un cadre hyper-technique, une ligne classique

Les plus attentifs d’entre vous l’auront certainement remarqué, Argon 18 vient du gaz éponyme qui a justement le numéro atomique 18.

Vous avez compris maintenant pourquoi « Argon 18 ». L’Argon est un gaz noble et rare puisque notre atmosphère en contient tout juste 1 %. Le choix d’un tel nom pour une marque de vélo n’est donc pas anodin… d’autant que les cadreurs traditionnels l’utilisent pour souder le titane. Le Gallium Pro c’est un peu ça, un cadre noble et rare. Racé mais classique. Esthétique mais simple. C’est d’ailleurs sa simplicité qui le rend beau et attirant. Car plus on le regarde, plus on l’aime ce Gallium ! Et pourtant simplicité n’est pas forcément antinomique avec technicité, et ce vélo en est bien la preuve. Prenez son jeu de direction. De prime abord, on ne remarque pas grand-chose, sinon une grosse bague qui inclut le roulement supérieur. Ce système baptisé 3D permet d’augmenter la hauteur du poste de pilotage sans aucune perte de rigidité sur l’avant, grâce à une augmentation quasi structurelle de la hauteur de la douille de direction. Trois hauteurs possibles, respectivement 0, 15 et 25 mm supplémentaires. En plus, ça s’intègre parfaitement à la potence.

On continue avec le positionnement sur le vélo et la géométrie. Comme d’autres constructeurs sérieux, Argon 18 adapte spécifiquement chaque taille de cadre pour obtenir un comportement inchangé et optimisé, que vous mesuriez 1,70 mètre ou 1,90 mètre. Pour cela, les sections de tubes diffèrent entre chaque taille, de même que leur épaisseur ou encore l’orientation des fibres de carbone, le type et la quantité de résine utilisée. Il n’y a pas un seul cadre Gallium Pro, mais autant que de tailles disponibles. Le gage d’avoir un vélo performant et maniable en toute circonstance. Et ça compte lorsque vous descendez un col à tombeau ouvert ou lorsque vous roulez sur des pavés… Pour ceux qui roulent sur les pavés justement, mais pour tout le monde surtout, le confort compte et Argon travaille spécifiquement sur ce point pour combiner au mieux deux données que tout oppose. La rigidité (nécessaire pour un cycliste entraîné) et le confort (obligatoire pour tout un chacun). C’est l’alchimie entre ces deux points et le positionnement du cycliste sur sa machine qui créent un ensemble efficace. Le poids et l’aérodynamisme, bien qu’importants, arrivent ensuite.

Côté évolution, d’une année sur l’autre…

Voici la version 2018 du Gallium Pro. Elle reprend toutes les solutions techniques citées ci-dessus et d’autres modifications. On peut désormais monter des pneumatiques jusqu’à 28 mm de large sans aucun risque de frottement. Si le boîtier de pédalier conserve le standard BB 86 press-fit qui offre une bonne rigidité sans trop brider le cadre, Argon a profondément revu les pattes avant et arrière dans le but de gagner du temps lors du démontage des roues. La rigidité est aussi annoncée bien supérieure grâce au seul emploi de carbone. Le design des pattes arrière est d’ailleurs particulièrement réussi. Toujours dans les pattes, celle de maintien du dérailleur avant est désormais rivetée. Encore quelques grammes gagnés… La fourche a aussi évolué, Argon se contente d’annoncer un poids en baisse et une rigidité en hausse tout en préservant le confort. Difficile de vérifier cela précisément, toujours est-il que côté rigidité, le jeu de direction à roulement inferieur de 1 pouce ½ ne fait pas dans la dentelle…

GROUPE FSA K-Force WE. Enfin !

Finalement ! Nous avions découvert pour de vrai l’inédit groupe K-Force WE l’an dernier, à l’Eurobike. Il aura fallu une année supplémentaire à FSA pour le commercialiser, alors que l’on commence à l’apercevoir sur de plus en plus de vélos. Le K-Force WE n’est pas un groupe de plus dans l’immense marché de la transmission. C’est un concept totalement nouveau qui mixe transmission sans fil pour les leviers et avec fil pour les deux dérailleurs qui sont reliés à la batterie située dans la tige de selle. Pourquoi du fil alors que certains sont au tout sans fil ? Pour la fiabilité et l’efficacité, répond FSA. Le temps de réaction promet d’être infime, ce qui garantit une réactivité exemplaire. En usage compétition ça compte…

Côté design, ce groupe est surprenant. À la rédaction de Top Véloil faut l’unanimité, on l’aime bien sans l’avoir encore essayé. Les leviers sont étroits et bien conçus. Ils se situent entre des Sram Red et des Campagnolo. La prise en main, mains en haut, est agréable et la qualité du caoutchouc indéniable. C’est bien assemblé, au millimètre, et ça ne bouge pas, même en serrant fermement le levier. L’ergonomie de fonctionnement est très simple. Un grand bouton qui bascule de haut en bas sur chaque poignée. En haut on remonte les vitesses, en bas on les descend. Même chose pour les plateaux. Difficile de se tromper, même avec des gants. Ces leviers communiquent donc sans l’aide de fils avec les deux dérailleurs. Le dérailleur avant gère le système et les différents modes de réglages. Il permet d’allumer et d’éteindre le groupe lorsqu’on ne s’en sert pas. Un peu à la manière d’un téléphone, bien vu.

Impossible de passer à côté des étriers de freins. Leur design ne fait pas semblant et j’espère que FSA a progressé en puissance, car les anciens modèles K-Force et SLK étaient un peu mous. Pour cela, deux pivots surdimensionnés et un grand bras de levier au niveau du tirage de câble. FSA annonce une compatibilité des jantes de 18 à 28 mm, ce qui devrait fonctionner avec l’ensemble des jantes du marché. En tout cas, la finition est de haut niveau et le soin apporté à chaque détail témoigne du placement haut de gamme du produit.

Notre vélo présenté est le fruit d’un montage destiné aux essais par la presse et certains revendeurs. On pourrait encore améliorer le rendement en montant des composants de direction en carbone, dans la gamme K-Force Light par exemple. De quoi gagner au bas mot 150 grammes par rapport au cintre et à la potence Energy montés sur notre Gallium Pro. La tige de selle est spécifique à ce vélo, fabriquée par Argon 18, elle est en carbone. Il est possible de retourner son chariot pour faire varier le recul de votre selle. Évidemment comme son diamètre est de 27,2 mm, vous pourrez la remplacer par un autre modèle, mais il faut bien avouer que celle-ci s’intègre parfaitement au design du cadre et en plus elle est esthétique, alors… Pour terminer sur le montage de ce vélo qui fait la part belle à FSA et ses partenaires, le train roulant Vision. Les roues Metron sont utilisées notamment par les Teams Cofidis et Direct-Énergie, mais en version boyaux. Pour convenir au plus grand nombre, notre Gallium Pro est équipé de roues à pneus, des Kenda très légers de 210 grammes, en section de 25 mm.

Léger comme l’air, il mérite des roues de haut niveau

Ayant reçu mon vélo d’essai avec un spacer de +25 mm, je trouve la douille de direction un poil haute par rapport à ma position habituelle, assez ramassée. Je serai plus à l’aise pour grimper mais moins efficace dans le vent. Une fois le vélo réglé au poil, je m’élance. L’occasion pour moi de découvrir ce nouveau groupe mais aussi de me concentrer sur mes premières sensations sur une machine totalement inconnue. Les points d’appui sont très importants. L’assise Prologo se fait totalement oublier, ce qui est bon signe. Quant aux leviers, leur ergonomie est bonne pour mes mains de taille moyenne. J’apprécie la qualité du caoutchouc du repose-mains qui ne bouge pas, ne colle pas et ne semble pas glisser. La cintre FSA est très compact, ce qui facilite la prise en main, mains en bas. J’évolue à basse vitesse sur les premiers kilomètres et le toucher des freins m’interpelle. Le contact à la poignée est spongieux et manque de sensations. Je m’étais déjà aperçu de cela en réglant le vélo à mes cotes. En selle, le toucher est donc toujours spongieux mais le freinage sait se montrer surpuissant. De quoi surprendre. En haussant le rythme, tout rentre dans l’ordre à cela près qu’un peu plus de modularité ne ferait pas de mal. Certainement une histoire de contact entre les patins et la jante. Pour le côté spongieux, il s’agit sans doute de la câblerie…

Sur asphalte en parfait état, le vélo se montre conciliant avec moi et ne me secoue pas. Cependant au premier dos d’âne qui se profile, il me remue et je le trouve un peu sec. Même chose lorsque la route se dégrade. La solution est de rouler vite, mais encore faut-il que les jambes suivent. Nous le verrons plus tard, un changement de roues peut parfois faire des miracles… La route s’élève et j’en profite pour opérer plusieurs changements de rythme jusqu’à me mettre dans le rouge. L’occasion pour moi de mettre à l’épreuve le groupe K-Force WE. Le changement de plateau est ultra-rapide. Pratiquement instantané. C’en est même bluffant. C’est simple, je ne suis pas arrivé à le mettre en défaut. (Par contre, sur nos deux vélos de test, la fourchette du dérailleur avant présente un jeu, bien perceptible sur mauvaise route. Ce jeu semble donc être normal puisqu’il n’occasionne aucun dysfonctionnement). Côté dérailleur arrière, là aussi c’est très rapide, notamment lorsque je reste appuyé sur le bouton pour passer plusieurs vitesses d’un coup. Par contre, la cassette se montre assez bruyante lors de ces changements en force. Côté cadre, il s’adapte à tout. Que je sois avec du grand braquet ou au contraire en moulinant, jamais je ne suis planté. Le compromis rigidité-nervosité est impressionnant.

En descente, mis à part le côté on/off des freins, c’est aussi parfait. Le transfert de masse s’opère sans encombre et la limite du vélo sera difficile à atteindre. Il est fort probable que vous vous fassiez peur avant. Néanmoins n’étant pas satisfait à 100 % du comportement de ce vélo pour sa capacité à digérer les aléas de la route, notamment sur chaussée dégradée, je décide de monter un autre train roulant. Je monte donc tour à tour deux paires de roues. Les Zipp 202 NSW, référence pour moi des roues à pneus, et les Fulcrum Speed 40T, références parmi les roues à boyaux. Le vélo est alors transfiguré. Le Gallium Pro se pare d’ailes et s’envole. Je retourne dans la côte qui me sert d’étalon lors de mes essais, le comportement est encore plus homogène et plus facile. Surtout, la sensation de rebond sec du vélo sur les aspérités a disparu. Côté freinage, c’est mieux aussi. Ces commentaires valent pour les deux paires de roues, avec peut-être encore plus de confort à l’avantage des roues à boyaux.

S’il fallait encore le démontrer, preuve en est qu’on peut transfigurer un vélo en choisissant bien son train roulant. Non pas que les Vision à pneus déméritent, mais pour tirer le meilleur d’un cadre tel que le Gallium, chaque détail a son importance. Surprise pour le groupe FSA qui fait le job avec brio. J’ai d’ailleurs remarqué qu’il se montre plus silencieux et plus doux avec la cassette Sram Red qui équipait la paire de Zipp 202. Côté fonctionnement rien à redire, c’est du sérieux. Une belle alternative aux trois traditionnels fabricants de groupes…

Un cadre au top du top !

Vraiment, le Gallium Pro cru 2018 n’est pas avare en sensations. Et nous ne pouvons que confirmer les propos de Fabio Aru : « J’adore mon vélo ! Je sens qu’il m’aide, il est facile en montée surtout lorsque je souhaite accélérer, il jaillit. » Le confort n’est pas oublié et soyez certain que le montage de roues à boyaux augmentera encore le rendement et l’efficacité globale. C’est un peu ça, le Gallium Pro, un châssis hyper-efficace qui réclame le meilleur. Et il mérite vraiment qu’on lui offre ce meilleur !

Sur le circuit d’essai Top Vélo (avec les roues Vision)

Enchaînant les kilomètres au guidon de cet Argon et de son nouveau groupe FSA, j’ai eu l’occasion de m’habituer au fonctionnement des poignées. Déroutant au début de n’avoir qu’un seul levier pour deux actions, surtout lorsqu’il s’agit d’un bouton. J’avoue me tromper encore quelquefois lors de changements de vitesse rapides et de descendre un pignon alors que je voulais monter, ou l’inverse. Il est probable qu’un temps d’adaptation de plusieurs centaines de kilomètres soit nécessaire pour quelqu’un qui utilise d’autres modèles de transmission depuis plusieurs années. Mais tout vient à point à qui sait attendre…

Traditionnel début de notre circuit d’essai chronométré, le départ sur le plat. La route est un billard, inutile de vous préciser que ça part très vite. Malgré ma position haute sur l’avant, je me trouve plutôt bien sur ce vélo. Pas au meilleur de l’efficacité mais pas mal quand même. Les gestes se font naturellement et j’arrive à adopter une bonne cadence de pédalage sans heurt. Une vitesse de croisière aux alentours de 40 km/h s’installe. J’en garde pour la côte qui se profile. Les pourcentages mettent tout de suite dans le bain, ça ne passe jamais sous les 10 %. La rigidité compte, surtout si l’on décide de mettre du braquet pour passer en force. Dans ce cas, les jambes brûlent et il faut que le reste suive. Le Gallium, lui, s’adapte. Il pardonne l’erreur et permet d’arriver en haut. Ici c’est court, alors avec un minimum d’entraînement on passe à l’injection. Le plus compliqué, c’est au sommet s’il faut réaccélérer. Et c’est bien là que le vélo m’a le plus surpris avec sa capacité à en remettre une couche même lorsqu’on est dans le difficile, sur le plat ou en côte d’ailleurs. Première descente, la plus compliquée. Il y a un gros virage à l’aveugle en bas et on arrive à haute vitesse.

Je l’ai déjà écrit, le freinage surprend un peu. Grosse puissance tout de suite, et sensation spongieuse au levier. Le dosage se doit d’être fin. Le ralentissement s’opère sans problème et je place le vélo comme je le souhaite. D’ailleurs Argon est arrivé à une belle maîtrise avec le Gallium, c’est un vrai régal de se jouer des courbes à son guidon. Les pneus Kenda sont surprenants. Leur carcasse est un peu trop dure mais ils se montrent assez sécurisants une fois leur fonctionnement appréhendé. Ultime montée que j’effectue à bloc, comme à mon habitude, histoire de voir s’il m’en reste un peu. En danseuse, la roue arrière vient toucher l’étrier de frein, c’est dommage… L’ultime descente se fait sans encombre et me permet de profiter de l’excellente stabilité du vélo à haute vitesse. Cette descente ne requiert aucun freinage et on atteint assez aisément les 75 km/h. Ça ne bouge pas.

 

6,56 kg – 9484 euros – www.argon18bike.com

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